‹ Œuvres de Madame la Mise de la FerChapitre 47 sur 177 · LE VIEILLARD ET SON FILS · texte numérisé non relu

LE VIEILLARD ET SON FILS

JVl. G H fils , VOUS arrivez à l'âge de vingt ans ;

D'après la liberté que je vous ai donnée

\ De régler votre destinée ,

Cboisissez un état, enfin il en esttems.

Vous passez jour et nuit sur Platon sur Homère,

C'est fort bien j mais il faut être utile aux vivans.

Voulez-^ous être militaire ?

— Ma sensibilité me fait baïr la guerre.

Pour ce métier glorieux et brillant Je ne me crois , mon père , aucun talent.

Eh quoi ! passer sa vie à fusiller , à battre ?

Toujours faire le diable à quatre

Pour exterminer son prochain :

Et recevoir pour récompense

D'avoit été très-inhumain , I,e droit de saccager tout un pays voisin,

Sans respecter It sexe fVind'igence Cet état qui comble d'honneur, £a un mot répugne à mon cœur Autant qu'à mon intelligence.

— Eh bien étudiez et suivez Galien , , Hippocrate, Boërfaaye, et Tîssot, et Tronchin.

— Oh ! leur profession fut toujours belle et bonne;

Mais ne voulant tuer personne

Je ne puis être médecin , Je serois trop long-temps privé d'expérience. Sans balancer, mon* cher, entrez dans la finance»

— Il est dans cet emploi fortes tentations , Désirs de la richesse et goût de la dépense

Sont excités en mille occasions :

Compter toujours sur soi, c'est manquer de prudence» Et l'exemple effarouche enfin ma conscience.

— Que de difficultés ! entrez donc au barreau, Auprès des avoués on trouve aisément place.

— Mon père en cet état le nom seul est nouveau^ Mais celui qui le porte a-t-il changé de face?

Il a le même esprit, il a la même humeur ,

Les mêmes tours de passe passe :

lEt pour trancher le mot il est un chicaneur»

Puiaque voua le voulez , aïoa Dère , Et qu'un bon citoyen doit être nécessaire^

A vos désirs je souscris de grand cœur:

Je me fais avocat autrement défenseur.

Sans craindre les clameurs, et l'injure et la glêse^ Je ne me chargerai que d'une juste cause.

Je défendrai la veuve et l'orphelin , Tous ceux dont le méchant voudroit ravir le pain.

— Mais aurez-vous, mon fils, l'art et la connoissance..»

— Pien loin de moi l'art et la vanité:

Point d'ornemens à l'équité.

Les lois seules seront FoBjet de ma science:

Et c'est de la justice et de la vérité

Que naît la plus forte éloquence.

Page 1