‹ Œuvres de Malebranche (volume 4)Chapitre 2 sur 117 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

dent à plus de choses que la vue claire de notre esprit. Je prie donc ceux à qui Dieu fera connaître mes égarements de me redresser, afin que cet ouvrage , que je ne donne que comme un essai dont le sujet est très-digne de l'application des hommes, puisse peu à peu se perfectionner.

On ne l'avait entrepris d'abord que dans le dessein de s'instruire; mais quelques personnes ayant cru qu'il serait utile de le rendre public , on s'est rendu à leurs raisons d'autant plus volontiers qu'une des principales s'accordait avec ce désir que l'on avait de s'être utile à soi-même. Le véritable moyen , disaient-ils, de s'instruire pleinement de quelque matière, c'est de proposer aux habiles g»is les sentiments qu'on en a. Gela excite notre attention et la leur. Quelquefois ils ont d'autres vues , et ils découvrent d'autres vérités que nous ; et quelquefois ils poussent certaines découvertes qu'on a négligées par paresse, ou qu'on a abandonnées faute de courage et de force.

C'est dans cette vue de mon utilité particulière et de celle de quelques autres que je me hasarde à être auteur. Mais , afin que mes espérances ne soient point vaines , je donne cet avis : qu'on ne doit pas se rebuter d'abord, si l'on trouve des choses qui choquent les opinions ordinaires que l'on a crues toute sa vie, et que l'on voit approuvées généralement de tous les hommes et dans tous les siècles. Ce sont les erreurs les plus générales que je tâche principalement de détruire. Si les hommes étaient fort éclairés, l'appiobation universelle serait une raison ; mais c'est tout le contraire. Que l'on soit donc averti, une fois pour toutes, qu'il n'y a que la raison qui doive présider au jugement de toutes les opinions humaines qui n'ont point de rapport à la foi, de laquelle seule Dieu nous ÎDStniit d^une manière tonte différente de celle dont il nous découvre les choses naturelles. Que l'on rentre dans soi-même , et que Ton s'approche de la lumière qui y luit incessamment , afin que notre raison soit plus éclairée ^ Que Ton évite avec soin toutes les sensations trop vives et toutes les émotions de l'âme qui remplissent la capacité de notre faible intelligence ; car le plus petit bruit, le moindre éclat de lumière , dissipe quelquefois la vue de l'esprit. Il est bon d*éviter toutes ces choses , quoiqu'il ne soit pas absolument nécessaire ; et , si en faisant tous ses efforts on no peut

' Qoi hoc videre noD potest , orct et agat ut posae mcreatar ; ncc ad homlnem diapoUtoran pulfct, ut quod non legft légat , scd ad Deuin salvatorcm ut qnod non valet ^alfaf. Bp, lia, rh. i«.

Sopplcxquc llli qnl lumen mentb acccndit attcndat, ut iutelllg.it , Cont. Ep. ffoOam.

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résister aux impressions continuelles que notre corps et les préjugés de notre enfance font sur notre imagination, il est nécessaire de recourir à la prière pour recevoir ce que l'on ne peut avoir par ses propres forces, sans cesser toutefois de résister à ses sens ; car ce doit être Toccupation continuelle de ceux qui, à l'exemple de saint Augustin, ont beaucoup d'amour pour la vérité. NuUo modo resistitur corporis senHbus ; qvx nobis sacbatissima disciplina BST, si per eos inflictU plagis vulneribusque blandimur, i^dNebidiumEp. 7.

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