LIVRE TROISIEME
dammodo tangitur : hinc est quod etiam impii cogitant œtemitatem, et multa recte reprehendunt recteque laudant in kominum moribus. Quibm ea tandem regulis judicant, nisi in quibus vident, qiiemadmodum quùque vivere debeat, etiam si nec ipsi eodem modo vivant? Ubi autem eas vident ? Neque enim in sua natitra. Nam cum procul diibio mente ista videantur, eorumque mentes constet esse mutabiles, has vero régulas immutabiles videat quisquis in eis
et hoc videre potuerit ubinam ergo sunt iétœ regulœ
scriptœ, nisi in libra lucis illius quœ veritas dicitur, unde
lex omnisjusta describitur in qua videt quid operan^
dum sit etiam qui operatur injustiliam ; et ipse est qui ab illa luce avertitur, a qua tamen tangitur?
Il y a dans saint Augustin une infinité de passages semblables à celui-ci, par lesquels il prouve que nous voyons Dieu dès cette vie par la connaissance que nous avons des vérités éternelles. La vérité est incréée, immuable, immense, éternelle, au-dessus de toutes choses. Elle est vraie par elle-même; elle ne tient sa perfection d'aucune chose ; elle rend les créatures plus parfaites, et tous les esprits cherchent naturellement à la connaître. Il n'y a rien qui puisse avoir toutes ces perfections que Dieu. Donc la vérité est Dieu. Nous voyons de ces vérités immuables et éternelles. Donc nous voyons Dieu. Ce sont là les raisons de saint Augustin, les nôtres en sont peu différentes, et nous ne voulons point'nous servir injustement de l'autorité d'un si grand homme pour appuyer notre sentiment.
Nous pensons donc que les vérités, môme celles qui sont éternelles, comme que deux fois deux font quatre, ne sont pas seulement des êtres absolus, tant s'en faut que nous croyions qu'elles soient Dieu même. Car il est visible que cette vérité ne consiste que dans un rapport d'égalité qui est entre deux fois deux et quatre. Ainsi nous ne disons pas que nous voyons Dieu en
voyant les vérités, comme le dit saint Augustin, mais en voyant les idées de ces vérités ; car les idées sont réelles ; mais l'égalité entre les idées, qui est la vérité, n*est rien de réel. Quand, par exemple, on dit que le drap que Ton mesure a trois aunes, le drap et les aunes sont réels. Mais Tégalité entre trois aunes et le drap n'est point un être réel, ce n'est qu'un rapport qui se trouve entre les trois aunes et le drap. Lorsqu'on dit que deux fois deux font quatre, les idées des nombres sont réelles, mais l'égalité qui est entre eux n'est qu'un rapport. Ainsi selon notre sentiment, nous voyons Dieu lorsque nous voyons des vérités élernelles : non que ces vérités soient Dieu, mais parce que les idées dont ces vérités dépendent sont en Dieu ; peut-être même que saint Augustin Ta entendu ainsi. Nous croyons aussi que Ton connaît en Dieu les choses changeantes et corruptibles, quoique saint Augustin ne parle que des choses immuables et incorruptibles, parce qu'il n'est pas nécessaire pour cela de mettre quelque imperfection en Dieu; puisqu'il suffit, comme nous avons déjà dit, que Dieu nous fasse voir ce qu'il y a dans lui qui a rapport à ces choses.
Mais quoique je dise que nous voyons en Dieu les choses matérielles et sensibles, il faut bien prendre garde que je ne dis pas que nous en ayons en Dieu les sentiments, mais seulement que c'e§t Dieu qui agit en nous; car Dieu connaît bien les choses sensibles, mais il ne les sent pas. Lorsque nous apercevons quel* que chose de sensible, il se trouve dans notre perception, sentiment et idée pure. Le sentiment est une modification de notre âme, et c'est Dieu qui la cause en nous ; et il la peut causer quoiqu'il ne l'ait pas, parce qu'il voit, dans l'idée qu'il a de notre âme, qu'elle en est capable. Pour l'idée qui se trouve jointe avec le sentiment, elle est en Dieu, et nous la voyons parce qu'il lui platt