‹ Œuvres de maistre François VillonChapitre 20 sur 95 · VIEILLESSE · texte numérisé non relu

VIEILLESSE

Advis m'est que 9 j'oy regretter La belle qui fut Heaulmyère ; 455 Soy jeune. fille souhaitter, »

Et parler en ccste manière ; * Ha! vieillesse félonne et fière , Pouf quoy m'as si tost abatue ?

Qui me tient ? qui ? que ne me fière 460 Et qu'à ce coup ', je ne më tue ?

Tollu m'as la haulte franchise Que beaulté m'avait ordotiné ,

• il lui seruit impossible d'avoir raison. — Au tanser. Dans la discussion mêlée d'altercations et non ; « En la censure ou repréhension, > comme l'expliquent MM. Le Dochat et Forraey.

(453) On trouve dès plaintes semblables à celles-ci dans le Roman de la Rose , vers i3,5a6 et Bulr.—JdvU m'est, etc. Je crois entendre.

(454) Ifeattlmién. Ou faiseuses de heaumes, armure de tête dont se ««voient les chevaliers. Sous ce nom , Villon parle d'une prostituée, devenue vieille.

(457) Félonne et fière. Traitreuse et cruelle.

(458) Pourquoy* Pourquoi as-tu détruit si prompte ment ma beauté.

(459) Qui, etc. A quoi tient-il ? à quoi? Que je ne me frappe, que je ne me blesse.

(460) Et qu'à, etc. Et qu'à l'instant , etc.

(46 1) Tollu. Tn m'as enlevé les droits et privilèges. — M. Fonney dit : ■ Le haut pouvoir, la haute domination . •

. Sur clercz , marchans, et gens d'Eg lise ; Car alors n'estoit homme né 465 Qui tout le sien ne m'eust donné , Quoy qu'il en f ust des repentailles , Mais que luy eusse abandonné, Ceque reff usent truandailles.

ni.

A maint homme l'ay reffuse , 470 Qui n'estoit à moy grand* saigesse,

Pour l'amour d'ung garson rusé ,

Au quel j'en feiz grande largesse ;

A qui que je feisse finesse ,

Par m' a me jeT amoye bien.

475 Or ne me faisoit que rudesse ,

Et ne m'amoitque pour le mycn.

(46a) M'avoit ordonna. À voit établi à mon avantage. (463) Clerc*. Etudiai», suivant les court de l'Université. (466) Quoy qu'il , etc. Quel que dût être son repentir.

(468) Truandailles. M. Le Duchat : c Filles et femmes qui ne font » plaisir à personne. » Truand signifie homme sans aveu, vagabond, homme de rien. La belle heaulmière dit qu'il n'y a que les filles et les femmes de cette qualité qui refusent aux hommes leurs faveurs, censurant ainsi les mœurs de la bourgeoisie et de la noblesse*

(469) Ce hnitain el le suivant ne font que reproduire avec plus de concision» les idées qu'on trouve répandues dans 5o ou 35 vers du Roman de la Rose. (Y. vers i5,a58 et suiv.)

L'ay refusé. J'ai refusé mes faveurs.

(473) A qui , etc. Le sens de ce vers dépend du précédent. Je lai prodiguais mes faveurs , quelles* que fussent les personnes a qui il falloit pour cela faire finesse, c'est-à-dire qu'il falloit tromper.

(474) Parm'ame. J'en jure sur mon a me.

(476) Et ne m'amcit . 11 ne m'aimoit lui, que pour avoir mesfaveerit ( Voy. Leç. div.)

Jà ne me sceut tant detrayner , Fouller aulx piedz , que ne laymasse , Et m'eust il faict les rains trayner ,

48o Si me disoit que le baisasse

Et que tous mes maulx oubliasse.

Le glouton de mal entaché M'embrassoit , j'en suys bien plus grasse, Que m'en reste il ? honte et péché.

485 Or il est mort, passé trente ans ; Et je remains vieille et chenue.

Quand je pense , las ! au bon temps !

Quelle fus , quelle devenue !

Quand me regarde toute nue,

490 Et je me voy si très-changée ; Pauvre, seiche, maigre, menue, Je suys presque toute enragée.

(477) «Une *"• Misât. Il ne me maltraita, il ne me méprisa jamais asiei pour m 'empêcher de l'aimer.

(479) & ">'*«'*• M'avoit-il maltraité jusqu'à me traîner par terre.

(480) Si me, etc. Or, après cela il me disoit de le baiser et d'oublier tous ses mauvais traitements.

(48a) Lé glouton. Ce folupteux , ce libertin qui ne savoit que faire le mal.

(433) J'en' tuyn , etc. Gela m'a beaucoup profité. (485) Patte trente ant. Il y a plus de trente ans.

(436) Et je remaint. Et je demeure.

(437) Bon temps. Au temps de ma jeunesse.

(490) Si trés-changje. Tellement défigurée.

(491) Pauvre. Ayant peu d'apparence, dépourvue d'agréments.— Menue. Mince, défaite. '

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