A l'égard des plaisirs dont tu as joui, et dont par
conséquent tu es devenu esclave, comme tu ne peux t'en priver sans mon secours, il faut nécessairement que tu m'invoques comme ton sauveur, afin que je te délivre de leur servitude. Mais, pour te préparer à ma grâce, compare ces plais'.rs avec ceux que la foi te promet et avec les maux éternels dont elle te menaee ; considère que tu es pécheur et digne d'être puni, et que tu obliges Dieu à te rendre heureux en conséquence des lois qu'il a établies et qu'il suit constamment. Pense que tu es chrétien et que ton modèle n'est point un Adonis, mais un homme attaché en croix, pénétré de vives douleurs et couvert de confusion et de honte! Réjouis-toi d'avoir, dans ces plaisirs dont il est en ton pouvoir de jouir, quelque chose à ofriren sacrifice à Dieu en reconnaissance de ses bienfaits et pour mériter ta récompense. Cherche des motifs*
de rendre ridicule et impertinente la passion qui te domine, toi qui ne dois reconnaître que Dieu seul audessus de toi et capable de te rendre heureux, et préparetoi par de semblables réflexions à former et à exécuter, avec mon secours, des résolutions généreuses.
15. Mais souviens-toi toujours que, pour vaincre ses passions, il faut fuir les objets qui les produisent. Il est beaucoup plus en ton pouvoir d'éviter l'action de ces objets que de modérer les mouvements qu'ils excitent dans ton cœur. Le mouvement des pieds, des bras, des yeux est entièrement soumis à tes volontés; tu peux fuir, tu peux baisser la vue, tu peux éviter le coup que te porte Tobjet; mais iorsqu'ud objet t'a blessé le cœur, il n'est plus en ton pouvoir de ne pas sentir ta blessure ; car le mouvement des nerfs qui ont rapport aux passions ne dépend point de tes volontés. Lorsque l'imagination est salie par les traces infâmes qu'une beauté sensible y a imprimées, il n'est point au pouvoir de l'àme de la purifier ou d'effacer entièrement ces traces criminelles. Les esprits animaux y prennent leur cours à tous moments et empêchent que la plaie ne se referme. Il faut faire une grande et forte révulsion dans les esprits ; autrement la plaie se rouvre, et le mal s'aigrit de manière qu'on ne peut guérir sans miracle. Mais il n'est pas fort difûcile de se préserver du mal et de conserver la pureté de son imagination; car il est au pouvoir de l'âme de boucher les avenues par lesquelles les objets ont commerce avec les sens; il est au pouvoir de l'âme de fermer les yeux et de fuir lorsqu'elle appréhende d'être trop pressée. On change d'air lorsqu'on craint de gagner le mal contagieux; pourquoi ne fuirait-on pas lorsqu'on se sent en danger de perdre Dieu et de tomber dans les enfers?
16. Fuis donc, mon fils, les objets qui te frappent, ùon-seulement ceux qui te renversent, mais ceux qui
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t'ébranlent. Fuis jusque dans les déserts, si tu veux que je parle familièrement à ton cœur. Lorsque tes sens, ton imagination et tes passions seront dans un parfait silence, alors la semence de ma parole jettera immanquablement dans ton âme de profondes racines par le secours de ma grâce ; et loin de ces objets funestes qui inquiètent l'esprit et partagent le cœur, tu porteras en patience des fruits dignes d'une âme qui a véritablement de la foi et de grandes espérances..
il. Mais, mon ûls, si tu peux quitter le monde, tu ne peux pas te quitter toi-même. Tu portes avec toi un ennemi qui te fera jusqu'à la mort une cruelle guerre. Ton corps, ce corps de péché qui doit être détruit, ce <;orps que Dieu t'a donné comme à moi afin qu'en l'immolant tu te sacrifies toi-même et que tu mérites ainsi légitimenient ta récompense ; ce corps, dis-je, ne se laissera pas lier sur le bûcher comme une innocente victime. Au contraire, si tu ne veilles sans cesse sur les conspirations secrètes qu'il formera pour te surprendre, il ne manquera pas lui-même de t'immoler au démon, et de te consumer dans l'ardeur de tes propres passions ; et la victime, qui doit être la matière de tes mérites et de tes triomphes sera, si lu ne veilles sur toi-même, le sujet delà honte et de ton supplice. Oui, mon Ûls, tu es en épreuve dans ton orps, et cette épreuve est rude, mais c'est pour savoir si tu seras enfin trouvé digne d'entrer dans mon temple et de jouir de la félicité de Dieu même. Prépare- toi donc au combat. Ne t'imagine pas qu'il n'y ait plus rien à craindre à cause que tu né vois plus guère d'ennemis au dehors. Veille toujours, mortifie tes passions, prépare tout pour le sacrifice. Tu seras tenté, mais tu n'as rien à craindre, pourvu que tu sois vigilant. Lorsqu'on est éloigné des objets qui excitent des passions violentes, les secours ordinaires de ma grâce suffisent pour remporter la victoire, pourvu qu'on ne
-se laisse point surprendre. Voici donc quelques motifs qui te doivent porter à une vigilance continuelle.
