‹ Œuvres de maistre François VillonChapitre 9 sur 95 · IX. Nous savons que Villon était d'unefamille pauvre · texte numérisé non relu

IX. Nous savons que Villon était d'unefamille pauvre

et obscure.

Pauvre je suis de ma jeunesse , De pauvre et de petite extrace (3).

On a dit, et je ne sais pourquoi , que ses paren& firent des efforts (4), des sacrifices (5) pour le pousser aux études. D'autres racontent, avec confiance, qu'ayant eu le malheur de perdre son pèrç , tandis qu'il étoit encore fort jeune, il fut élevé par Guillaume de Villon son parent (6). Tout est gratuit dans ces assertions.

(\) Vtoqmer. Recherche , \. 8, ch.6o. Bel linge n. EtymoL des prov. Le Motteuz , Not. sur Rabelais, 1. 4 > ch. i3 , etc.

(a) Voyez dans les EtymoL de Ménage , les articles ' Guille et Villon.

(5) Gr. Test. , hait. 35.

(4) Du Cerceau , Mèm. . - :

(5) Père Niccron , Mèm.

(6) Prosp. Marchant.

( «7) Villon avoit perdu son père lorsqu'il composa son grand testament, voilà qui est positif.

Mon père est mort, Dieu en ayt lame(i).

Mais il ne résulte certainement pas delà, qu'il l'eût perdu dès son enfance. Le lecteur sait ce qu'il faut penser de sa parenté arec Guillaume de Villon. Quant aux sacrifices de sa famille, il y a lieu de croire qu'ils se borneront à lui donner la facilité de suivre les leçons gratuites de l'Université. Liberté dont il usa fort mal : car, au lieu d'étudier, il faispit comme le mauvais enfant , il fayoit Ctscole pour se livrer au libertinage : se ménageant ainsi des inquiétudes et des regrets (*).

X. Avec une conduite pareille , il est permis de croire que ses progrès dans les sciences théologiques ne répondirent point aux dispositions heureuses qu'il manifestoit. Dans ce fait , qui du reste est conforme à ce qu'il dit lui-même (3), se trouve l'explication d'une circonstance de sa vie qui n'a pas élé remarquée.

En i438 , les Péros du concile de Basle (4) ordonnèrent, qu'à l'avenir un certain nombre de bénéfices seroient exclusivement accordés à des clercs gradués, suivant les cours des universités les plus célèbres : mesure sage, qui offrait aux jeunes étudia n s sans for-

(1) Gr. Test, hait.' 58.

(a) Gr. Test. , hait. *6. II faisoit partie d'à ne bande joyeuse dont il déciit le sort, Gr, Tut., huit. 39 , 5o, 3i et 3a, et à laquelle il donne des coaseils, huit. i45, et ballade suir.

(3) Gr. Tut., huit.ioetrf. Pet. Tett., huit. 27.

(4) SesëMNi Si. Gollect.roy. des Concile», t. 3o.

tune, un moyen honnête de perfectionner leur éducation et promettoit à l'Église des minisires éclairés. Eu vertu de cette décision , les universités présentoient aux collateurs des bénéfices qui leur étoient réservés, ceux de leurs écoliers qui méritoient une pareille faveur et qui en avoient besoin. Villon fut présenté par celle de Paris; mais il n'obtint rien (1). C'est pourquoi voulant procurer une existence honnête h

Deux pauvres clercs parlant latin , Paisibles enfants , sans escry, Humbles, bien chantant au lecîry (a).'

Il leur laisse « «ans recevoir » , vraisemblablement afin de ne pas être accusé de simonie.* la nomination qu'il tenoit de l'université, en attendant quelque chose de mieux. Le portrait qu'il trace de ces deux pauvres clercs fait présumer, qu'outre son ignorance en fait de théologie, on lui reprochoit encore sa vie dissipée et son éloignement pour le service divin ; reproches qui pouvoient être fondés.

