LIVRE PREMIER
iancc qu'il avait de Dieu comme de son bien, et la joie qu'il ressentait sans cesse comme une suite nécessaire de la vue de son bonheur en s'unissant à Dieu, pouvait sulfire pour l'attacher à son devoir et pour le Aiire agir avec plus de mérite que s'il eût été comme déterminé par un plaisir prévenant. 11 était de cette sorte en une pleine liberté ; et c'est peut-être dans cet état que l'Écriture sainte nous le veut représenter par ces paroles : Dieu a fait l'homme dès le commencement, et, après lui avoir proposé ses commandements , il l'a laissé à lui" même *, c'est-à-dire sans le déterminer par le goût de (|uelque plaisir prévenant, le tenant seulement attaché à lui par la vue claire de son bien et de son devoir. Mais l'expérience a fait voir, à la honte du libre arbitre et à la gloire de Dieu seul, la fragilité dont Adam était capable dans un état aussi réglé et aussi heureux que celui où il était avant son péché.
Mais on ne peut pas dire qu'Adam se portât à la recherche et à l'usage des choses sensibles par une connaissance exacte du rapport qu'elles pouvaient avoir avec son corps. Car enfin, s'il avait fallu qu'il eût examiné les configurations des parties de quelque fruit, celles de toutes les parties de son corps et le rapport qui résultait des unes avec les autres pour juger si dans la chaleur présente de son sang et dans mille autres dispositions de son corps ce fruit eût été bon pour sa nourriture, il est visible que des choses qui étaient indignes de l'application de son esprit en eussent entièrement rempli la capacité, et cela' même assez inutilement, parce qu'il ne se fût pas conservé longtemps par cette seule voie.
Si Ton considère donc que l'esprit d'Adam n'était pas infini, l'on ne trouvera pas mauvais que nous disions
* Deus ab initio constituit liominem et reliquit illum in manu consUii sni, adjecit mandata et prœcepfa sua, etc. Eccli. 15, 11.