Tu me dois, mon fils, aimer par justice ; mais'tu
me dois aussi aimer par amour-propre. Car il n'y a. que moi qui puisse être bien à ton égard. 11 n'y a que moi qui agisse véritablement dans les esprits. Les^corps qui t'environnent ne peuvent te faire ni bien ni mal. Les intelligences même les plus nobles ne peuvent par ellesmêmes changer les modifications des derniers des êtres. C'est ma puissance qui fait tout, et le bien et le mal. Les causes naturelles ne sont que des causes occasionnelles, qui déterminent l'efficace des lois générales, que j'ai établies pour agir toujours d'une manière digne de moi, comme je te l'ai déjà expliqué. Ainsi tu ne dois aimer que moi, puisqu'il n'y a que moi qui produise ^n toi les plaisirs que lu sens à l'occasion de ce qui se passe dans ton corps.
6. Tu ne dois aussi craindre que moi, car nulle créature n'a un véritable pouvoir de te faire souffrir le moindre mal. C'est le plaisir et la douleur qui rendent heureux ou malheureux à proportion de leur force. Tu veux absolument être heureux. Ton amour-propre ne peut donc être éclairé, si tu n'aimes la véritable cause du plaisir. Tu ne veux point être malheureux : -crains donc la véritable cause de la douleur, si tu es sage.
7. Mais le feu te réjouit, diras-tu. Eh bien, approchet'en. Tu peux par le mouvement de tpn corps l'unir aux objets qui sont les causes naturelles ou occasionnelles de ton bonheur. Tu peux t'approcher du feu ; mais tu ne dois pas l'aimer. Tu peux éviter un homme qui te persécute ; mais tu ne dois pas le craindre. Distingue les mouvements de l'âme de ceux du corps. Les mouvements de l'âme ne doivent tendre que vers celui qui seul est au-dessus d'elle, seul assez puissant pour agir en elle ; mais que les mouvements de ton corps soient déterminés par les objets qui t'environnent, j'y consens.
8. Souviens-toi néanmoins, mon fils, que tu ne dois pas me faire servir à des passions injustes, ni m'obliger, en conséquence des lois naturelles que j'ai établies, à te rendre heureux par des plaisirs que tu ne mérites pas. Souviens-toi que tu es faible, que l'usage des biens sensibles réveille ta concupiscence, et te fait regarder les corps comme de vrais biens. Car lorsque tu jouis de quelque plaisir, tu vois devant tes yeux, et tu touches des mains, l'objet qui parait causer ce plaisir, et tu ne vois ni ne sens la véritable cause qui le produit. Ainsi ton amour se termine à l'objet qui te frappe les sens ; et tu ne penses pas seulement à la puissance invisible de ton Dieu. Outre que les plaisirs dont on a joui, salissent l'imagination, troublent l'attention de l'esprit, et le rendent esclave de faux biens. Souviens-toi enfin, mon cher fils, que comme pécheur, tu ne peuxrenfrer dans l'ordre sans faire pénitence ; et que comme chrétien tu dois aussi bien que moi mériter par tes travaux la possession des vrais biens. On ne peut être solidement heureux en ce monde. Cela est décidé. Le juste doit vivre de la foi. Il doit me faire cet honneur que de me croire à ma parole, et, s'appuyant sur mes promesses, sacrifier son bonheur présent à celui que je lui prépare dans le ciel.
9. Voilà, mon fils, en général, tes devoirs à l'égard de Dieii, et les raisons de ces devoirs tirées de la souveraineté du Créateur sur ses créatures. Pour tes devoirs à l'égard du prochain, je te les expliquerai une autre fois. Aime-le cependant comme toi-même, ou plutôt comme tu dois t'aimer, en tâchant de lui procurer les vrais biens. Tu accompliras ainsi parfaitement la loi. Car tous ses préceptes sont renfermés dans ces deux-ci : Le premier ; Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo, et ex totâ anima tuâ^ et ex totâ mente tua y et ex toto virtute tua ; le second : Diliges proximurri tuum tanquàm
ieipsum. In his duobus mandatis universa lex pendet et •prophetœ *.
