‹ Œuvres de Malebranche: collationnée sur les meilleurs textes et précédé d'une introductionChapitre 87 sur 241 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

nication sont imperceptibles. Pourquoi donc les parties subtiles de Tair ne pourraient-elles pas passer des branches de la trachée-artère dans Tartère veineuse, quoique les passages de cette communication ne soient pas visibles? Enfin il se transpire beaucoup plus d'humeurs par les pores imperceptibles des artères et de la peau qu'il n'en sort par les autres passages du corps, et les métaux même les plus solides n'ont point de (K)res si étroits qu il ne se rencontre encore dans la nature des cor[»s assez petits pour y trouver le passage libre, puisque autrement ces pores se fermeraient.

Il est vrai que les parties grossières et brancbues de Tair ne peuvent point passer par les pores ordinaires des corps, et que l'eau même, quoique fort grossière, peut se glisser par des chemins où cet air est obligé de s'arrêter. Mais on ne parie pas ici de ces parties les plus grossières de l'air; elles sont, ce semble, assez inutiles pour la fermentation. On ne parle que des plus petites, parties roides, piquantes, et qui n'ont que fort peu de branches qui les puissent arrêter, parce que ce sont apparemment les plus propres pour la fermentation du sang.

Je pourrais cependant assurer, sur le rapport de Silvius, que l'air même le plus grossier passe de la trachée-artère dans le cœur, puisqu'il assure lui-même qu'il ly a vu passer par l'adresse de M. Swammerdam. Car il est plus raisonnable de croire un homme qui dit avoir vu, qu'un million d'autres qui parlent en l'air. Il est donc certain que les parties les plus subtiles de l'air que nous respirons entrent dans notre <;œur; qu'elles y entretiennent avec le sang et le chyle la chaleur qui donne la vie et les mouvements à notre corps, et que, selon leurs différentes qualités, elles apportent de grands changements dans la fermentation du sang et dans les esprits animaux.

On reconnait tous les jours la vérité de ceci par les diverses humeurs, et les différents caractères d'esprit des personnes de différents pays. Les, Gascons, par exemple, ont l'imagination bien plus vive que les Normands. Ceux de Rouen et de Dieppe et les Picards diffèrent tous entre eux, et encore bien plus des Bas- Normands, quoiqu'ils soient assez proches les uns des autres. Mais si on considère les hommes qui vivent dans des pays plus éloignés, on y rencontrera des différences encore bien plus étranges, comme entre un Italien et un Flamand ou un Hollandais. Enfin il y a des lieux renommés de tout temps par la sagesse de leurs habitants comme Theman et Athènes ^ ; et d'autres pour leur stupidité, comme Thèbes, Abdère et quelques autres ^.

A Nunquid non ultra est sapientia in Theman ? Jerem. c. 49, v. 7«

Abderitanœ pectora plebis habes. (Mari,)

Bœotum in crasso jurares aère natum. (Hor,)

sAthenis tenue cœlum, ex quo acutiores etiam putantur Attici; crassum Thebis. (Cic, Defato.)

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