FABLE LVIII
lE SANSONNET ET SA COMPAGNE
U N campagnard occupoit ses loisirs A façonner le chant et même le langage D'un joli sansonnet qu'il avoitmis en cage r Plaisirs purs , innbcens , sont toujours vrais plaisirs^ peureux celui qui peut les goûter à tout âge !
Aisément l'oiseau retenolt
Les petits airs que Ton chantoit^
Et chaque mot que l'on disoit ;
Il auroit voulu tout apprendre^
Mais hienfôt il fut si savant
Qu'il babiiloit à tout moment ,
Et qu'on ne pouvoit plus s'entendre*
Pour lui rabattre le caquet,
On lui chercha compagne tendre :
Qui de l'amour ne connoîtroit l'effet?
Ah I quand on le ressent , on n^e jase plus guèzet
Si le cœur jouit vivement, L'esprit sans peine sait ?e taire. * Le maître du bavard lui trouva promptemeni Femelle aussi jeune que belle.
Et qui plus est , douce et fîdelle. ^ Afin que son mari fût toujours son amant f Il falloit qu'elle put l'amuser et lui plaire : On vouloit que d'abord elle apprit à paiierf Puis à sîfiler , Crojant ce talent nécessaire.
Elle fut peu de temps novice à coqueter
A caresser, à becqueter :
Four femelle, on le sait, ce n'est pas une affaire ^
Mais on eut beau dire et beau faire , Elle ne put jamais qu'un seul mot répéter.
Sitôt qu'elle eut appris à bien prononcer : j'aime , Ou de ce motcbarmant L'équivalent ; Elle dévint d'une paresse extrême.
Et n'écouta que son amant.
Cet exemple est pour nous une leçon tressage :
Instinct mieux que raison conseille quelquefois; Femmes y du. sentiment saches bien le langage:
IPour vivre avec celui dont votre cœur fait cboix , Qu'est-ilbçsoiu d'en savoir davantage t
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