INTRODUCTION. XXIII
qu'on introduit dans une philosophie cartésienne de tels problèmes, que devient la maxime de ne rien admettre en sa créance qu'on ne le conçoive clairement et distinctement comme vrai ?
Le péché originel sert à Malebranche pour expliquer le péché. Mais de quoi se servira-t-il pour expliquer le péché originel? Avant le péché*, il y avait dans l'homme des dispositions à la grâce autres que celles que Dieu y met; il n'y en a plus aujourd'hui. Quelle est cette sagesse de Dieu, qui nous punit de la faute de nos pères? Est-ce répondre, que d'admettre la présence dans chaque homme de toute sa descendance, contenue dans la semence génitale ? Quelle est cette immutabilité de Dieu, qui crée l'homme dans un état, et sait bien que sa créature va dégénérer immédiatement?
Déjà, dans la philosophie de Platon, pour expliquer à la fois la faiblesse de l'homme et la splen« deur de ses destinées, on a recotirs au dogme de la chute. Pour Platon , rhotnme est tin dieu déchu, attaché d'abord à la brillante suite d'un de ces dieux célestes dont nous voyons les corps lumi* neux, et totnbé sur la terre pour avoir perdu ses ai-^ les. L'homme de. Malebranche n'est qu'un hotntne, mais orné, au sortir des tnains de DieU, d'une grâce et d'une beauté parfaite^ maintenant a^ili et dégradé pat* la faUte du premier père. Le dieu de t^laton e&t endorlni dans le sein de l'homme, jus-
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qu'à ce que la réminiscence et Tamour fassent croître ses ailes. Pour Malebranche, la réminiscence c'est l'Evangile ; l'amour , c'est la grâce. L'ascension de l'âme vers le ciel est pour Platon le triomphe de la dialectique, et pour Malebranche, la glorieuse marque des ineffables bontés du Créateur. L'homme de Platon est un orphelin , mais celui de Malebranche a un père.
Enfin, s'il reste dans le gouvernement du monde quelque chose qui sorte des lois générales que Dieu s'est imposé de suivre, et qui montre l'existence de volontés particulières ; c'est que Jésus-Christ, qui dirige les hommes selon les desseins de son père, est à la fois homme et Dieu. La conduite de Jésus- Christ dans la construction de son ouvrage, qui est
l'Eglise, doit porter le caractère d'une cause occasionnelle et d'un esprit fini. Ainsi tout s'explique, tout s'ordonne; l'uniformité des lois dans l'ordre de la nature, les volontés particulières dans l'ordre de la grâce; le mal, le péché, les miracles; Tinjustice apparente de la Providence dans la distribution des biens et des maux; et Malebranche croit fermement qu'il a réconcilié la raison et la révélation, la philosophie et la foi.
Au milieu de ces doctrines diverses, souvent vraies, toujours sublimes, quelquefois étranges et subtiles, et que Malebranche a plus de raiçon qu'il ne croit d'appeler ses Visions métaphysiques^ circule une morale pure et toute divine; la morale