‹ Œuvres de Malebranche: collationnée sur les meilleurs textes et précédé d'une introductionChapitre 129 sur 241 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

même, comme une question qu'il est tiès-imporlant de savoir, si par exemple TertuUien, Plularque ou d'autres ont cru ou non que le sentiment d'Arislote fût que Tâme était mortelle : comme on a grand sujet de le croire de La Cerda même, si on fait réflexion sur la dernière partie du passage qu'on vient de citer, Porro Tertullianum et le reste.

S'il n'est pas fort utile de savoir ce qu'Aristote a cru de l'immortalité de l'âme, ni ce que TertuUien et Plutarque ont pensé qu'Aristote en croyait, le fond de la question, l'immortalité de l'âme, est au moins une vérité qu'il est nécessaire de savoir. Mais il y a une infinité de choses qu'il est fort inutile de connaître, et desquelles par conséquent il est encore plus inutile de savoir ce que les anciens en ont pensé, et cependant on se met fort en peine pour deviner les sentiments des philosophes sur de semblables sujets. On trouve des livres pleins de ces examens ridicules ; et ce sont ces bagatelles qui ont excité tant de guerres d'érudition. Ces questions vaines et impertinentes, ces généalogies ridicules d'opinions inutiles, sont des sujets importants de critique aux savants. Ils croient avoir droit de mépriser ceux qui méprisent ces sottises, et de traiter d'ignorants ceux qui font gloire de les ignorer. Ils s'imaginent posséder parfaitement l'histoire généalogique des formes substantielles, et le siècle est ingrat s'il ne reconnaît leur mérite. Que ces choses font bien voir la faiblesse et la vanité de l'esprit de l'homme ; et que lorsque ce n'est point la raison qui règle les études, non-seulement les études ne perfectionnent point la raison, mais même qu'elles l'obscurcissent, la corrompent et la pervertissent entièrement!

Il est à propos de remarquer ici que, dans les questions de la foi, ce n'est pas un défiiut de chercher ce qu'en a cru par exemple saint Augustin ou un autre

f 50 * RECnERCHE DE LA VÉRITÉ,

Père de l'Église, ni môme de rechercher si saint Augaslin a cru ce que croyaient ceux qui Tont précédé; parce que les choses de la foi ne s'apprennent que par la tradition, et que la raison ne peut pas les découvrir. lui croyance la plus ancienne étant la plus vraie, il fcut tâcher de savoir quelle était celle des anciens; et teLi ne se peut qu'en examinant le sentiment de plusieurs personnes qui se sont suivies en différents temps. liais les choses qui dépendent de la raison leur sont âootes opposées, et il ne faut pas se mettre en peine de ee qu'en ont cru les anciens pour savoir ce qu'il en feut croire. Cependant je ne sais par quel renverse- Esent d'esprit certaines gens s'effarouchent, si Ton parle en philosophie autrement qu'Arislote, et ne se Ktettent point en peine, si l'on parle en théologie autrement que l'Évangile, les Pères et les conciles. 11 Bie semhle que ce sont d'ordinaire ceux qui crient le plus contre les nouveautés de philosophie qu'on doit tstimer, qui favorisent et qui défendent même avec ^s d'opmiàtreté certaines nouveautés de théologie fu'on doit détester. Car ce n'est point leur langage que l'on n'approuve pas ; tout inconnu qu'il ait été à Tantiquité, l'usage l'autorise ; ce sont les erreurs qu'ils répandent ou qu'ils soutiennent à la faveur de ce langage équivoque et confus.

En matière de théologie on doit aimer l'antiquité parce qu'on doit aimer la vérité, et que la vérité se trouve dans l'antiquité ; il faut que toute curiosité cesse, lorsqu'on tient une fois la vérité. Mais en matière de philosophie on doit au contraire aimer la nouveauté, par la môme raison qu'il faut toujours aimer la vérité, qu'il faut la rechercher, et qu'il faut avoir sans cesse de kl curiosité pour e.le. Si l'on croyait qu'Aristote et Platon fussent infaillibles, il ne faudrait peut-être s'appliquer qu'à les entendre ; mais la raison ne permet

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