XI. Condamné à viyre pauvre, puisqu'il n'avoit aucun moyen d'existence et que lés efforts de l'université avoient été pour lui sans résultat, il manqua souvent du nécessaire, ainsi qu'il nous l'apprend en parlant de son corps :

Les vers n'y trouveront grant gresse, Trop lui fist la fain rude guerre (3). .

(i) L 'auteur du maauseritde. i'Àf scaal Renfle gue la dépravation do ses mœurs l'empêcha d'êtee nommé, . <

(a) Pet. Test, , huit. 27* et <2r. 7a/., huit; *aj. (3) Gr. Test., huit. 7G.

' ( *9 ) Joignez à cela qu'il se sentait un penchant violent pour le libertinage. La licence qui règne dans ses poésies et la nature de ses amours (1) ne permettent pas de donner un autre sens à ces deux vers :

Bien est vray qu'aymay autresfois Et que aimeroye voulentiers (a).

Loin de chercher à lo modérer il s'y livra tout entier. La ballade de Margot, dont le refrain est :

En ce bourdel, ou tenons nostre estât ,

nous donne une idée de l'avilissement dans lequel il était tombé* et nous 'découvre la véritable source de ses fripponneries, qu'il voudroit pouvoir excuser en les rejetant sur ses besoins.

Nécessité fait gens mesprendre , Et fain saillir le loup du bois (3).

Il était dans la nécessité, c'est-à-dire dans la détresse, lorsqu'il «soit d'industrie; mais cette nécessité il n'a voit tenu qu'à lui de la prévenir 2

Hé Dieu ! se j'eusse estudié , Au temps de ma jeunesse folle, Et à bonne meurs dédié ; . J'eusse maison et couche molle.

(1) Voyez Gr, Test., huit. 80 et suit.

(a) Qr. Test, , huit. . a5. 11 ne fut pas toujours henreux dans ses •meurs. Y. double ballade, à la suite, du huit. 54, G. T. £3) Gr. Test. , huit. ai.

Mai s quoy ? Je fuyoye l'escolle ,' Comme faict le mauvais enfant.

En escrivant ceste parolle, A peu, que le cueur ne me fend(i).

Je pense que c'est encore à sa démoralisation plutôt qu'à sa misère, qu'il faut attribuer la conduite de sa famille, dont il se plaint dans les vers suivants :

Je n'ay ne cens , rente , ne avoir. ,

• Des miens le moindre, je dis voir,

De me désadvouer s'avance.

Oubliant naturel devoir,

Par faute d'un peu de chevance (a).

XII. Elle fut bientôt telle, « qu'une sentence du Châle- Ut le condamna à être pendu* (3) lui et cinq de ses compagnons. Il composa, dans cette occasion , uneépitapbe (4)»où il conjure les passants de ne pas leur refuser des prières. Elle est sérieuse autant qup le requéroit un pareil sujet. Elle pouvoit l'être trop à ses yeux : ce qui le détermina vraisemblablement à composer la sienne en style libre et gaillard , telle que nous l'avons rapportée plus haut (5). Il forma en même teirips son ap- a

(1) Gr. Tes t., huit. a6.

(Y)J6Û/., huit. a3.

(3) Brossette sur Boileaa , Art. poétiq. V. Bail, de son appel, GEuv. div.

(4) Œuvres diverses,

(5) Toici sa n s commentaire ce qu'en dit Prosper Marchant : « Ce fut probablement lorsqu'il s'attendoit encore à passer le pas, et non point' en 1460, commesTa cru M. le Duc ha t , qu'il se fit cette épitaphe si connue , si polissonne et si digne d'an garnement tel que lui. » Die t. y art. Vit.

pel au parlement. S'il faut en croire la Biographie universelle, c'était une innovation dont il n'eut pas lieu de se repentir; car la Cour, plus indulgente que le Châlellet, se contenta, en faveur de son génie heureux pour les vers, de commuer la peine de mort en bannissement. Nous ne savons pas qu'elle devoit en être la du* rëe. Brossetle a écrit qu'il fut perpétuel (1). La preuve du contraire est dans le Petit Test., huit. 8*.

