ET LE CHEVAL
Vieux loup et un renard, marchant de compagnie Trouvent au coin d'un bois voisin d'une prairie ' '
Cheval et taureau qui paissoient , Et comme amis, tous les deux partageaient.
Ou la feuille naissante, ou bien Iterhe fleurie. Nos voyageurs de ceux-ci s'approchaut.
Après le premier compliment ,
Voilà l'entretien qui se lie.
Chacun raconte tour-à-tour' Pes forêts , des hameaux la nouvelle du jout) On critique , on médit, ensuite on moralise.
Le loup , en larmoyant , se plaignit de son sort. Quoi ! dit-il, à mon âge, infirme, en barbe grise, il faut chercher ma vie, ou redouter la mort! Oh f si les diewi: m'avoient fait naître le plus fort.
Ajouta-t-il arec franchise , Des animaux si j'etisse été le roi!
Vous béniriez mon règne et chéririez la loi Sous laquelle chacun pourroit yirre à sa guise,
Kul esclavage , point d'impôts , Notre concîitlon à tous serolt égale.
J'excepterols pourtant vacbe^ , moutons , chevreaux ,
Imbéciles «t vUs troupeaux Qui paîroient un tribut pour la table royale. Pour mot, dit le renard , si j'étoîs souverain. Je serois fameux politique , Sans guerroyer, et de mon souterrain Je viserolâ au pouvoir despotique.
Nous savons que chez les humains Xies plus be^xreiix sont les plus fins , Et sur nombre de points je suivroîs leur pratique» On voulut du taureau savoir ce qu'il pensoit.
Et comment il en useroît , SI sur les animaux il avoit tout empire, il* repart d'un ton fier -. Je serois conquérant ; Auprès, au loin, je voudois qu'on pût dirc^ En me voyant :
C'est letaixreau le plus TaîllAtLt, Partout je porteroia la. guerre.
Et je ravagerois la terre,
Pour acquérir le nom de grand.
Le cheval très-sensé , quoiqu'il fût jeune et leste ,
Sur tout cela ne disant mot ,
PTalloit être jugé qu'un sot.
On l'Interroge ; alors il dit d'un air modeste e
Si j'étois assez estimé.
Pour mériter Fhonneur de gouverner les autres. Mes plaisirs et mes biens ne seroient pas les vôtres : Je n'en voudrois qu'un seul^ et seroit d'Mre aimé.