‹ Œuvres de Madame la Mise de la FerChapitre 45 sur 177 · LES DEUX CAMPAGNARDS · texte numérisé non relu

LES DEUX CAMPAGNARDS

ds promenant toute la miatinée , Un gentilhomme de bon sens Visitoit certain jour , en faisant sa tournée , Un égoïste en cheveux blancs , Qui comme lui vivpit aux champs,

"pQjXTQVioi , lui diaoit-il , ne pas cacher la vub

-. j-es sombres rochers, de ce triste coteau? pourquoi ne pas replanter l'avenue Qui décoroit votre château ?

Votre habitation devient agreste , nue j L'onde fuit ce canal, car )a digue est rompue; La vigne sans culture, est aussi sans produit ; Vos parterres sans fleurs et vos vergers sans fruit Attristeroient la plus belle demeiu'e; Puis tel côté- de votre bâtiment Est menaçant.

Je vais répondre à cela tout à l'heure* Bit le vieillard : j'ai soixante et dix ans , ISt j'ai , vous le savez , perdu mes deux enfans*

Je ne verrois jamais l'ombrage

Des ormeaux que j'aurois plantés; Ma main ne pourroit plus élaguer le feuillage

Des pêchers que )'aurois entés ; Et leurs excellens fruits sont bien froids pour mon âge. Mes neveux quelque jour répareront l'outrage Que l'injure du temps a fait à mes châteaux : Oh ! c'est encor trop bon pour des collatéraux.

D'où Fient traiter ainsi les vôtres , Hepartit son yoisîn ? Occupez vos loisirs :

Eh ! n'est-ce pas jouir que de penser aux autres? Les soins de ramitié "doublent tous nos plaisirs ; C'est la ressource enfin des bons cœurs et du sage 3 lïégliger sa maison , ses parens , quel donmiage 1

L'homme sensible après ces mots Sort à propos.

Le vieillard le conduit, l'embrasse,

£t sitôt qull rentre chez lui 9 Un mauvais soliveau soudain manque d'appui f '

Tombe en éclats et le terrasse ,

Ht tête et jambes lui fracasse.

Aucun secours ne le guérit ; £t dans son testament on sut qu'il écrivit :

Je déplore ma négligence;

Mais, hélas! il n'en est plus temps.

Sans ma funeste indifférence , Mes neveux auroient pu n'hériter de vingt ans.

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