LIVRE TBOIStÈME
de nous la découvrir, et Dieu joint la sensation à Tidée lorsque les objets sont présents, afin que nous le croyions ainsi et que nous entrions dans les sentiments et dans les passions que nous devons avoir par rapport à eux.
Nous croyons enfin que tous les esprits voient les lois éternelles aussi bien que les autres choses en Dieu, mais avec quelque différence. Ils connaissent Tordre et les vérités éternelles, et môme les êtres que Dieu a faits selon ses vérités ou selon Tordre, par Tunion que ces esprits ont nécessairement avec le Verbe, ou la sagesse de Dieu qui les éclaire, comme on vient de Texpliquer. Mais c'est par Timpression qu'ils reçoivent sans cesse de la volonté de Dieu, lequel les porte vers lui, et tâche, pour ainsi dire, de rendre leur volonté entièrement semblable à la sienne, qu'ils connaissent que Tordre immuable est leur loi indispensable; ordre qui comprend ainsi toiutes les lois éternelles, comme qu'il faut aimer le bien et fuir le mal ; qu'il faut aimer la justice plus que toutes les richesses ; qu'il vaut mieux obéir à Dieu que de commander aux hommes, et une inOnité d'autres lois naturelles. Car la connaissance de toutes ces lois ou de l'obligation qu'ils ont de se conformer à Tordre immuable n'est pas difl'érente de la connaissance de cette impression, qu'ils sentent toujours en eux-mêmes, quoiqu'ils ne la suivent pas toujours par le choix libre de leur volonté ; et qu'ils savent être commune à tous les esprits, quoiqu'elle ne soit pas également forte dans tous les esprits.
C'est par cette dépendance, par ce rapport, par cette union de notre esprit au Verbe de Dieu, et de notre volonté à son amour, que nous sommes faits à l'image et à la ressemblance de Dieu ; et quoique cette image soit beaucoup effacée par le péché, cependant il est nécessaire qu'elle subsiste autant que nous. Mais, si nous
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portons l'image du Verbe humilié sur la terre, et si nous suivons les mouvements du Saint-Esprit, cette image primitive de notre première création, cette union de notre esprit au Verbe du Père et à l'amour du Père etduFils sera rétablie et rendue ineifaQ£j)le. Nous serons semblables à Dieu, si nous sommes semblables à riiomme-Dieu. Enfin Dieu sera tout en nous et nous tout en Dieu d'une manière bien plus parfaite que celle par laquelle il est nécessaire afin que nous subsistions, que nous soyons en lui et qu'il soit en nous \
Voilà quelques raisons qui peuvent faire croire que les esprits aperçoivent toutes choses par la présence intime de celui qui comprend tout dans la simplicité de son être. Chacun en jugera selon la conviction intérieure qu'il en recevra après y avoir sérieusement pensé. Mais on croit qu'il n'y a aucune vraisemblance dans toutes les autres manières d'expliquer ces choses, et que cette dernière paraîtra plus que vraisemblable; ainsi nos âmes dépendent de Dieu en toutes façonSéCar de même que c'est lui qui leur fait sentir la douleur, le plaisir et toutes les autres sensations, par l'union naturelle qu'il a mise entre elles et notre corps, qui n'est autre que son décret et sa volonté générale ; ainsi c'est lui qui, par l'union naturelle qu'il a mise aussi entre la volonté de l'homme et la représentation des idées que renferme l'immensité de l'être divin, leur fait connaître tout ce qu'elles connaissent, et cette union naturelle n'est aussi que sa volonté générale. De sorte qu'il n'y a que lui qui nous puisse éclairer en nous représentant
* Vo) . l(^s Érinv'C» ; la Réponse uu litre Des vraies et des ftugsen idéeK;[iï p^omi^l•e Ar/^re contre la Défense opposée à cette Réponse ; l«s» deux premiers Entr, sur la Met,, la Réponse à M. Régis^ elc* Vous trouverez pcut-ôtre lîi mon sentiment plus clairement démontré.
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toutes choses; de même qu'il n'y a que lui qui nous puisse rendre heureux en nous faisant goûter toutes sortes de plaisirs.
Demeurons donc dans ce sentiment, que Dieu est le monde intelligible ou le lieu des esprits, de même que le monde matériel est le lieu des corps ; que c'est de sa puissance qu'ils reçoivent toutes leurs modifications ; que c*est dans sa sagesse qu'ils trouvent toutes leurs idées, et que c'est par son amour qu^ils sont agités de tous leurs mouvements réglés; et parce que sa puissance et son amour ne sont que lui, croyons avec saint Paul qu'il n'est pas loin de chacun de nous, et que c'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être : ■Non longe est ab unoquoque nostrum; in ipso enim vivimus, movemur et sumus *.
* Adi Apo^t,^ Ci x\ii, '2S*