Chapitre
52S LlVUE SIXIÈME.
en a point qui aient en eux-mêmes quelque principe de leur mou\ement; il n y a point aussi de corps composés, puisque les composés supposent les simples qui ne sont point. Ainsi il n'y aurait point de corps. Quelle imagination de définir la simplicité des corps par une puissance de se remuer I Quelles idées distinctes peut-on attacher à ces mots de corps simples et de corps composés si les corps simples ne sont définis que par rapport à une force de se mouvoir imaginaire? Mais voyons les conséquences qu'il lire de ces principes. Le mouvement circulaire est un mouvement simple ; le ciel se meut circulairement : donc son mouvement est simple. Or. le mouvement simple ne peut être que d'un corps simple , c'est-àdire d'un corps qui se meut par ses propres forces : donc le ciel est un corps simple distingué des quatre éléments, qui se meuvent par des lignes droites. Il est assez évident que tout ce raisonnement ne contient que des propositions fausses et absurdes. Examinons ses autres preuves , car il en apporte beaucoup de méchantes pour prouver une chose aussi inutile que fausse.
Sa seconde raison , pour prouver que le ciel est un corps simple distingué des quatre éléments, suppose qu'il y a deux sortes de mouvements, l'un naturel, et l'autre contre la fiature ou violent. Mais il est assez évident à tous ceux qui jugent des choses par des idées claires, que les corps n'ayant point eux-mêmes de nature ou de principe de leur mouvement, comme lentend Aristote , il n y a point de mouvement violent ou contre la nature. Il est indifférent à tous les corps d'être mus ou de ne l'être pas: d'être mus d'un coté ou de l'être d'un autre. Mais Aristote , qui juge des choses par les impressions des sens, s'imagine que le> corps (\w\ se mettent toujours par les lois de la communication des mouvements en une telle situation à l'égard des autres, s'y mettent par eux-mêmes , parce qu'ils s'y trouvent mieux et que cela est plus conforme à leur nature. Voici donc le raisonnement d'Aristote.
Le mouvement circulaire du ciel est naturel ou contre la nature. S'il lui est naturel comme on vient de dire, le ciel est un corpj? simple distingué des éléments, puisque les éléments ne se meuvent point circulairement par leur mouvement naturel. Si le mouvement circulaire est contre la nature du ciel, ou le ciel sera quelqu'un des éléments , comme le feu , ou quelque autre chose. Le ciel ne peut être aucun des éléments; car, par exemple, si le ciel était de feu, le mouvement naturel du feu étant de bas en haut, le ciel aurait deux mouvements contraires, le circulaire et celui de bas en haut: ce qui ne se peut, puisqu'un corps ne peut avoir deux niou-
vements contraires. Si le ciel est quelque autre corps qui ne se meuve pas circulairement par sa nature, il aura quelqu'autre mouvement naturel, ce qui ne peut être. Car sMl se meut par sa nature de bas en haut, ce sera du feu ou de l'air; si de haut en bas , ce sera de l'eau ou de la terre : donc, etc. Je ne m'arrête point à faire remarquer en particulier les absurdités de ces raisonnements, je dis seulement en général que ce que dit ici Aristote ne signifie rien de distinct , et qu'il n'y a rien de vrai ni même de concluant. Sa troisième raison est celle-ci :
Le premier et le plus parfait de tous les mouvements simples doit être le mouvement d'un corps simple, et même du premier et du plus parfait des corps simples. Mais le mouvement circulaire est le premier et le plus parfait des mouvements simples, parce que toute ligne circulaire est parfaite et qu'il n'y a aucune ligne droite qui le soit. Car si elle est finie, on lui peut ajouter quelque chose ; si infinie, elle n'est point encore parfaite, puisqu'elle n'a point de fin * et que les choses ne sont parfaites que lorsqu'elles sont finies. Donc le mouvement circulaire est le premier et le plus parfait des mouvements. Donc le corps qui se meut circulairement est simple, et le premier et le plus divin des corps simples. Voîci sa quatrième raison.
