‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 17 sur 33 · INTRODUCTION. XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXV

chrétienne, dévouée, résignée, acceptant le devoir comme un honneur, et la souffrance comme une grâce particulière. Platon est le premier qui ait mesuré la grandeur de l'homme au nombre et à la rigueur de ses devoirs; mais c'est la morale chrétienne qui est venue nous apprendre à adorer la main qui nous châtie , à recevoir les maux que Dieu nous envoie comme des preuves de sa bonté paternelle, et à les faire tourner à notre gloire et à notre sanctification. Le précepte de la contemplation, imposée aux âmes privilégiées, les habitudes de la vie intérieure, les règles monastiques, l'examen de conscience, l'usage de la confession, l'institution des directeurs , ou pour employer le terme consacré, des pasteurs des âmes , fournissent aux docteurs de la morale chrétienne des lumières que la philosophie profane n'aurait pu obtenir par. l'observation individuelle. Psychologie ' d'autant plus profonde, qu'elle repousse également les doctrines qui dégradent l'homme, et celles qui aspirent à une perfection surhumaine et ne s'aperçoivent pas que dans cette guerre généreuse contre l'intérêt, elles ne font que sacrifier tout autre intérêt à celui de l'orgueil; morale véritablement divine qui mesure son enseignement à la force et au caractère de chaque intelligence ; qui dit à l'une : Aimez le bien avec simplicité, et servez Dieu avec des intentions droites ; et qui découvre à l'autre tous les mobiles les plus secrets de nos actions, ce troisième homme que l'attention la I. c

A'XVI INTHODUCTION.

plus persévérante nous fait à peine reconnaître au fond de nous-mêmes , les sophismes des passions, et les vices qui se prennent de bonne foi pour des vertus ; règle sûre, universelle, constante , qui ne laisse rien à décider aux passions, qui enseigne l'autorité souveraine, absolue, du devoir et de Famour de Dieu, sans condamner Tamour du bonheur que Dieu même nous inspire, et qu'on ne peut dépouiller sans arracher sa vie de ses entrailles et la jeter loin de soi. Malebranche parle à la fois au cœur et à la raison, quand il exhorte le pauvre à se reconnaître indigne de l'honneur de la pauvreté. La noblesse de ses pensées éclate jusque dans sa théorie des causes occasionnelles, quand, après avoir montré que la volonté de Dieu est seule efficace, et que c'est sa puissance qui accomplit toute chose , il s'écrie : « Ah ! Dieu seul est le lien de notre société ! qu'il en soit la fin, puisqu'il en est le principe. N'abusons point de sa puissance. Mal* heur à ceux qtii la font servir à des passions crimi* nelles. Rien n'est plus sacré que la puissance , rien n'est plus divin. C'est une espèce de sacrilège que d*en faire des usages profanes. C*est faire servir à l*iniquité le juste vengent* des critnes*.-. » La loi du devoir est le fondement de toute cette morale ; loi sainte , que les chrétiens appellent l'amour de Dieu, parce que leur DieU étant le bien lui- même, obéir aU devoir, aimet* le devoir, c'est Obéir à DieU

* Septième Entn, lA;

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