AVERTISSEMENT DE L'AUTEUR
Comme je suis convaincu que le Verbe éternel est la Raison * universelle des esprits , et que ce même Verbe, fait chair, est Vauteur et le consommateur de notre foi ^, je crois devoir le faire parler dans ces Méditations comme lé véritable Maître ', qui enseigne tous les hommes par l'autorité de sa parole et par l'évidence de ses lumières. Mais j'appréhende extrêmement dé ne pas rendre ses réponses telles que je les reçois et de ne pas même les discerner toujours de mes préjugés, ou de ces sentiments obscurs et confus qu'inspirent les sens, l'imagination et les passions. Je sais que je suis homme, et que si le Verbe, auquel je suis uni comme le reste des intelligences, me parle clairement dans le plus secret de ma raison, j'ai un corps insolent et rebelle que je ne puis faire taire et qui parle souvent plus haut que Dieu même ; j'ai un corps qui me paraît faire plus de la moitié de mon être : je ne puis séparer mes intérêts des siens. Ses biens et ses
1 Joan» 1, 9.
s nehr. 12, 2 .
3 Matth, 23, 10 ; Aie. dv. Magistnn
2 AVERTISSEMENT DE L'AUTEUlJ.
maux sont actuellement ma félicité et ma misère. De sorte que je ne puis l'entendre sans émotion, lui imposer silence sans inquiétude, lui contredire sans peine et sans douleur; en un mot, le maltraiter ou le frapper sans me blesser.
11 ne faut donc pas attribuer à notre maître commun toutes les réponses que je donne dans cet ouvrage comme de sa part. Les vérités qui y sont répandues sont de lui, les erreurs sont de moi. Car je ne doute nullement que mon imagination ne m'ait séduit, quelque effort que j'aie fait pour l'obliger à se taire et pour rejeter ses réponses. Ceux qui aiment uniquement la vérité ne doivent jamais croire personne sur sa parole. Si je leur parle comme de la part du Verbe éternel, ce n'est point que je veuille surprendre leur piété ; c'est, encore un coup, que je ne reconnais point d'autre maître que lui et que je n'en veux point proposer d'autre à personne. Que les lecteurs l'interrogent fidèlement, qu'ils écoutent attentivement ses réponses; qu'ils ne se rendent qu'à l'évidence, et ils discerneront assez si c'est un homme trompeur qui leur parle , ou si c'est leur maître qui les instruit. Au reste, je soumets toutes mes réflexions non-seulement à l'autorite de l'Eglise, qui conserve le sacré dépôt de la tradition, mais encore au jugement des personnes éclairées qui savent mieux que moi consulter la raison et faire taire leurs sens, leur imagination, et leurs passions. Je crois néanmoins devoir avertir