‹ Œuvres de Malebranche: collationnée sur les meilleurs textes et précédé d'une introduction (volume 2)Chapitre 24 sur 43 · II · texte numérisé non relu

II

Pour obtenir les secours dont on a besoin, il faut penser 'sans ces;»^ aux trois qualités de Jésus-Christ exposées dans le chapitre précé — dent, et quelle est la cause oncasionnelle ou naturelle de la grâce •» Quelques moyens pour s'en souvenir. Le meilleur c'est de pren — dre chaque jour un temps réglé pour faire oraison. Des partie^ essentielles de l'oraison, et de son utilité en général.

1. Je t'ai exposé, mon cher fils, trois qualités considérables que rÉcriture m'attribue, et selon lesquelles^ tu dois sans cesse me considérer. La plupart de» hommes ne me regardent que comme la cause méri— toire des vrais biens ; ils ne savent point assez distinctement que j'en suis la cause physique, occasionnelle,, distributive, et que ce sont mes désirs qui déterminent infailliblement refficace de la bonne volonté de Dieu à. l'égard des hommes. Ils s'imaginent que si Dieu agit en eux, et les convertit, c'est uniquement que j'ai mérité qu'il leur fasse grâce. Ils pensent que Dieu agit comme les hommes, par des volontés particulières; ou que s'il suit certaines lois, elles leur sont entièrement inconnues. En un mot, ils ne me regardent point comme la cause naturelle de tous les secours dont ils ont besoin ; et c'est pour cela qu'ils manquent de foi et qu'ife ne s*approchent point du propitiatoire avec une pleine et entihe confiance. Comme c'est là le fondement de la religion, je veux encore t'y faire penser et le l'expliquer.

QUINZIEME MEDITATION. i95

2. Lorsqu'un homme pénétré de froid veut ranimer sesjmembres déjà presque morts, sache, mon fils, que c'est en vain qu'il prie Dieu de répandre dans son corps la chaleur et le mouvement. La cause générale n'agis- ^nt point par des volontés particulièjres que Tordre et la justice ne le demandent absolument, cet homme périra de froid si le mérite de sa prière n'exige l'action d'un Dieu, ou s'il ne connaît que le feu est la cause occasionnelle de la chaleur, et s'il ne s'en approche afin que, selon les lois générales de la nature, la cause véritable, qui seule fait toutes choses, lui rende le mouvement et la vie. De même, lorsqu'un homme languit dans le péché, c'est en vain qu'il invoque le Seigneur : S'il ne croit en moi, il mourra dans ses désordres *. Car, comme Dieu n'agit jamais que selon la loi de l'ordre immuable 2, ou selon les lois générales qu'il a établies et qu'il suit constamment, l'homme n'ayant point de naérites naturels qui aient rapport aux vrais biens. Dieu ne le sauvera jamais qu'en conséquence de l'action d'une cause occasionnelle. Mais s'il me connaît, et que par la force de sa foi il s'approche de moi, qui suis le vrai propitiatoire ', le trône de la grâce, le sauveur des pécheurs : en un mot, la cause occasionnelle des vrais biens, je prierai pour lui, et mon Père m'exaucera. Car quiconque croit en moi aura la vie étei'nelle*. Que le pécheur s'humilie donc de ses désordres, mais qu'il n'oublie pas qu'en ma personne il a un avocat*, un médiateur, un intercesseur qui obtient immanquablement tout ce qu'il demande.

Page 1