Pénétré de reconnoissance, le poëte déposa ses sentiments dans une ballade, où il invite ses cinq sens et tous ses membres ou il y a reprouehe, à célébrer la clémence de la Cour :

L'heur des François, le confort des es Ir ange s, Mère des boas , et seur des benoistz anges.

Elle est terminée par la demande d'un sursis de trois jours qui dût lui être accordé.

Nous ne connoissons ni la nature du crime qui l'avoit lait condamner, ni le lieu où il avoit été commis. Une ballade du jargon, où il est parlé de cipqà six pendus et de Ruel,a donné lieu de penser qu'il s'éloit rendu coupable de quelque vol commis en ce lieu (*).

XIII. Le poêle séparé de ses amours durement (3), c'est-à-dire de sa patrie, de ses parents et de ses amis, éloit en quelque sorte mort pour eux. C'est d'après cette idée qu'il composa son Petit Testament. Il dit l'avoir fait la veille de son départ et l'avoir terminé au

(i) Notes sur l'Art Poétique de Boileau.

(a) Jargon, ballade a.

(3) Ballade qui termine le Gr. Test.

son de la cloche de Sorbonne. Ce qu'il confirme dans son Grand Testament (1). Je sais étonné que Prosper Marchant, l'abbé Goujet et d'autres', aient écrit le contraire.

XIV. Sorti de Paris, chargé de regrets et non d'argent (2) , quelques-uns le font passer en Angleterre» L'auteur d'un manuscrit (3) l'envoie à Rome chercher les pardons dont il légua plus tard une portion aux religieuses de Montmartre (4). Le bon homme a été ici , de même qu'en plusieurs autres endroits , la dupé do 5a simplicité. Le legs de Villon est une éprgramme. Quant au lieu de sa retraite» il est indiqué dans la partie du petit testament que nous ayons découverte.

Adieu , je m' envois à Angîers (5).

Il a voit donc le projet de se retirer à Angers, et c'est probablement dans ces contrées qu'il rencontra la bonne ville dont il parte ailleurs (6), puisque c'est là qu'il subit sa deuxième condamnation. Car, incorrigible comme il l'avoit prévu ,

Je ne suis homme sans défia ut

Ne qu'autre, d'Assier, né d'Estaing (7),

de nouveaux délits te mirent pour la^eeonde fois entre

(1) Grand Test., huit. 65.

(2) lb'td., huit. i3.

(3) Mss. de l'Arsenal. V.Mém. 3« partie, n« 5.

(4) Grand Test. y huit. i36, huit, tiré du Mss Coislio.

(5) Petit Test., huit. 6.

(6) Grand Test. , huit. i3.

(7) Petit Test., huit. G.

- ( te )

les main» de la justice. Il fut emprisonné à Mehùn» i c'est à-dire, à Meun sur Loire et non pas i Melun sur Seine, ainsi que l'a cru le père du Cerceau (1). Celle ville étoitsous la juridiction dfel'évêque d'Orléans qui, pour lofs, se nommoit Jacques Thibault d'Âussigny. La justice devoit s'y rendre en son nom» car c'est à lui que Villon Romande compte des mauvais traitements qu'il a reçus dans la prison :

Dieu niercy et Jaques Thibault , Qui tant d'eau froide m'a fait boire »

En ung bas lieu , non pas en hault ) Manger d'angoissé mainte poire , Enferré : quant j'en ay mémoire, Je pry pour luy et reliqoa :

Que Dieu lui doint, et voire, voire, Ce que je pense ; et cetera (a).

Il déclare plus bas qu'il l'aime lui et ses officiers, Ainsi que faict Dieu le l^ombart. -

Ailleurs il prie pour lui , et choisit pour son verset le septième du psau ineZ) eu* /audem meamne tacuèrts (5) , auquel on peut donner l'interprétation suivante : Que sa vie soit courte et que son évêché passe entre les mains d'un autre. Avant da clore son Grand Testament ,

Il crye à toutes gens mercy,

Sinon aux trahi^tres chiens ma&tins,

(1) Da Cerceau. Mém. en forme de Lettres, (a) Grand Test. , huit. 63.

