LES AMIS DISPUTEURS
UeuX amis depuis seize années
Avoient uni leurs destinées ,
Ils partageoîent bourse , table et maison ,
Ils avoient de l'esprit, des moeurs et le cœur bon.
Mais tous deux entêtés se disputoient sans cesse
Sur leurs goûts , sur le jeu, sur leur opinion.
N'importe le sujçt de l'altercation ,
Son retour trop fréquent altère la tendresse,
Et si vous en doutiez , lecteur , adressez-vous
A ceux qui sont soumis aux lois du mariage;
Voxis saurez de plus d'un époux Que c'est Véctxeil.d'vta boa ixiéxxage.
Las de disputer , à la fin , j^'un de ces deux amis partit un beau matin Four aller, disoit-il^ babiter sa cbaumière, Espérant y jouir d'un plus heureux destin ,
Et voulant vivre en solitaire.
Aux champs tout l'ennuya -, ses bons fruits et ses fleurs N'avoîent pour lui ni parfum, ni couleurs; Les blonds épis et la fraîche verdure , Le doux bjTuit des ruisseaux et le CQucert des bois,
Tout l'attrîstoit dans la natare ; Chagrin et malheureux au bout de quelques moiv, Begrettant chaque jour son ami, son vieux gite. Il n'y peut plus tenir et repart au plus- vite. Tandis qu'il sepressoit, s'essoufiloit à marcher Pour revoir cet ami > lui , venoit le chercher. En cheminant , tons deux se rencontrèrent :
Pleurant , riant , cent fois ils s'embrassèrent. Ah ! dit le campagnard , sans toi rien n'a d'appas I Disputons j fâchons-nou& j mais ne nous quittons pas.