LIVRE DEUXIÈME
DOS sens. Ayant dans notre cerveau des traces serablables à celles des personnes qui nous donnent Têlre, il est nécessaire que nous ayons aussi les mêmes pensées et les mêmes inclinations qui ont rapport aux objets sensibles.
Ainsi nous devons naître avec la concupiscence et avec le péché originel *. Nous devons naître avec la concupiscence, si la concupiscence n*est que l'efTort naturel que les traces du cerveau font sur Tesprit pour rattacher aux choses sensibles ; et nous devons naître dans le péché originel, si le péché originel n*est autre chose que le règne de la concupiscence et que ses efforts comme victorielix et comme maîtres de Tesprit et du cœur de l'enfant 2. Or il y a grande apparence que le règne de la concupiscence ou la victoire de la concupiscence est ce qu'on appelle péché originel dans les enfants et péché actuel dans les hommes libres.
VI. Il semble seulement qu'on pourrait conclure des principes que je viens d'établir une chose contraire à l'expérience, savoir que la mère devrait toujours communiquer à son enfant des habitudes et des inclinations semblables à celles qu'elle a, et la facilité d'imaginer et d'apprendre les mêmes chosçs qu'elle connaît; car toutes ces choses ne dépendent, comme l'on à dit, que des traces et des vestiges du cerveau. Or, il est certain que les traces et les vestiges du cerveau des mères se communiquent aux enfants. On a prouvé ce fait par les exemples qu'on a rapportés touchant les hommes, et il est encore confirmé par l'exemple des animaux, dont les petits ont le cerveau rempli des mêmes vestiges que ceux dont ils sont sortis ; ce qui fait que tous ceux qui sont d'une même espèce ont la même voie, îa même manière de remuer leurs membres, et enfin les
1 Voy. encore VÉclcirc. sur le péché originel. * S. Paul aux Royn,, ch. vi, v, \ii, xiv, etc.