‹ Œuvres de maistre François VillonChapitre 8 sur 95 · DE LA VIE BU POÈTE VILLON · texte numérisé non relu

DE LA VIE BU POÈTE VILLON

I. Villon (i) composa son grand tes La meut durant l'automne de Tannée »4&*»

Que le bon roy ( le ) délivra De la 4ur4 prison de Mehun (a) ,

où ri a voit passée tout «rigealf, dansungias lien, peu, c'esUb-dire, nourri cf tint petite miche et abreuvé d'eau froid* (5). » •

I) efoil alors dans la • trentiesrne année de son cage (4) , » oa , comme il le dît positivement ailleurs, il tvort trente ans (5). D'où il résulte , qu'il étoit né en i43i, el non en tlfi% 9 comme fa cru l'auteur d'un manuscrit qu'on trouve à la Bibliothèque de l'Arsenal (6).

(fj Noos conservons au poëte le nom de Villon, paroe que c'esf celui tous lequel il est plus particulièrement connu. {*) Gr. Testant. , huit. n.

(3) J4û/,, /ittil. 65.

(i)Ibid.y huit. i. . j -

(5) Ballade du débat du corps et au cueur de Villon. lj>) Je parle de ce Mss.Mèm. i p,,Q° i4» * p.n° 5; ct3p,, § i^n^^.

H. C'est donc par erreur que Louis Guyon, sur la foi de je ne sais quels « historiens français • , le fait vivre et fleurir en i54o (1) , et que le président Hénault le place sous le règne de Charles V (2), observant , pour rendre sa méprise plus inconcevable, qu'it avoit trente-trois ans à la mort de ce prince, arrivée en i58o, et que Jean Ma rot, père de Clément, étoit né (3). Il ne nous a pas été possible de découvrir le mémoire de l'Académie des inscriptions et belles lettres, où M. Hénault dit avoir puisé ces assertions mensongères (4)» Nous ferons remarquer que, dans la suite de son histoire, Villon reparoit sous l'année 1460, au nombre des littérateurs qui ont illustré le règne de Louis XI; ce qui est encore inexact : car, en 1460, Charles Vil n'étoit pas mort. On sera surpris de trouver tant d'erreurs réunies,, au sujet d'un seul homme, dans un ouvrage fort estimé et qui mérite de l'être (5).

III. Nous pensons que Villon étoit né à Paris. Clément Marot , qui vivoit peu de temps après lui , et dont le père Jean Marot , poète aussi , avoit pu le connoltre personnellement, « S'esbahyt comment les imprimeurs » de Paris et Us enfans de la ville n'ont eu plus grand

(\) Leçons diverses, t. 3, p. 492.

(a) Abrégé chronol. de V Histoire de France.

(3) Jean Marot naquit en i463.

(4)11 cite , sans en désigner aucun , les Mèm. de l'Ac. desinscripU ti bell. lett.

(5)Morèri,Dict. Hïst.> art.Corbucil, et la Croix du Maine, Eibl. franc. % disent que Villon vivait en i4S(v Un biographe. ne doit pas assigner aussi vaguement l'existence d'un homme de lettres, lorsqu'il suffit d*ourrtr ses œuvres, prfur avoir des dates précises.

. ( »9 ) tsoin^da meilleur poète parisien gui $e trouve (t ). » C'est pour réparer leur tort que lui , quoique n'étant c en rien son voysin • , c'est-à-dire , son compatriote, donna une édition plus correcte de ses poésies avec ce titre : « Les Œuvres de maistre François F Mon de • Paris (a), t II ne restera aucune espèce de doute à cet égard, lorsqu'on aura lu le huitain g3 du grand testament où Villon s'exprime ainsi :

Item yienne Robert Targis A moy , je luy payerai son vin.

Le droit luy donne d'eschevin

Que j'ay, comme enfant de Paris (3). .

Les anciennes éditions portent :

Le droit lui donne d'eschevin ;

Mais quoy ? Comme enfant né de Paris (4).

Et de fait , l'expression , « enfant de Paris » , est synonyme de celle :* né de Paris • , que l'on retrouve dans son épitaphe en quatre vers*

Je suis françois , dont ce me poise , Né de Paris , emprès Ponthoise ; QuJ , d'une corde d'une toise , Sçaura mon col , que mon cul poise (5).