(5) Ibid., huit. 6L

Qui (fui) ont faict manger dures crostcs Et boire eau , mainte soirs et matins (t).

Faudrait-il croire, après cela, qu'il a voit été jugé sévèrement? Il paroit cependant que le crime dont il s'étoit rendu coupable n'éloit pas de nature à être avoué. Il use même à cet égard d'une réserve qui doit paraître extraordinaire. On a pensé qu'il avoît fabriqué de la fausse monnoie, parce qu'on a mal compris les conseils qu'il donne à ses amis, parmi lesquels ilpouvoitfortbien y avoir de faux monnoyeurs.

Tailleur de faux coings tu te brûles, Comme ceux qui sont escbaudes (a).

Le manuscrit de l'Arsenal dit qu'il s'étoit fait le chef d'une bande de brigands qui exploitoient les forêts d'Orléans : chose peu vraisemblable (3).

XV. Quoi qu'il en soit dé son second crime, à peine fut il condamné à mort qu'il écrivit à ses amis la ballade :

Ayez pitié, ayez pitié de moy ,

A tout le moins, si tous plaist, mes amis (4).

où il demande, de la manière la plus originale» qu'on

(i) Grand Test., avant- dernière ballade.

(a) Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie. Le Père d a Cerceau a judicieusement remarqué que,Peau bouillante étant le supplice des faux monnoyeurs, Villon n'auroit pas,été condamné à être pendu s'il eût été coupable de ce crime.

(3) Ce Mss., dont nous avons déjà parlé , mérite peu de confiance.

(4) Œuvres diverses»

lui obtienne des lettres de grâce. On lui en obtint. J'invite ceux qui voudront savoir de quelle manière le poêle en témoigna sa reconnoissance au roi Louis XI, à lire les huitaines 7, 8 et 9 du Grand Testament. Là encore, l'autorité épUcopale est qualifiée de vile puissance. Ne seroiuce pas à la rancune qu'il conservoit contre cet évoque» ou au rôle qu'auroient joué les moines dans sa condamnation , qu'il faudroit attribuer les sorties qu'il fait contre eux en plusieurs endroits de son Grand Testament (1).

XVI. M. Le Motteux(s) a cru que Villon avoit été pendu, et cela sur la foi de Pasquier, qui cependant ne l'affirme point. La Croix du Maine (3) dit : Aucuns assurent qu'il fut pendu pour ses malversations. Dans une note , on dit que probablement il ne le fut pas. Fauche* déclare aussi , qu'il ne fut pas pendu comme beaucoup de gens ont pensé (4). Ces incertitudes, sur un fait constant et si facile à vérifier, paraîtront plus surprenantes que l'erreur dans laquelle sont tombés ceux qui ne lui ont fait subir qu'un seul jugement et qu'une seule condamnation : erreur qui a donné lieu de dire les choses les plus étranges. Le père du Cerceau , par exemple, attribue le Petit Testament à une brouilUrie d'amour. L'auteur du manuscrit de l'Arsenal veut que Villon ait été obligé de quittérParis pour cause d'insultes faites à une fille publique. L'em-

(1) Voyez surtout huit. 106 et wiiv.; fpycz aussi l'Histoire du sacristain des Cordelier* , rapporté plus bas. < (a) Notes sur Rabelais.

{7>) Bibliot* français».

(4) Origine des Chevaliers, 1. 1.

(56) barras étoit de concilier là grâce accordée par Louis Xt avec la commutation de peine faite par arrêt do Parle* ment. Huet,quil'a senti (i), pense que Lonis XI ne fit qu'interposer son autorité royale auprès du parlement pour obtenir que la peine de mort fût commuée en celle de bannissement. Nous ne nous arrêterons pas à discuter ces opinions diverses, parce qu'il suffit de lire attentivement les œuvres du poëte (s) pour s'apercevoir qu'elles ne reposent que sur des méprises plus ou moins excusables de la part de ceux qui les ont faites.

