‹ Œuvres de Malebranche (volume 3)Chapitre 90 sur 154 · DE 1/ ESPRIT PUR. — II* PARTIE · texte numérisé non relu

DE 1/ ESPRIT PUR. — II* PARTIE

considérant ses propres perfections qui les lui représentent. Il con-» . naît encore parfaitement leur existence, parce que, dépendant tou^ ' de sa volonté pour exister, et ne pouvant ignorer ses propres volontés, il s’ensuit qu’il ne peut ignorer leur existence; et par con^ séquent Dieu voit en lui-mème non-seulement l’essence des choses, • mais aussi leur existence.

Mais il n’en est pas de même des esprits créés : ils ne peuvent voir dans eux-mèmes ni l’essence des choses ni leur existence. Ils n’en peuvent voir l’essence dans eux-mémes, puisqu’étant trèslimités ils ne contiennent pas tous les êtres, comme Dieu , que l’on peut appeler l’être universel , ou simplement ce qtii est 1 , comme il se nomme lui-même. Puis donc que l’esprit humain peut connaître tous les êtres, et des êtres infinis, et qu’il ne les contient pas, c’est une preuve certaine qu’il ne voit pas leur essence dans lui-même; car l’esprit ne voit pas seulement tantôt une chose et tantôt une autre successivement, il aperçoit même actuellement l’infini quoiqu'il ne le comprenne pas, comme nous avons dit dans le chapitre précédent. De sorte que, n’étant point actuellement infini ni capable de modifications infinies dans le même temps, il est absolument impossible qu’il voie dans lui-même ce qui n’y est pas. Il ne voit donc pas l’essence des choses en considérant ses propres perfections ou en se modifiant diversement.

Il ne voit pas aussi leur existence dans lui-même, parce qu’elles \ < ne dépendent point de sa volonté pour exister, et que les idées de ces choses peuvent êtro présentes à l’esprit quoiqu’elles n’existent pas ; car tout le monde peut avoir l’idée d’une montagne d’or sans qu’il y ait une montagne d’or dans la nature; et quoique l’on s’appuie sur les rapports de ses sens pour juger de l’existence des objets, néanmoins la raison ne nous assure point que nous devions toujours en croire nos sens, puisque nous découvrons clairement qu’ils nous trompent. Quand un homme, par exemple, a le sang fort échauffé, ou simplement quand il dort, il voit quelquefois devant ses yeux des campagnes, des combats et choses semblables qui toutefois ne sont point présents et qui ne furent peut-être jamais. Il est donc indubitable que ce n’est pas en soi-même ni par soi-même que l’esprit voit l’existence des choses, mais qu’il dépend en cela de quelque autre chose.

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