(1) Préface de Marot , elle est en tête de notre édition. (a) Voy. 3« partie.

(3) Grand Testam., huit. 93. '

(4) Gd. Niv. Bo. ver. An.

(5) On tfourera en leur lieu , les explications littérales dont ce*. vert et les autres qui sont dans ce Mémoire , peuvent aro r r besoin.

Personne ne peut contester l'anthenticîté de cette pièce. EHe est dans ira des manuscrits que nous avons consultés (1), aussi bien que dans tontes les éditions des Œuvres de Villon , et on la rencontre parodiée dans le Pantagruel de Rabelais (a).

IV. Aces autorités qui nous paraissent >décisives> on a opposé une autre épicaphe en huit vers, extraite par Ip président Fauchet d'un manuscrit de sa bibliothèque, que nous avons cherché inutilement» et publiée par lui , dans le traité « de l'Origine des Chevaliers » , dont la première édition parut en 1699. La voici telle que nous l'avons lue dans la seconde édition de cet

ouvrage :

Je suis françois , dont ce me poise , Nommé Corbueil en mon surnom; Natif d'AuTers» emprès Fontboise ; Et du «commun , nommé Willon.

Or, d'une eorde d'une toise, Seau roi t mon col , que mon cul poise , »

Se ne fut un joly apel :

" Le jeune me sembloit point bel (3).

D'après 'cette épitaphe , qui pourroir bien n'être qu'une nouvelle édition de celle en quatre, vers, revue, corrigée et augmentée par l'éditeur, M. de la Monnoye

(1) C'est le manuscrit dont il est parlé. 3* part., § 1, n° 3.

(a) Liv. 4 9 chap. dernier. Foy. OEuv. div. L'oo trouvera, dans nos notes , la parodie de Rabelais» etc.

(3) Cette épitaphe est autrement citée dans le.» éditions Coustellier et Moetjens. Noris n'avons pas pu nous rendre raison de ces infidélités.

pense que Villon , conçu par sa mère à Paris, aura vu* le jour à Au vers • emprès Ponthoise (i). • La Croix du. Maine, sans doute, par inadvertance» le fait naître fe Ponthoise (2). Prosper Marchant adopte ces deux opinions comme probables, en même temps que sur un autre article, il rejette le témoignage de l'épitapho Fauchet qui leur sert do fondement, t Villon fran* *çois, dit* il avec humeur, et non pas Corbuttil , 9 comme Ca mal à propos avancé Fauchet et font >apr$s lui soutenu vingt autres. Né à Auvers> ou à * Pantoise, ou à Paris , mais plus probablement à » Paris (S). 1 Oui pi as probablement et même 1res certainement à Paris. La Mon noyé, le seul è qui nous soyons obligé de répondre, n'auroit pas eu d'autre opî> mon s'il avoit compris qu'il y a dans ce vers,

Né à Paris emprès Ponthoise..

quelque chose de burlesque et de satirique qui est? tout-à-fait dans le caractère de Villon. Rabelais ne s'y. est pas mépris.. On dirait même qu'il a voulu rendre l'expression plus saillante en la parodiant.

Ne suis-je badault 4e Paris ?

De Çaris , dis-je , èmprès Ponthoise (4)..

Persuadé, au contraire, qu'il était absurde de mettre Paris auprès de Pontoise, il crut 'que ce vefs renfer-

(0 Notes sur laCtob» du Maine, Btot. frtmç..

(a) Bibl. frtmç., «rt,ViHon.r. OÊSut. BpH. Futich. not. 5,et Lee. dk>;

(3) Supplément au Diet. dt Baylë , par Prosp. Marchant.

(4) Pantagruel, \:\ 9 <&, dernier. — P"aris. kz Pontom,

qui ne sont pos dans les œuvres du poëtc , elle ne dit cependant rien qui ae «oit possible et raisonnable. D'un autre cité» s'il est douteux qu'elle soit l'ouvrage de Villon , il est certain qu'elle ne peut lui être postérieure que de fort peu de temps; ce qui ne permet pas de rejeter entièrement son témoignage (1).