10. mon Sauveur, que l'homme est obligé à de grandes choses ; que ses devoirs s'étendent loin ! Quoi l sacrifier sans cesse ses plaisirs en l'honneur du vrai bien ; ses plaisirs présents à des plaisirs dont on n'espère de jouir qu'après la mort, qui, à Tégard de l'imagination et des sens, est un anéantissement véritable. Est-ce vivre, ô mon Dieu, que de renoncer à tout ce qui fait aimer la vie ; et l'homme peut-il se donner la mort ^n rompant absolument avec les plaisirs ? On peut se donner la mort, l'histoire en fournit des preuves. Mais peutron vouloir remettre à être heureux au temps qu'on s'imagine qu'on ne sera plus ? Certainement ceux qui se sont donné la mort ne pensaient qu'à se délivrer de la vie ; ils cherchaient ou à se rendre actuellement heureux, ou à éviter lâchement les maux qu'ils appréhendaient. Car on préfère naturellement le bonheur à la vie, et le néant même ne paraît point si terrible que la douleur. C'est se sacrifier, c'est s'enterrer tout vivant, que d'écouter, mais sans cesse, et sa raison et sa foi. Cette pensée toute seule me fait peur. Et si vous ne me soutenez, bien loin de suivre exactement les ordres que vous me prescrivez, peut-être que je n'aurai pas seulement la force d'en former la résolution.
ii. Compare, mon fils, le temps avec l'éternité : y découvres- tu quelque rapport? Dieu veut que tu te donnes à lui avant qu'il se donne à toi; y a-t-il là quelque, injustice? Tu voudrais être couronné avant la victoire ; mais cela est-il raisonnable ? Dieu est le maître^ mon fils. Il ne doit pas prendre la loi de ses créatures. Je suis sa loi, et sa loi inviolable. Il m'aime invinciblement, et il n'aime que ceux qui me regardent sans cesse comme la règle de leur conduite. Lâche que tu.
» Marc, 12, 30 ; Matth, 1, 12.
150 MÉDITATIONS CURÉTIENNES.
es, tu crains le combat^ et je vois dans ton cœur que tu voudrais quasi qu'il n'y eût rien à espérer après la vie, ni peine, ni récompense . Mais sache que je n'ai fait le monde présent que pour le monde futur, et que c'est de la variété des travaux et des combats, principes légitimes des mérites et des récompenses, dont je tirerai le plus de gloire.
12. La crainte que tu as de ma justice te donne plus de tristesse, que la confiance que tu as en ma bonté ne te donne de consolation et de joie. Tu te décourages, mon fils. Mais c'est que quand tu penses au combat, tu ne comptes que sur les forces que tu te sens. Tu es encore plus faible que tu ne penses. Tu ne peux rien sans moi ; mais avec mon secours rien ne t'est impossible. Sache que mon joug est doux, et que le fardeau que j'impose est léger par la force que je donne à ceux qui me servent. La douceur et la paix que je répands dans les cœurs passe tous les sentiments les plus vifs et les plus agréables ; et ceux qui ont fait divorce avec les plaisirs et les grandeurs humaines, reçoivent, à proportion de leur foi, une joie dont on ne peut se former d'idée que par le sentiment qui en résulte. Oui, mon fils, l'avant-goût des vrais biens rend infiniment plus heureux, que le goût actuel des biens qui passent. Car, si l'espérance de recevoir de son prince quelque récompense donne tant de joie à. ceux qui se veulent faire quelque établissement dans le monde, quelle doit êlre la joie de ceux qui sont convaincus que Dieu n'est ni impuissant, ni trompeur, qu'il tiendra la parole qu'il a confirmée par serment, et qu'il ne rompra pas l'alliance qu'il a signée par le sang de son Fils, pour ôter aux hommes tout sujet de défiance! Quelle doit être la joie de ceux qui ont en moi un établissement dans cette ville ^ dont les fonde-
* Hebr, 11.
ments sont inébranlables, et qui s'attendent, avec une confiance ferme et entière, que Dieu même sera leur récompense; récompense, mon fils, dont tu ne peux te figurer la grandeur; récompense, magna nimis, infiniment plus grande que tu ne peux en mériter; digne, non de la libéralité des rois de la terre, mais de la grandeur, de la puissance et de la bonté de ton Dieu ; magna nùnis^ trop grande pour celui-là môme qui a méritépar la grandeur de sa foi d'être appelé le père de tous les fidèles.
