‹ Œuvres de Malebranche: collationnée sur les meilleurs textes et précédé d'une introductionChapitre 11 sur 241 · PREFACE. XVII · texte numérisé non relu

PREFACE. XVII

clinaiioa, ni s'opposer à ce que nous disons par aversion; car, encore que Ton pense n'avoir rien avancé de nouveau qu'on ne l'ait appris par la méditation, on serait cependant bien fâché que les autres se conten> tassent de retenir et de croire nos sentiments sans les savoir, ou qu'ils tombassent dans quelque erreur, ou faute de les entendre, ou parce que nous nous serions trompés.

L'orgueil de certains savants, qui veulent qu'on les croie sur leur parole, nous paraît insupportable! Ils trouvent à redire qu'on interroge Dieu après qu'ils ont parlé, parce qu^ls ne Finterrogent point eux-mêmes. Ils s'irritent dès que l'on s'oppose à leurs sentiments, et ils veulent absolument que l'on préfère les ténèbres de leur imagination à la lumière pure de la vérité qui éclaire l'esprit.

Nous sommes, grâce à Dieu, bien éloignés de cette manière d'agir, quoique souventon nous l'attribue. Nous ne regardons les auteurs qui nous ont précédés que comme des moniteurs. Nous serions bien injustes et bien vains de vouloir qu'on nous écoutât comme des docteurs et comme des maîtres. Nous demandons bien que Ton croie les faits et les expériences que nous rapportons, parce que ces choses ne s'apprennent point par Tapplication de l'esprit à la raison souveraine et universelle ; mais, pour toutes les vérités qui se découvrent dans les véritables idées des choses, que la vérité étemelle nous représente dans le plus secret de notre raison^ nous avertissons expressément que l'on ne s'arrête point à ce que nous en pensons; car nous ne* croyons pas que ce soit un petit crime que de se comparer à Dieu, en dominant ainsi sur les esprits ^.

* Voy. le livre de S. Aug. De Magistro, — Noli pu tare te ipsam esse lucem. Aug. in Puai. — Non a me mihi lumen existens^ sed lumen non participas nisi in te. De verbis Domini, Ser. 8.

XVIII PfUÉfPACE.

La principale raisoa pour laquelle on souhaite extrê-^ mement que ceux qui liront cet ouvrage s'y appliquent de toutes leurs forces^ c'est que l'on désire d'être repris des fautes qu'on pourrait y avoir commises; car on ne s'imagine pas être infaillible. On a une si étroite liaison avec son corps, et on en dépend si fort, que l'on appréhende, avec raison, de n'avoir pas toujours bien discerné le bruit confus dont il remplit l'imagination d'avec la voix pure de la vérité qui parle à l'esprit.

S'il n'y avait que Dieu qui parlât, et que l'on ne jugeât que selon ce qu'on entendrait, on pourrait peut-être user de ces paroles de Jésus-Christ : Je juge selon ce qm j'entends y et mon jugement est fuste et véritable *. Mais on a un corps qui parle plus haut que Dieu même, et ce corps ne dit jamais la vérité. On a de l'amour-^ propre, qui corrompt les paroles de celui qui dit toujours la vérité. Et on a de l'orgueil, qui inspire l'audace de juger sans attendre les réponses de la vérité, selon lesquelles seules on doit juger: car la principale cause de nos erreurs, c'est que nos jugements s'étendent à plus de choses que la vue claire de notre esprit. Je prie donc ceux à qui Dieu fera connaître mes égarements dé me redresser, aftn que cet ouvrage, que je ne donne que comme un essai dont le sujet est très^digne de l'application des hommes, puisse peu à peu se perfectionner.

On ne l'avait entrepris d'abord que dans le dessein de s'instruire; mais quelques personnes ayant cru qu'il serait utile de le rendre public, on s'est rendu à leurs 'raisons d'autant plus volontiers qu'une des principales s'accordait avec ce désir que l'on avait de s'être utile à soi-même. Le véritable moyen, disaient-ils, de s'ins-

' Sicutaudio, sicjudico, et judicium ineuni jiistum est, quia non •juaifo voluntatem ineani. Ep. Joan., ch. 5, 30.

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