"Vil. Quanta ce Guillaume de Villon auquel le poète, dans son grand testament , lègue sa librairie (s) , c'est-à-dire, sa bibliothèque, avec le Bomqn du PetaU'Diabte, et à qui il avoït déjà laissé son bruit, ses tènles et son pavillon , c'est-à-dire , son avoir et sa réputation (5), la nature même des legs qui lui sont faits, auroit dû prévenir les méprises dans lesquelles sont tombés tous les auteurs qui ont parlé de lui. Go n' et oit ni un riche protecteur comme le pensoit La Moïinoye (4) , qui a perdu son temps à établir une différence entre Villon et tteViUon (S). Rien n'annonce qu'il fût le parent du poè'te , comme le disent le père

Villon, qui en ayant déjà fait trois, n'en auroit pas fait une quatrième; S* parce qu'on le fait naître à Anvers, tandis qu'il étoit né a Paris ; 4° parce qu'il est possible que ce huitain ait* été fait pour un frippon npmmô Corbueil, surnommé Villon, né à À.uvers, condamné à Fontoise, et devant son salut a un .appel.

(i) Fauchet la découvrit avant i5qq. On a cessé de transcrire les ouvrages de littérature , lorsqu'on a commencé à les imprimer. La première édition de Villon est de >4o3. •

(9) Voyez ci- après.

(5) Dans la partie du Petit Testament que nous avons découverte. , huit. 9. *

(4) Notes sur la Bibl. franc,, de la Croix du Maine,

(5) Pet. Tut. , huit. 9. Ce Guillaume de Villpn y est appelé Guillaume Villon. — .

( «5 ) du Cerceau , Prospej* Marchant , et plusieurs autres ( * )» ni sob oncle, comme l'a écrit l'auteur de l'article Villon, dans la Biographie* tiniverselie, et comme l'avoit dit avant lui M. Forme y; ni son père» comme l'ont cru Moréri, Le Duchat, l'auteur du JJuétiana, et celui de la table des familles de Paris , insérée dans l'édition Couslellier, et reproduite dans celle de Formey (2); encore moins son père et $on oncle, comme le supposent absurdement le père-Niceron (3) et l'éditeur des Annales poétiques. Selon toutes les apparences, ce légataire là n'étoit qu'un maître frippon , l'ami particulier du poëte dont il avoit fait l'éducation , et qu'il avoit quelquefois retiré, par son adresse, des mains de la justice. Le peuple l'avoit surnommé Willon, à cause de son savoir faire, et notre poëte l'a , sans doute, appelé de Villon, pour montrer qu'il passoit en mérite tous ceux de la confrérie (4)-

VIII. Au sujet du nom de Villon , il s'est élevé une discussion grammaticale, dont nous ne pouvohs nous dispenser de dire un mot. La célébrité qu'il s'étoit justement acquise dans Vart de la pince et du croc (5), donna lieu au peuple d'appeler tours villonniques, ou digoes.de Villon, les escroqueries faites avec beaucoup

(1) Da Cerceau, Mém. en forme 4e Lett. Mareh^ Diction., art» Villon.

(s) L'édition donnée par M, -Formey a ^té imprimée à La Haye , chez Moetjeos. V. 3* part.

(3) Mémoires pour servir 'à l'Histoire des.heuomes ,de- lettres.'

(4) N6u»inYÎtqns le lecteur à lire le huit. 9 du Put. TcsL, et le* boit. 77 et 78 du Grand, où il est' parlé. de Guillaume Villon.

(5) Expression de Marot. Pseface.

: ( se )

(Padresse. C'est en co sens que Nicolas Dénisot a dit , de Pierre Fatfeu , qu'il usolt de tourê vittonniques pour

avoir le bien d y autrui avec le sien, et vous laisser sans

croix ne pille. Je présume que de là est venue Terreur de quelques écrivain*, qui ont voulu lui faire honneur du verbe willonner et de ses dérivés (1). Ménage observe, avec raison, que le mot wille, d'où Ton a formé -willon , witlonnie et willonner, éloit originairement le même que guille. Or, ce dernier est aussi ancien que noire langue et le premier est antérieur à Villon (s).

Page 1