II
140 MÉDITATIONS CaRÉTIENNES.
commets une injustice que je ne puis m'empôcher de punir ; car, par ma nature, je suis juste, jaloux de ma gloire, et tellement délicat sur tout ce qui blesse Tordre et la justice, que rien ne peut échapper à mon ressentiment. Tu sais bien que je ne t'ai pas fait sans dessein ou pour te laisser à toi-même, et tu comprends clairement qu'il y a contradiction que je puisse agir pour quelqu'aulre que pour moi. Emploie donc, mon fils, le temps ou la durée de ton être selon mes désirs.
3. C'est par ma puissance que j'agis en toi et que je t'éclaire de ma lumière. Sans moi, tu ne penserais à rien, tu ne verrais rien, tu ne concevrais rien ; toutes tes idées sont dans ma substance et toutes tes connaissances m'appartiennent. Ainsi, tu ne dois occuper ton esprit que de moi et que par rapport à moi. Penses-tu que je t'éclaire pour te faire briller aux yeux des hommes, et que je te nourrisse de la vérité afin que tu travailles pour tes intérêts particuliers ? N'est-il pas évident que celui qui se nourrit de ma substance ne doit vivre que selon mes désirs ? Ne vis donc que pour moi, et ne cherche que ma gloire.
4. C'est ma puissance qui te transporte sans cesse vers le bien en général. Comme je n'agis que pour moi, je ne crée aucun esprit sans lui donner une impression invincible pour le bien en général, c'est-à-dire pour ma substance, qui seule renferme tous les biens. Cette impression invincible et continuelle que je produis en toi, c'est ta volonté ou cette faculté qui te rend capable d'aimer généralement tous les biens. Ainsi^ tu vois bien que tu me dois aimer de toutes tes forces, puisque toute la force que tu as d'aimer vient de moi ; et que, ne pouvant agir que pour moi, je ne puis pas te donner de mouvement pour aimer quelqu'autre chose que moî ou sans rapport à moi.