PREFACE, XIX
Iruire pleinement de quelque matière, c'est de proposer aux habiles gens les sentiments qu'on en a. Cela excite notre attention et la leur. Quelquefois ils ont d'autres vues, et ils découvrent d'autres vérités que nous ; et quelquefois ils poussent certaines découvertes qu'on a négligées par paresse, ou qu'on a abandonnées faute de courage et de force.
C'est dans cette vue de mon utilité particulière et deceUede quelques autres, que je me hasarde à être auteur. Mais, aûn que mes espérances ne soient point vaines, je donne cet avis : qu'on ne doit pas se rebuter d'abord, si l'on trouve des choses qui choquent les opinions ordinaires que Ton a crues toute sa vie, et que Ton voit approuvées généralement de tous les hommes et dans tous les siècles. Ce sont les erreurs les plus générales que je tâche principalement de détruire. Si les hommes étaient fort éclairés, l'approbation universelle serait une raison; mais c'est tout le contraire. Que l'on soit donc averti, une fois pour toutes, qu'il n'y a que la raison qui doive présider au jugement de toutes les opinions humaines qui n'ont point de rapport à la foi, de laquelle seule Dieu nous instruit d'une manière ^ toute différente de celle dont il nous découvre les choses naturelles. Que l'on rentre dans soi-même, et que Ton s'approche de la lumière qui y luit incessamment. aQn que notre raison soit plus éclairée *. Que Ton évite avec soin toutes les sensations trop vives et toutes les émotions de l'âme qui remplissent la capacité de notre faible intelligence; car le plus petit bruit, le moindre éclat de lumière, dissipe quelquefois la vue de l'esprit.
1 Qui hoc videre non potest, orct et agat ut posse mereatur ; nec ad hominem disputatorem pulset^ ut quod non legit légat, sed ad Deams alvatorem ut quod non valet valeat. Ep, 112, cli. V2.
Supplexquc illi qui lumen mentis accendit attendat, ut intelligat. Cont, Ep, fundnm.