LE BROCHET ET LA GRENOUILLE
iSuB les bords d'un étang, des grenouilles chantoient.
Ou pour mieux dire coassoient .
Souvent la nuit , mais toute la journée^
Un brochet qu'elles ennuyoient
S'en plaignit l'autre matinée ; Il le9 apostropha d*uue étrange façon ;
Sur leur voix et sur leur figure,
Sur leur démarche et leur tournure , Sur la bassesse enfin de leur.côndltion • Ce reproche surtout excita leur murm\ire.
Tout fier de sa grosseur , le brochet sans rival
Se croyoit , maître du canal.
Une grenouille raisonneuse ,
Lui dit en sortantde «on tr<hr s
Khmphre, tu n'es qu'un vieux fou De mépriser si fort la gent marécageuse ;
Crois-moi , ne Tais point Vanité De ta beauté ,*
Elle p<^irra t'étre nicfieus^ '
Quand sur le crîstSl de ces eaux Je te vois promener en faisant te erfis. dos ,
Je ne puis m'èter de la tête Qu'on viendra te pêcher pour chômçr quelque fête, Un oracle jamais n'eut un si prompt effet.
A peine elle eut fînàgti'on étend un filet, Et le pécheur^ous prendre dédaigneux hrocbet ,
Sans nul égard pour sa requête. Il pense à la groiouille, à sa j^rédiciion; Le malheiir rend l'expression polie :
Hélas ! hélas ! ma boi^e amie ,
Ltii oria-t-il de sa prison.
Je vois bien zhaînteiijgint quewous aviez raison ;
Je sens trop tard que d^Etis la vie , Four goûter sans revers longue félicité,
Il faudroit ne pas faire envie
jËt rester dans robsfiorité* .
(74) FABLE LXyi. .