LIVRE PREMIER. frt
de se lever ou qu'elle est prête à se cou^^her, nous voyons entre elle et nous plusieurs campagnes dont nous connaissons à peu près la grandeur ; et ainsi nous la jugeons plus éloignée, et à cause de cela nous la voyons plus grande.
Et il faut remarquer que lorsqu'elle est élevée audessus de nos têtes, quoique nous sachions très-cerlainement par la raison qu'elle est dans une très-grande dislance, nous ne laissons pourtant pas de la voir fort proche et fort petite; parce qu'en effet ces jugements naturels delà vue ne sont appuyés que sur des perceptions de la même vue, et que la raison ne peut les corriger. De sorte qu'ils nous portent souvent à l'erreur en nous faisant former des jugements libres qui s'accordent parfaitement avec eux. Car quand on juge comme l'on sent on se trompe toujours ; quoiqu'on ne se trompe jamais quand on juge comme l'on conçoit, parce que ]t corps n'instruit que pour le corps, et qu'il n'y a que Dieu qui enseigne toujours la vérité, comme je ferai voir ailleurs.
Ces faux jugements ne nous trompent pas seulement dans l'éloignement et dans la grandeur des corps, ce qui n'est pas de'^ce chapitre, mais aussi en nous faisant voir leur figure autre qu'elle n'est. Nous voyons, par exemple, le soleil et la lune et les autres corps sphériques fort éloignés comme s'ils étaient plats et comme des cercles; parce que dans cette grande distance nous ne pouvons pas distinguer si la partie qui nous est opposée est plus proche de nous que les autres, et à cause de cela nous la jugeons dans une égale distance» C'est aussi pour la même raison que nous jugeons que toutes les étoiles et le bleu qui parait au ciel sont à peu près dans le même éloignement que leurs voisines et comme dans une voûte parfaitement convexe et elliptique, parce que notre esprit suppose toujours l'égalité