48. Pense souvent à la grandeur de tes espérences, et que de légers travaux augmenteront extraordinairement ta récompense. Grains aussi quelquefois lessup* plices éternels. Gomme on est plus sensible aux maux qu'aux biens, cette réflexion est nécessaire pour réveiller l'esprit et le tenir en haleine. En un mot, pense à ce que tu deviendras un jour, et tu ne pécheras jamais.
19. Joins à la pensée de l'éternité celle de la présence de Dieu. Ge sont les deux réflexions les plus propres que Ton puisse faire pour réveiller l'esprit de Tassoupissement où naturellement il se laisse aller. Pensé donc que Dieu le voit faire, que c'est lui qui te donne l'être, le mouvement et la vie ; que c'est lui qui fait tout en toi et dans ce qui t'environne. G'est lui qui t'éclaire, c'est lui qui t'anime, c'est lui qui te réjouit ou qui te blesse à l'occasion des objets. G'est lui qui remue ton bras et transporte ton corps selon tes désirs. Ayant actuellement ces pensées, pourrais-tu obliger Dieu à servir à l'iniquité, à remuer ton bras pour une action injuste ou même indécente, à te faire jouir des plaisirs à l'occasion des corps dont il te défend l'usage, àt'éclairer l'esprit sur des sujets pour lesquels il ne t'a pas fait?
20. Rentre souvent en toi-même pour apprendre ce qui se passe, chez toi. Tâche de découvrir les souplesses de l'amour-propre, et quelle est ta passion dominante. Tu prendras plus facilement une résolution ferme et généreuse de la combattre lorsque tu verras clairement le danger où elle t'expose. Souviens-toi que l'esprit est prompt, mais que la chair est infirme. Défie-toi de tes forces, veille et prie afin que tu ne tombes point dans la tentation. L'esprit humain est trop plein delui-même; il forme facilement de généreux desseins, mais le poids du corps l'appesantit et le rend impuissant au bien.
28G MÉDITATIONS CnRÉTIENNES.
Étudie rhomme, sa maladie, ses faiblesses, ses inclinations, les lois de l'union de l'âme et du corps, lessens, l'imagination, les passions. Cette étude t'est nécessaire pour te conduire, et si tu fais bien réflexion sur ce qui se passe en toi, tu deviendras bientôt savant sur cette matière.
21 . N'oublie pas de penser à ce que j'ai fait pour toi ; ne vis pas dans l'ingratitude comme le commun des^ chrétiens. Je suis ton modèle aussi bien que ton Sauveur; si tu ne te formes sur le Fils de l'homme humilié sur la terre, tu ne seras point réformé sur le Fils du Dieu vivant environné de gloire et de majesté.
SiJ2. Fais-toi une loi inviolable d'employer certaines heures du jour à l'oraison, afin d'obtenir de moi lumière pour reconnaître tes ennemis et force pour les vaincre. Représente-toi souvent tes obligations, ce que' tu dois à Dieu comme à ton créateur, ce que tu me dois comme à ton maître, ce que tu dois aux autres hommes comme à mes membres et à rties serviteurs. Heureux si je te trouve faisant ton devoir; je te dis en vérité que je t'établirai sur tous mes biens. Mais veille sans cesse, le Fils de l'homme vient comme un voleur dans le temps qu'on n'y pense point. Ce n'est pas qu'il ait dessein de surprendre ; mais c'est qu'il ne change pas sans raison l'ordre de la nature, qui n'attend pas pour donner la mort qu'on se soit préparé à bien mourir. Il faut donc veiller sans cesse ; mais ce que je te dis à toi, je le dis à tous, il faut veiller.
23. mon Sauveur, si la vigilance est nécessaire à ceux mêmes qui vivent dans la retraite, quelle doit être l'inquiétude de ceux qui sont au milieu des villes et dans le commerce du grand monde; de ce mande plein de faste et d'orgueil, qui ne cherche qu'à s'élever ;^de ce monde plongé dans la volupté, qui ne pense qu'à se réjouir I Que ceux qui ont l'imagination assez ferme
pour n'être point ébranlés par l'agitation de ceux qui courent à la gloire et le cçRur assez pur pour n'être point corrompus par l'air et les manières contagieuses de ceux qui ne respirent que les plaisirs; que ceux-là vivent dans les palais enchantés où se distribuent les honneur^, ou dans ces maisons de plaisir où la volupté habite. Mais que ceux qui se laissent charmer par tous ces vains objets sachent que ce n'est qu'une décoration de théâtre, faite avec de la toile ou du coton; ou plutôt de purs fantômes qui ne souffrent point la lumière, et qui s'en vont en fumée dès qu'on s'approche d'eux pour les embrasser.