13 . Mais, mon fils, comme tu ne peux, sans le secours du ciel, augmenter ta foi, et cette espérance qui est le principe de la joie de mes disciples; comme tu ne peux, sans moi, accomplir les deux grands préceptes dont dépendent la loi et les prophètes, je vais le prescrire la conduite que tu dois observer, non-seulement afin que tu obtiennes la grâce, mais encore afin qu'elle opère en toi reffet pour lequel elle est donnée, qui est la conversion et la sanctification des âmes. Cette conduite sage que tû dois tenir dépend de celle que je tiens moi-même, ainsi que je t'ai dit d'abord. Écoutemoi avec toute l'attention dont tu es capable.
14. Comme la sagesse de Dieu ne lui permet pas d'agir à tous moments par des volontés particulières, ainsi que je te l'ai fait voir dans tes méditations précédentes, tu peux déjà comprendre, qu'afin que tu obtiennes sûrement la grâce dont tu as besoin, il est nécessaire que tu saches quelle est la cause occasionnelle ou naturelle qui détermine la cause véritable de tous les biens, à répandl*e dans les cœurs cette céleste pluie. Or je t'apprends que c'est moi, en qualité de médiateur entre Dieu et les hommes, de chef de l'Église et d'architecte du Temple éternel ; car toute puis- .<ance m* a été donnée dans le ciel et siv* la tei^re *. Dieu n^a
« Matth, 28, 18.
152 MÉDITATIONS CURÉTIENNES.
point soumis aux anges le monde futur * . Je suis seul le souverain prêtre des biens étemels. Je suis le vrai Salamon qui dois élever à la gloire de mon Père V édifice spirituel de l'Église ^. Dieu m* a donné pour matériaux de ce Temple vivant toutes les nations de la terre ' . Je dispose de tout dans la maison de mon Père * . Je suis le médiateur* entre Dieu et les hommes *. Je prie sans cesse pour eux, et toutes mes prières sont exaucées^. J'anime mon Église^ comme Tàme anime le corps ; et par conséquent je détermine, comme cause occasionnelle ou naturelle, par mes désirs, Tefficace de la loi générale de la grâce que Dieu a établie pour le salut des hommes et pour la construction de son grand ouvrage, la céleste Jérusalem. Tel est Tordre de la grâce. Dieu veut sauver tous les hommes en son Fils. Je suis le premier des prédestinés, et nul n'est sauvé que par mon moyen ; car ce n'est que par moi, comme chef de l'Église et médiateur entre Dieu et les hommes, que la grâce se répand dans les cœurs.
45. Ainsi, mon ûls, lorsque tû manques de force pour vaincre tes passions, approche-toi de moi avec une foi ferme qu'il est en mon pouvoir de te secourir» Crois que, si je prie mon Père, il m'exaucera infailliblement, et qu'il te donnera une grâce proportionnée aux désirs que j'aurai de te faire du bien. Si tu es juste devant Dieu, jamais tu ne le prieras inutilement en mon nom ; mais si tu es pécheur, tes prières seront inutiles jusqu'à ce que j'y joigne les miennes. Néanmoins, comme je suis venu sauver les pécheurs, ne crains point. Persévère dans la prière, importune-moi par tes
î Hehr. 2, 5.
* ibid. 9, 11; Apoc, 3, 12.
» Ps. 2, 8.
* Ilebr, 3, 6, 10, 21.
» Tim. 2, 5.
« Hebr, 7, 25; Joan, 11, Vi.
cris, et je le promets que je ne te renverrai point avec la honte et la confusion que tu mérites pour tes désordres.
i6. Lorsque le froid te pénètre et te glace, tu l'approches du feu avec joie et sans hésiter ; parce que lu es ' convaincu, par une expérience sensible, qu'il est la cause occasionnelle de la chaleur. Ainsi approche-toi de moi avec joie et sans hésiter, lorsque ton amour pour les vrais biens languit et se refroidit; puisque Dieu m'a établi cause naturelle ou occasionnelle de la gr&ce, et que tous mes désirs sont efficaces. J'ai toujours un désir général de sauver les pécheurs; c'est à toi à tâcher de déterminer ce désir par rapport à tes besoins, en me priant humblement et avec une foi qui honore ma puissance et ma qualité de médiateur : autrement mes désirs ne seront excités que par l'idée des difrérbntes beautés dont je veux orner l'Église future, et par l'amour que j'ai pour tous les hommes en général. La grâce te sera donnée rarement, elle ne sera point proportionnée à tes besoins, et d'autres plus diligents emporteront la place que tu devrais occuper dans le ciel.
