LIVRE DEUXIEME. SOS
longtemps et quelquefois toute la vie, il est évident que, comme il n'y a guère de femmes qui n'aient quelques faiblesses et qui n'aient été émues de quelque passion pendant leur grossesse, il ne doit y avoir que très-peu d'enfants qui n'aient l'esprit mal tourné en quelque chose et qui n'aient quelque passion dominante .
On n'a que trop d'expériences de ces choses, et tout le monde sait assez qu'il y a des familles entières qui sontaffligées de grandes faiblessesd'imagination qu'elles ont héritées de leurs parents; mais il n'est pas nécessaire d'en donner ici des exemples particuliers. Au contraire il est plus à propos d'assurer, pour la consolation de quelques personnes, que ces faiblesses des parents n'étant point naturelles ou propres à la nature de l'homme, les traces et les vestiges du cerveau qui en sont cause se peuvent effacer, avec le temps.
On peut toutefois rapporter ici l'exemple du roi Jacques d'Angleterre, duquel parle le chevalier d'Igby dans le livre de la Poudre de sympathie qu'il a donné au public. Il assure dans ce livre que Marie Stùart étant grosse du roi Jaques, quelques seigneurs d'Ecosse entrèrent dans sa chambre et tuèrent en sa présence son secrétaire, qui était Italien, quoiqu'elle se fût jetée audevant d'eux pour les en empêcher; que cette princesse y reçut quelques légères blessures, et que la frayeur qu'elle eut fît de si grandes impressions dans son imagination qu'elles se communiquèrent à l'enfant qu'elle portait dans son sein : de sorte que le roi Jacques son fils demeura toute sa vie sans pouvoir regarder une épée nue. Il dit qu'iU'expérimenta lui-môme lorsqu'il fut fait chevalier, car ce prince lui devant toucher l'épaule de répée, il la lui porta droit au visage, et l'en eût même blessé si quelqu'un ne l'eût conduite adroitement où il fallait. 11 y a tant de semblables exemples
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qu'il est imilile d'eu aller chercher dans les auteurs. On ne croit pas qu'il se trouve quelqu'un qui conteste ces choses ; car enfin on voit un très- grand nombre de personnes qui ne peuvent soufl'rir la vue d'un rat, d'une souris, d'un chat, d'une grenouille, et principalement des animaux qui rampent, comme les serpents et les couleuvres, et qui ne connaissent point d'autre cause de ces aversions extraordinaires que la peur que leurs mères ont eue de ces divers animaux pendant leur grossesse.
V. Mais ce que je souhaite principalement que l'on remarque, c'est qu'il y a toutes les apparences possibles que les hommes gardent encore aujourd'hui dans leur cerveau des traces et des impressions de leurs premiers parents. Car de même que les animaux produisent leurs semblables et avec des vestiges semblables dans leur cerveau, lesquels sont cause que les animaux de même espèce ont les mêmes sympathies et antipathies, et qu'ils font les mômes actions dans les mômes rencontres; ainsi nos premiers parents, après leur péché» ont reçu dans leur cerveau de si grands vestiges et des traces si profondes par l'impression des objets sensibles, qu'ils pourraient bien les avoir communiqués à leurs enfants. De sorte que cette grande attache que nous avons déji\dès le ventre de nos mères à toutes les choses sensibles, et ce grand éloignement de Dieu où nous sommes en cet état, pourrait être expliqué en quelque manière par ce que nous venons de dire.
Car comme il est nécessaire, selon Tordre établi de la nature, que lés pensées de l'àme soient conformes aux traces qui sont dans le cerveau, on pourrait dire que dès que nous sommes formes dans le ventre de nos mères, nous sommes dans le péché et infectés de la corruption de nos parents, puisque dès ce temps -là nous sommes très-fprtement attaches aux plaisirs do.