Tout mouvement est naturel ou ne l'est pas, et tout mouvement qui n'est point naturel à quelques corps est naturel à quelques autres. Nous voyons que les mouvements de haut en bas et de bas en haut qui ne sont point naturels à quelque corps, sont naturels à d'autres, car le feu ne descend point naturellement, mais la terre descend naturellement. Or le mouvement circulaire n'est point naturel aux quatre éléments, il faut donc qu'il y ait un corps simple auquel ce mouvement soit naturel. Donc le ciel qui se meut circulairement est un corps simple distingué des quatre éléments.
Enfin le mouvement circulaire est naturel ou mnlent à quelque corps. S'il est naturel , il est évident que ce corps doit être des simples et des plus parfaits. S'il n'est point naturel, il est bien étrange que ce mouvement dure toujours, puisque nous voyons que tous les mouvements qui ne sont point naturels ne durent que fort peu de temps. Il faut donc croire après toutes ces raisons qu'il y a quelque autre corps séparé de tous ceux qui nous environnent qui est d'une nature d'autant plus parfaite qu'il est plus éloigné de nous. Voila comme raisonne Aristote. Mais je défie le plus intell i-
1. TAoç et Ti)^SlOcfont la même équivoque, /Znt ctjîn. Ce philosophe orouve ainsi qu'une ligne infinie n'est pas parfaite, à cause qu'elle n'est pas/7ize. U. ÛJ
gent de ses interprètes d'attacher des idées distinctes aux termes dont il se sert, et de faire voir que ce philosophe commence par les choses les plus simples avant que de parler des plus composées, ce qui est absolument nécessaire pour raisonner juste, comme je viens de le prouver.
Si je ne craignais point d'être ennuyeux, je traduirais encore quelques chapitres d'Aristote. Mais outre qu'on ne prend guère de plaisir à le lire en français (c'est-à-dire lorsqu'on l'entend) j'ai fait assez voir, par le peu que j'en ai exposé, que sa manière de philosopher est entièrement inutile pour découvrir la vérité. Car puisqu'il dit lui-même dans le cinquième chapitre de ce livre, que ceux qui se trompent d'abord en quelque chose se trompent dix mille fois davantage s'ils avancent beaucoup, étant visible qu'il ne sait ce qu'il dit dans les deux premiers chapitres de son livre, on doU croire qu'il n'est pas sûr de se rendre à son autorité sans examiner ses raisons. Mais afin qu'on en soit encore plus persuadé , je vais faire voir qu'il n'y a point de chapitre dans ce premier livre où il n'y ait quelque impertinence.
Dans le troisième chapitre, il dit que les cieux sont incorruptibles et incapables d'aucuçe altération ; il en apporte plusieurs preuves assez badines, comme que c'est la demeure des dieux immortels, et que l'on n'y a jamais remarqué de changera^. La dernière de ces preuves serait assez bonne s'il disait que quelqu'un en fût revenu, ou qu'il eût été assez proche des corps célestes pour en remarquer les changements. Mais je ne sais même si présente- . ment on se rendrait à son autorité à cause que les lunettes d'approche nous apprennent le contraire.
Il prétend prouver, dans le quatrième chapitre, que le mouvement circulaire n'a point de contraire. Néanmoins, il est manifeste que le mouvement d'orient en occident est contraire à celui qui se fait d'occident en orient.
Dans le cinquième chapitre il prouve mal que les corps ne sont point infinis , parce qu'il tire sa preuve des mouvements des corps simples. Car qui empêche qu'au-dessus de son premier mobile il n'y art encore quelque étendue qui soit sans mouvement?