i7. Voilà, mon fils, en général ce que tu dois faire pour obtenir la grâce dont tu as besoin; dans la suite, je te l'expliquerai plus en détail. Mais il ne sufQt pas 4i'obtenir la grâce, il faut prendre garde à ne pas la rendre inutile; car souvent les pécheurs et les justes mêmes reçoivent bien des grâces qui ne font point en eux l'effet qu'elles devraient faire, s'ils se préparaient à les recevoir selon les règles que je vais te prescrire, qui ne sont autre chose que les conseils de mon Évangile.
18. Souviens-toi, mon fils, de ce que je t'ai déjà dit tarit de fois de la conduite que Dieu tient dans l'exécution de ses desseins ; car, encore un coup, c'est sur celle
154 MÉDITATIONS CURÉTIENNES.
conduite que tu dois régler la tienne, afin que la grâce fasse en toi tout TelTet que je désire. Je m'explique.
19.11 n*y a rien dans* les pécheurs qui mérite la grâce : car tu sais bien que la grâce doit prévenir la volonté, et qu'elle n'est point donnée selon les mérités ; et tu ne peux savoir le détail ou la suite des effets qui dépendent de l'ordre de la grâce. Que les laboureurs labourent et ensemencent leurs terres, ce ne sont point leurs travaux qui déterminent Dieu à répandre la pluie. C'est l'ordre de la nature qu'il a établi, ordre dont on ne peut prévoir les suites. On peut savoir que la pluie se répand en conséquence des lois générales des communications des mouvements ; mais on ne peut deviner précisément le temps, la durée et la quantité de la pluie. De même où peut savoir que la pluie de la grâce se répand sur les hommes par une suite naturelle de la loi générale que Dieu a établie de sauver tous les hommes en son Fils. Car la foi t'apprend que je construis un édifice spirituel dont les hommes sont les pierres vivantes, et que tous les désirs que je forme par rapport à mon ouvrage sont toujours accomplis. Mais tu ne peux savoir précisément le temps de ta vocation, ou quand je formerai les désirs qui répandront la grâce sur tels et tels; tu ne peux savoir la force ou la grandeur de la grâce qui leur est toujours proportionnée, et cela pour plusieurs raisons.
20. 1** Parce que mes désirs se forment sur l'idée de certaines beautés dont je veux orner mon épouse, et qui te sont entièrement inconnues. 2** Parce qu'ils sont réglés par l'ordre, qui est la loi que je suis inviolablement, et dont tu n'as qu'une connaissance fort impar<faite. 3** Parce qu'ils sont libres en bien des rencontres, et que je puis souvent remettre à un autre temps ce que j'exécute. 4** Parce que les matériaux dont je ine sers ne sont pas également ^propres à mon dessein ac-
DOUZIEME HBDITATION. 15&
luel, à cause de la combinaison de la grâce avec la nature ; combinaison qui reçoit à tous moments des changements infinis. Car, par exemple, si j'ai besoin de martyrs pour faire dans ^Église un certain effet, tu vois bien que la France, où il n'y a point présentement de persécutions, ne peut pas me fournir de matériaux. ËnGn comme personne n'a une idée claire de l'âme, on ne peut pas savoir l'ouvrage que j'en puis former. Ainsi, quoiqu'on sache que la grâce se répand sur les hommes à proportion de mes désirs, il est impossible de connaître le détail et de rendre raison du temps, de l'abondance et des autres circonstances de celte céleste pluie.
2i. S'il est donc certain que la pluie de la grâce ne tombe pas à tous moments sur les mêmes personnes, et que lorsqu'il en totube, ce n'est pas toujours avec cette abondance qui est nécessaire pour pénétrer et pour amollir des cœurs trop endurcis par les ardeurs de la concupiscence, on ne peut pas douter que les hommes ne doivent veiller el travailler de leur côté pour assurer leur vocation et rendre la grâce efficace à leur égard. Car je suppose que tu saches que ma grâce opère d'autant plus qu'elle trouve moins de résistance; el que tel degré de délectation spirituelle qui convertira un pécheur, dont la concupiscence n'est point actuellement excitée par quelque objet dangereux, ne pourra pas changer un esprit qui est actuellement dans le trouble et dans le mouvement brutal de sa passion dominante. Je suppose que tu saches que l'on peut par raison, par amour-propre *, par la crainte de l'enfer ou par les grâces les plus communes, éviter les plaisirs qu'on n'a point goûtés et dont par conséquent on n'est point encore esclave ; et qu'ainsi on peut se préparer
» Voy. le Traité de la Morale, première partie, ch, 8.
