FABLE LXXXII
LES DEUX*VOYAGEUItS.
l^Etrz royageurs se rencontrèrent , Ils suiyoi^t lelboiéme chemin :
Sans se connoître ils s'abordèrent, Babil et questions ainsi qu'eux vont leur train. L'un deux étoit d'Andalousie , Et commerçoit en tou^emps , en tous lieux ; L'autre étoit Écossais d'un canton montagneux.
L'Espagnol , plein de bonhommie , Lui vanta sa moitié , femme tendre «t chérie , Qui faisoit son bonheur , ainsi que dix enfans «
Tous charmans.
Que je vouSplains,ditraùtre,eh!qu'«n pouvez-vous faire? Si nombreuse famille est un des grands fléaux ; Pour des parens c'est la source des maux, . Des soins et des chagrins , surtout de la misère. Oh î 'de cela je n'ai point peur , Répliqua-t-il avec candeur; I^ous craignons Dieu » nous aimons la patrie # Et nous la servirons , j'espère , avec honneur. Oui , le ciel a béni jusqu'ici mon labeur , Car je jouis des fruits d'une heureuse industrie. Quoi I reprit l'Écossais , toujours en ricannant, Vous croyez donc aveuglément A toutes ces fables ahtiques De Dieu , d'enfef , de paradis ?
J'ai secoué le joug de nos vieilles rubriques,
Et de ces contes je me ris.
L'Espagnol! qui sentoit bottiUoxmer 6a colère ,
La retint et lui dit : Apprenez-moi , monsieur ,
Quel état est le vôtre? — Et mais, célibataire... ••
Mon métier, grand agioteur.
Et de ce pas je vais en France
Pour l'exercer avec bonheur.
Ces étrangers étoient à fort peii de distance D*un bois touffu , bordé de chemins creux ; Notre Espagnol piqua son coursier \(îgoureuxs La cavale de l'autre étant presque éreintée
Ne put l'atteindre , et l'honnête marchand Regagne , en peu djnstants , la route fréquentée. Bientôt il s'écria d'un cœur recoiyfeissant : Dieu! sauvez-moi toujours, ainsr qu'en ce moment ^
Du tête-à-tête d'un athée ,
Surtout quand il aimé l'argent. . •
FABLÉVLXXXIII.