CHAPITRE
Que )*air qu'on respire cause aussi quelque changement dans
les esprits.
La seconde cause générale des changements qui arrivent dans les esprits animaux est Tair que nous respirons. Car quoiqu'il ne lasse pas d'abord des impressions si sensibles que le chyle, cependant il fait à la longue ce que les sucs des viandes font en peu de temps. Cet air entre des branches de la trachée-artère <ians celles de Y artère veineuse : de là il se môle et se l'ermente avec le reste du sang dans le cœur; et selon sa disposition particulière et celle du sang, il produit de très-grands changements dans les esprits animaux, et par conséquent dans la faculté d'imaginer.
Je sais qu'il y a quelques personnes qui ne croient pas que l'air se mêle avec le sang dans les poumons et dans le cœur, parce qu'ils ne peuvent découvrir avec leurs yeux, dans les branches de la trachée-artère et dans celles de l'artère veineuse, les passages par où cet air se communique. Mais il ne faut pas que l'aclioa de l'esprit s'arrête avec celle des sens; il peut pénétrer ce qui leur est impénétrable et s'attacher à des choses i^ui n'ont point de prise pour eux. Il est indubitable qu'il passe continuellement quelques parties du sang des branches de la veine artérieuse dans celles de Ja trachée-artère ; l'odeur et l'humidité de l'haleine le prouvent assez ; et cependant les passages de cette commu-