156 MEDITATIONS CURETIENNES.
de telle manière, que la grâce de la délectation ou delà conversion étant donnée, on ne manquera pas d'en être véritablement converti.
22. Il faut, mon fils, que tu imites les laboureurs. L'expérience leur a appris à régler leur conduite sur les lois de la nature. Ils n'attendent point que je fasse des miracles en leur faveur. Ils font exactement leurs labours, ils ensemencent abondamment leurs terres, afin que s'il pleut et ne grêle point, ils recueillent avec joie le fruit de leurs travaux; et il est très-rare que la pluie leur manque ou que la grêle les désole, jusqu'à les faire repentir des peines qu'ils ont prises et des grains qu'ils ont répandus. Travaille comme eux, défriche, prépare la terre de ton cœur afin que ma parole y fructifie. La pluie de la grâce ne te manquera pas, puisque tu crois que je suis ton sauveur et ton maître ; car j'aime trop le salut des chrétiens pour les abandonnera leurs ennemis. Ne t'attends pas néanmoins à ces grâces victorieuses qui brisent les cœurs les plus endurcis. Règle ta conduite sur la mienne. Je veux sauver les hommes par les voies les plus simples, et je ne répands des grâces extraordinaires et miraculeuses que selon certains besoins de mon Église qui, présentement, sont plus rares que tu ne penses. Prends le plus sûr. L'affaire est d'une conséquence infinie ; et tous les travaux de la vie présente, quelque grands qu'ils soient, n'ont nul rapport avec les récompenses que je prépare à ceux qui sacrifient généreusement leurs plaisirs à l'amour de l'ordre.
23. Si Dieu, agissant comme il doit agir, répandait sa grâce par des volontés particulières, il est visible qu'elle aurait toujours Tefi'et pour lequel il la donne, un être sage proportionnant toujours les moyens avec leur fin. Et comme Dieu n'abandonne pas le premier les justes, et qu'il leur donne la grâce afin qu'ils spr-
Dontent les tentations, ils n'en seraient jamais vaincus, lar enfin Dieu ne pouvant pas ignorer l'usage qu'on érade sa grâce, ou plutôt ne devant pas agir, comme 'il ne pénétrait pas les cœurs et ne prévoyait pas îs déterminations futures des volontés, la chute lu juste retomberait sur lui en quelque manière. !ar on aurait sujet de penser, ou que Dieu n'aurait as une volonté sincère de sauver, je ne dis pas tous » hommes, je ne dis pas les pécheurs, je dis même » justes, ceux qui me sont unis par la charité; u qu'il aurait manqué de sagesse et de prévoyance e n'avoir pas proportionné les moyens à la fin a'il s'est proposée, sa grâce ne donnant pas toulurs aux justes mômes la victoire contVe les tenitions.
23. Si Dieu répandait les pluies ordinaires dans le essein de rendre les terres fécondes, et qu'il agît par 28 volontés particulières, il est certain qu'elles ne tombaient pas sur les sablons et dans la mer. Elles ne »mberaient que sur les terres ensemencées ou capables sCécondité, et elles seraient bien mieux régléesqu'elles 5 le sont. Or, il est certain que Dieu ne répand sa *âce sur les hommes, que pour leur faire porter des ails dignes d'elle. Et cependant elle tombe souïnt dans des cœurs endurcis. Elle est refusée à ceux ni en feraient bon usage et donnée à d'autres qui la jettent avec mépris. Elle n'est point proportionnée au »oin actuel de ceux à qui elle est donnée. Et tel qui tçoit sans fruit une grâce, à cause qu'il est devant )bjet de sa passion, aurait été converti, si cette même âce lui avait été accordée un moment auparavant. eu ne donne donc point sa grâce par des volontés par- ',ulières, sa sagesse l'en empêche. Car s'il était aussi pie d'une sagesse qui n'a point de bornes, d'agir par s voies composées, que d'agir par des voies simples,