Dans le sixième il s'amuse jnutilement à prouver que les éléments ne sont pas infinis. Car qui en peut douter, lorsqu'on suppose comme lui qu'ils sont renfermés dans le ciel qui les environne? Mais il se rend ridicule lorsqu'il s'avise de le prouver par leur pesanteur et par leur légèreté. Si les éléments étaient infinis, dit-il, il y aurait une pesanteur et une légèreté infinie , cela ne peut être. Donc, etc. Ceux qui veulent savoir plus au long sa preuve peuvent
la lire dans ses livres. Je croirais perdre le temps de la rapporter.
Il continue , dans le septiènie , de prouver que les corps ne sont pas infinis, et sa première preuve suppose qu'il est nécessaire que tout corps soit en mouvement, ce qu'il ne prouve point et ce qui ne se peut prouver.
Il soutient, dans le huitième, qu'il n'y a point plusieurs mondes de même espèce, par cette plaisante raison , que s'il y avait une autre terre que celle que nous habitons, la terre étant pesante par sa nature, cette terre devrait tomber sur la nôtre, parce que la nôtre est le. centre oii doivent tomber tous les corps pesants. D'où a-t-il appris cela, que de ses sens?
Dans le neuvième, il prouve qu'il n'est pas même possible qu'il y ait plusieurs mondes, parce que s'il y avait quelque corps audessus du ciel, il serait simple ou composé, dans un ét^t naturel ou violent, ce qui ne peut être, par des raisons qu'il tire des trois espèces de mouvements dont il a déjà parlé.
Il assure, dans le dixième, que le monde est éternel, parce qu'il ne se peut faire qu'il ait commencé d'être et qu'il dure toujours, puisque nous voyons que tout ce qui se fait se corrompt avec le temps. Il a appris ceci de ses sens. Mais qui lui a ppprisque le monde durera toujours?
Il emploie le onzième chapitre à expliquer ce que l'on entend par incorruptible, comme si l'équivoque était fort à craindre et qu'il dût faire un grand usage de son explication. Cependant ce terme incorruptible est si clair par lui-même , qu'Aristote ne se met point en peine d'expliquer ni en quel sens il le faut prendre , ni en quel sens il le prend. Il aurait été plus à propos qu'il eût défini une infinité de termes dont il se sert, qui ne réveillent que des idées sensibles, car on aurait peut-être appris quelque chose en lisant ses ouvrages.
Enfin dans le dernier chapitre de ce premier livre Du ciel, il tâche de faire voir que le monde est incorruptible parce qu'il ne se peut faire qu'il ait Commencé et qu'il dure éternellement. Toutes choses, dit-il , subsistent , durant un temps fini ou infini. Mais ce qui n'est infini qu'en un sens n'est ni fini ni infini. Donc rien ne peut subsister en cette manière.
Voilà de quelle manière raisonne le prince des philosophes et le génie de la nature, lequel, au lieu de faire connaître par des idées claires et distinctes la véritable cause des effets naturels, établit une philosophie païenne sur les idées fausses et confuses des sens, ou sur des idées trop générales pour être utiles à la recherche de la vérité.
Je no reprend:^ pas ici Aristole de ce qu'il n'a pas su que Dieu a créé le monde dans le temps pour faire connaître sa puissance et la dépendance des créatures; et qu'il ne l'anéantira jamais, afin que Ton sache aussi qu'il est immuable et qu'il ne se repent jamais de ses desseins. Mais je crois pouvoir le reprendre de ce qu'il prouve par des raisons qui n'ont aucune force que le monde est de toute éternité. S'il est quelquefois excusable dans les sentiments qu'il soutient, il n'est prescjue jamais excusable dans les raisons qu'il apporte lorsqu'il traite des sujets qui renferment quelque diflBcuIté. On en est peut-être déjà persuadé par les choses que je viens de dire, quoique je n'aie pas rapporté toutes les erreurs que j'ai rencontrées dans le livre dont je les ai extraites et que j'aie taché de le faire parler plus clairement qu'on ne le fait ordinairement.