XVII. La grâce que le poëte venoit d'obtenir échauffa de nouveau sa verve. Il composa le poëme salyrique qu'un éditeur anonyme appelle son Codicille et Grand Testament, et que les autres ont appelé le Grand Testatnent. Je pense que la ballade intitulée , Le débat du cœur et du corps de Villon % où il dit qu'il a trente ans et quc,si on le condamne à mort, il y mettra résistance, est sortie de la prison de Meun. Ce fût durant son exil, et après cette seconde condamnation , qu'il composa la ballade ,

Tant gratte chèvre que mal gist.

celle,

♦ Je connois bien mouches en lait.

La jolie requête au duc de Bourbon , que Marot s'est

(1) HuetUma.

(a) Que Villon ait été plusienrs fois aux prises avec la justice , la chose|m'a para évidemment résulter des hait. 7 et 77 du Grand Tes- 1 tament. Dans le premier il remercie Dieu de l'avoir lire de maint blatmet, et dans l'autre il reconnaît que Guillaume Villon l'a tiré de mains bot lions»

(»7) tn quelque sorte appropriée ( 1 ) ; la ballade que nous avons trouvée parmi les œuvres du prince Charles d'Orléans et qui vraisemblablement lui fut adressée, et le Problème, ballade où la Fortune le console , en lui rappelant la manière dont elle a traité plusieurs personnes qui valoient mieux que lui.

XVII I. Cependant Villon oontinuoit à vivre dans l'indigence et en terre loingtaine, quoiqu'il fût dans son pays (2). Il éi'oit malheureux et devoit l'être jusqu'à la fin de ses jours. Cette idée désolante, quoique repoussée par sa philosophie, l'obsédoit et ne laissoit pas que de l'accabler quelquefois. Alors il désiroit la mort; peutêtre même se la seroit-il procurée, si la religion ne l'eût empêché de se livrera cet acte de désespoir (5).

On doit encore attribuer à la crainte de Dieu, aussi bien qu'à celle de la justice , les soins qu'il se donna pour devenir meilleur. Il n'est pas à présumer qu'il se soit jamais corrigé entièrement; mais il paroitqueies efforts qu'il fit lui enlevèrent une partie de sa galle et lui attirèrent des ridicules (4)*

XIX. Rabelais, qui ne mérite ni d'être scrupuleusement copié lorsqu'il raconte des anecdotes , ni d'être entièrement mis à l'écart, nous a conservé quelques particularités dé l'exil de Villon que nous nous faisons un devoir de consigner dans notre Mémoire. Suivant

(1) L'Epîtro d M arot à François I" est calquée sur la requête de Villon au duc de Bourbon.

(a) Ballade au duc d'Orléans , QEuv.div. ,. H

. (3) Gr. Test. , huit. 4i.

(4)76iV.,huit. *5.

cet auteur, Villon passa en Angleterre, oùson humeur jof iale lui acquit les bonnes grâces du roi , qui devoit être Edouard IV(i). Or un jour qu'il accompagnoit Sa Majesté dans un lieu où les souverains de la terre sont obligés d'aller, comme le reste des hommes, payer leur tribut à la nature , le prince loi montra les armes de France et lui dit, avec un air de mépris : Qu'il ne Us tenoit pas ailleurs. Sans doute, continua le poëtç, d'à près l'avis de votre médecin, qui vous aura assuré que leur présence en ce lieu suffirait pour guérir votre constipation (a). Cette réponse hardie nous a été conservée non-seulement par Rabelais v mais encore par Brantôme* On a prétendu, ce qui parolt assez vraisemblable, qu'elle lui avoit attiré le courroux du roi, et que pour en prévenir les suites, il jugea prudent de revenir en France. Je présume qu'il composa dans cette circonstance, et tandis qu'il étoit encore plein de la juste indignation qu'avoit soulevée dans son ame l'insulte laite à sa noble patrie, la ballade qui est un recueil de malédictions contre celui,

Qoi mal voudrait an royaume de France.

