‹ Œuvres de Malebranche: collationnée sur les meilleurs textes et précédé d'une introductionChapitre 4 sur 241 · PRÉFACE. IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. IX

disposition d'esprit oh il puisse être ; dans cet état il est infiniment éloigné de la vérité et de son bien. Mais lorsqu'un homme ne juge des choses que par les idées pures de l'esprit, qu'il évite avec soin le bruit confus des créatures, et que rentrant en lui-même il écoute son souverain maître, dans le silence de ses sens et de ses passions, il est impossible qu'il tombe dans l'erreur *.

Dieu ne trompe jamais ceux qui l'interrogent par une application sérieuse et par une conversion entière de leur esprit vers lui, quoiqu'il ne leur fasse pas toujours entendre ses réponses; mais lorsque l'esprit se détournant de Dieu se répand au dehors, qu'il n'interroge que son corps pour s'instruire de la vérité, qu'il n'écoute que ses sens, son imagination et ses passions qui lui parlent sans cesse, il est impossible qu'il ne se trompe. La sagesse et la vérité, la perfection et la félicité ne sont pas des biens que l'on doive espérer de son corps; il n'y a que celui-là seul qui est au-dessus de nous et de qui nous avons reçu l'être qui le puisse perfectionner.

C'est ce que saint Augustin nous apprend par ces belles paroles : « La sagesse éternelle, dit-il, est le » principe de toutes les créatures capables d'intelli- » gence; et cette sagesse, demeurant toujours la » même, ne cesse jamais de parler à ses créatures » dans le plus secret de leur raison, afin qu'elles se » tournent vers leur principe : parce qu'il n'y a que » la vue *de la sagesse éternelle qui donne l'être aux M esprits, qui puisse pour ainsi dire les achever et leur

1 Quis enim bene se inspiciens non expertus est tanto se aliquid intellexisse sincerius quanto removere atqae subducere intentionem mentis a corporis sensibus potuit ? Aug., De immort, animœ, cil. 10.

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