Mais afin que l'on soit convaincu que le génie de la nature n'en découvrira jamais aux hommes ni les secrets ni les ressorts, il est à propos que je fasse voir que les principes sur lesquels ce philosophe raisonne pour expliquer les effets naturels n'ont aucune solidité.
Il est évident qu'on ne peut rien découvrir dans la physique si l'on ne commence par les corps les plus simples , c'est-à-dire par les éléments ^ ; car les éléments sont les corps dans lesquels tous les autres se résolvent, parce (lu'ils sont contenus en eux ou actuellement ou en puissance : c'est ainsi qu'Aristote les définit. Mais on ne trouvera point dans les ouvrages d'Aristote, qu'il ait expliqua par une idée distincte ces corps simples dans lesquels il prétend que les autres se résolvent, et par conséquent ses éléments n'étant point clairement connus, il est impossible de découvrir la nature des corps qui en sont composés.
Ce philosophe dit bien qu'il y a quatre éléments, le feu, l'air, l'eau et la terre, mais il n'en fait point clairement connaître la nature; il n'en donne point d'idée distincte; il ne veut pas même que ses éléments soient le feu, l'air, l'eau et la terre que nous voyons; car enfin si cela était, nous en aurions du moins quelque connaissance par nos sens. 11 est vrai qu'en plusieurs endroits de ses ouvrages il tache de les expliquer par les qualités de chaleur et de froideur, d'humidité et de sécheresse, de pesanteur et de légèreté. Mais cette manière de les expUquer est si impertinente et si ridicule qu'on ne peut concevoir comment tant de savants s'en sont contentés. C'est ce que je vais faire voir.
Aristote prétend, dans son hvre Du ciel, que la terre est au centre du monde, et que tous les corps qu'il lui plaît d'appeler
1. .To parle selon le sontiment des péripatéticicns, cli, 3, liv. 3, De cfrlo.
simples , à cause qu'il suppose qu'ils se meuvent par leur nalure, doivent se remuer par des mouvements simples. Il assure qu'outre le mouvement Circulaire qu'il soutient être simple et par qui il prouve que le ciel, qu'il suppose se mouvoir circulairement, est un corps simple, il n'y en a que deux qui soient simples, l'un de haut en bas, ou de la circonférence vers le centre, l'autre de bas en haut, ou du centre vers la circonférence ; que ces mouvements simples conviennent à des corps simples, et par conséquent que la terre et le feu sont des corps simples , dont l'un est tout à fait pesant et l'autre tout à fait léger. Mais parce que la pesanteur et la légèreté peuvent convenir à un corps, ou tout à fait ou en partie , il conclut qu'il y a encore deux éléments ou deux corps simples, dont l'un est léger en partie et l'autre pesant en partie , savoir l'eau et l'air. Voilà comme il prouve qu'il y a quatre éléments et qu'il n'y en a pas davantage.
Il est évident, à ceux qui examinent les opinions des hommes par leur propre raison, que toutes ces propositions sont fausses, ou du moins qu'elles ne peuvent passer pour des principes clairs et incontestables, dont on ait des idées très-claires et très-distinctes et qui puissent servir de fondement à la physique. Il est certain qu'il n'y a rien de plus absurde que de vouloir établir le nombre des éléments par des qualités imaginaires de pesanteur et de légèreté, en disant sans aucune preuve qu'il y a des corps qui sont pesants et d'autres qui sont légers par leur nature. Car, s'il n'y a qu'à parler sans preuve , on pourra dire que tous les corps sont pesants par leur nature et qu'ils sont tous sans efforts pour s'approcher du centre du monde , comme du lieu de leur repos ; et l'on pogrra soutenir au contraire que tous les corps sont légers par leur nature et qu'ils tendent tous à s'élever vers le ciel comme vers le lieu de leur plus grande perfection. Car si l'on objecte à celui qui dira que tous les corps sont pesants, que l'air et le feu sont Jégers, il n'aura qu'à répondre que le feu et l'air ne sont point légers , mais qu'ils sont moins pesants que l'eau et la terre et. que c'est à cause de cela qu'ils semblent légers. Qu'il en est de même de ces éléments que d'un morceau de bois qui semble léger dans l'eau , non qu'il soit léger de lui-même , puisqu'il tombe en bas lorsqu'il est dans l'air, mais parce que l'eau , qui est plus pesante , prend le dessous et le fait monter.