XX. Après avoir erré dans le midi de la France, et avoir laissé à toutes les brosses et brossittons de ces contrées,

Ung lambeau de son cotillon.

il vint, dit Rabelais, passer le reste de ses jours à s

(i) Rabelais dit qae c'est le roi Edouard -le-Qaint , et que le médecin se Dommoit Linnacer. Sa mémoire l'avort mal servi.

(3) La peur donne la diarrhée. — Nous n'a?ons pas cru devoir cilec teitnelleineut Rabelais,

<3 9 ) St-Maixent, en Poitou, auprès Wang homme do bien* abbé, duditlUu* On le nommoit Jean Rousseau (1). Sous la protection de ce bon religieux, notre poëte vécut paisiblement, Son humeur bouffonne prit une nouvelle direction ; il composa des moralités, qu'il faiçoit représenter par les payons du village. Q& raçoute, 2i ce sur jet , et c'est encore Rabelais , que l$s ayant exercés h fouer le mystère de la Passîoo , il s'aperçut qu'il dmo^ quoit une ehappe pour babiller décemment celui d'entre eux qui devait jouer le rôle de Dieu le père. H en fit demander une au sacristain des cordelière Le frère ne voulut pas la prêter, et mal lui en prit: ear, un jour qu'il revenoit delà quête sur la pouUro de son couvent, Villon, qui lui avoit conservé raqcuneet qui luipréparoit une vengeance digne de lui» sort d'une embuscade avec ses amis, déguisés en diables. La troupe infernale» armée de torGhes, poussant des hurlements affreux et grimaçant d'une manière effroyable, se met en devoir d'arrêter le frère quêteur. La jument épouvantée se cabre ; le religieux désarçonné tombe, le pied embarrassé dans l'étrier... Il n'arriva au couvent qu'une partie de son corps : le reste demeura par les chemins* Cette fin malheureuse e$t probablement de l'invention de Rabelais, «tais l'aventure est UMit~à-feit dans le caractère de Villon (2).

XXI. Ainsi vécut ce bon follastre. S'il falloit en croire M. de la Monnoye, il seroit mort avant la fin du règne de Louis XI , et , selon M. Marchant , il seroit mort

(1) Suivant le Mss. Â./û a voit été élu abbé en 148S. (a) Si la chose est ainsi arrivée , les officiers de l'évéqne d'Orléans auront pu le condamner à mort pour «c crime.

a Paris, tu qu il ordonne sa sépulture à Sainte- Avoye. M. Marchant n'a pas compris que» dans cet endroit du Gr. Test., le poète badine sur l'importance que certaines personnes allachoient alors au choix de leur sépulture. Sainte-Avoye étoit la seule église de Paris où il fut impossible d'ensevelir un mort (1).

XXII. Ce que nous Tenons de dire suffit , pour faire connoltre le poète Villon. Ceux qui voudroient étudier ses mœurs d'une manière plus particulière liront ses poésies : il s'y est peint au naturel. On trouvera dans le huitain io5 du Grand Testament un tour de sa façon, joué au barbier de Bourg-la-Reine. On nous a conservé l'histoire d'un dîner qu'il donna à ses compagnons, et pour lequel il dépensa fort peu d'argent. Il commence le Becueil des hystoires des franches repente; petit poème où l'on dit de lui :

C'estoit la mère nourrissière, De ceulx qui n'aT oient pas d'argent.

A tromper, devant et derrière , Eçtoit un hqmme diligent.

Après avoir mis sous les yeux du lecteur tout ce que nous avons pu découvrir d'intéressant sur la personne de Villon , nous allons nous occuper de ses œuvres dans la seconde partie de notre Mémoire.

(1) La chapelle des religieuses die Sainte-JVtoye était au prenne* étage. V. Gr. Test., huit. i63.

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