I. Voy. les treizième et quatorzième Entr. sur la Met
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nient dans quolciuc recoin de ses livres. En nn mot, il se coniredil prescjne loujuurs, si ce n'est dans ses ouvrages, c'est au moins dans la bouche de ceux qui reiHeiii;nent. Car encore que les philosophe:s protestent et prétendent même d'enseigner sa doctrine, il est difficile d'en trouver deux (pii soient d'accord sur ses sentiments, parce qu'en eifet les livres d'Aiistote sont si obscurs et remplis de termes si vai2;ues et si ii:énéraux, qu'on ])eut lui attribuer avec quelque vraisemblance les sentiments de ceux qui lui sont les plus opposés. On peut lui faire dire tout ce qu'on veut dans quelques-uns de ses ouvrages, parce cpTil n'y dit presque rien, quoiqu'il fasse beaucoup de bruit; de même (|ue les enfants font dire au son des cloches tout ce qu'il leur plait, parce que les cloches font grand bruit et ne disent rien.
Il est vrai qu'il paraît fort raisonnable de fixer et d'arrêter l'esprit de l'homme à ilvs o[)inions particulières, afin de l'empêcher d'extravaguer. Mais quoiî faut-il que ce soit par le mensonge et par l'eireur? ou plutôt croit-on que l'erreur puisse réunir les esprits? Que l'on examine cofubien il est rare de trouver des personnes d'esprit qui soient satisfaites de la lecture d'Aristote, et qui soient persuadées d'avoir accpiis une vêrilablc science après même qu'ils ont vieilli siu' ses livres, el on reconnaîtra manifestement qu'il n'y a que la vérité et l'évidence (]ui arrêtent l'agitation de l'esprit, et que les disputes, les aversions, les erreurs et les hérésies mêmes sont entretenues el fortifiées par la mauvaise manière dont on étudie. La \érilé consiste dans un indivisible, elle n'est pas capable de variété, et il n'y a qu'elle qui puisse réunir les esj)rits; mais le mensonge el l'errem* ne peuvent que les diviser et les agiter.
.le ne doute pas (ju'd n'y ait quelques personnes qui croient de bomie foi que celui qu'ils appellent le prince des philosophes n'est point dans l'erreur, et (lue c'est dans ses ouvrages que se trouve la véritable et solide philosophie. Il y a des gens qui s'imaginent que depuis deux mille ans (juAristote a écrit on n'a pu encore découvrir (|u'il fût tombé dans quelque erreur; qu'ainsi, étant infaillibli» en quehjue manière, ils peuvent le suivre aveuglément et le citer conniio infaillible. Mais on ne veut pas s'arrêter à répondre à ces personnes, parce (pi'il faut qu'elles soient dans une ignorance trop grossière et plus digne d'être méprisée que d'être combattue. On leur demande seulement que s'ils savent qu'Aristote ou quelqu'un de ceux qui l'ont sui\i aient jamais déduit quelque vérité des principes de [)h)si(]ue (pii lui soient particuliers, ou si peut-être ils l'ont fait eux-mêmes, (ju'ils se déclarent, qu'ils l'expliquent et qu'ils la prouvent, et on lein- promet de ne plus parler d'Aristote qu'a\('r
DES INCLINATIONS , etc. ^ SU
éloge. Gq ne dira plus que ses principes sont inutiles, puisqu'ils auront enfin servi à prouver une vérité ; mais il n*y a pas lieu de l'espérer. Il y a déjà long-temps qu'on en a fait le défi, et M. Descartes entre autres dans ses Méditations métaphysiques, il y a près de quarante ans, avec promesse même de démontrer la fausseté de cette vérité prétendue. Et il y a grande apparence que personne ne se hasardera jamais de faire ce que les plus grands ennemis de M. Descartes et les plus zélés défenseurs de la philosophie d'Aristote n'ont point encore osé entreprendre.
Qu'il soit donc permis après cela de dire que c'est aveuglement, bassesse d'esprit, stupidité, que de se rendre ainsi à rautorilé d'Aristote, de Platon, ou de quelque autre philosophe que ce soit; que l'on perd son temps à les lire quand on n'a point d'autre dessein que d'en retenir les opinions, et qu'on le fait perdre à ceux à qui on les apprend de cette sorte. Qu'il soit permis de dire avec saint Augustin que c'est être sottement curieux que d'envoyer son fils au collège afin qu'il y apprenne les sentiments de son maître; que les philosophes ne peuvent point nous instruire par leur autorité, et que s'ils le prétendent ils sont injustes; que c'est une espèce de. folie et d'impiété que de jurer solennellement leur défense, et enfin que c'est tenir injustement la vérité captive que de s'opposer par intérêt aux opinions nouvelles dq philosophie qui peuvent être vraies, pour conserver celles que l'on sait assez être fausses ou inutiles^.