Si, au contraire, l'on objecte à celui qui soutiendra que tous les corps sont légers par leur nature, que la terre et l'eau sont pesantes, il répondra de même, que ces corps semblent pesants à cause qu'ils ne sont pas si légers que les autres qui les environnent; que ('u
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bois, par exemple, semble pesant lorsqu'il est dans l'air, non qu il soit pesant, puisqu'il monte lorsqu'il est clans l'eau, n^ais parce qu'il n'est pas si léger que l'air.
Il est donc ridicule de supposer comme des principes incontestables, que les corps sont légers ou pesants par leur nature; au contraire , il est évident que tout corps n'a point en soi-même la force de se remuer, et qu'il lui est indifférent d'être mu de haut en bas, ou de bas en haut; d'orient en occident, ou d'occident en orient; du pôle méridional au septentrional, ou de quelque autre manière qu'on le voudra concevoir.
Mais accordons à Arislote qu'il y a quatre éléments tels qu'il le souhaite , dont il y en a deux pesants et deux autres légers par leur nature , savoir : le feu , l'air, l'eau , et la terre. Quelle œnséquence en pourra-t-on tirer pour la connaissance de l'univers? Ces quatre éléments ne sont point le feu , l'air, |'eau , et la terre que nous voyons; selon lui, c'est autre chose. Nous ne les connaissons point par les sens, et encore moins par la raison, car nous n'en avons aucune idée distincte. Je veux que nous sachions que tous les corps naturels en sont composés, puisqu'Aristote l'a dit; mais la nature de ces corps composés nous est inconnue, et nous ne les pouvons connaître qu'en connaissant les quatre éléments ou les corps simples qui les composent, car on ne connaît le composé que par le simple.
Le feu , dit Aristote , est léger par sa pâture ; le mouvement de bas en haut est un mouvement simple ; le feu est donc un corps simple, puisque le mouvement doit être proportionné au mobile. Les corps naturels sont composés des corps simples , donc il y a du feu dans tous les corps, naturels ; mais un feu qui n'est pas semblable à celui que nous voyons , car le feu n'est souvent qu'en puissance dans les corps qui en spnt composés. Qu'est-ce que ces discours péripatétiques noqs apprennent? qji'il y a du feu dans tous les corps, Sojt actuel, soit potentiel, c'ost-à-dire que tous les corps sont composés de quelque chose qu'oi> ne voit point, et (Jopt on ne connaît point la nature. Nous voilà donc fort avancés.
Mais, si Aristote ne nous fait point connaître 1^ nature du feu et des autres éléments dont tous les corps sont coniposés, on pour-: rait peut-être s'imaginer qu'il nous en découvre du moins les qualités et les principales propriétés. Il faut encore ext^miner ce qu'ij en dit.
Il nous déclare ^ qq'il y a quatre qualités principales qui «appartiennent au loucher, la chaleur, la froideur, l'biipii^ité et ]^ séche-
l. Liv. 2, ch. 2 et 3 du De geii. el roi'rnpt.
resse, desquelles tputes les autres sont composées; et il distribue en cette sorte ces qualités premières aux quatre éléments : il donne au feu la chaleur et la sécheresse, à l'air la chaleur et l'humidité, à Teau 1$ froideur et Fhumidité, et à la terre la froideur et la sécheresse *. Il assure que la chaleur et la froideur sont des qualités actives , et que la sécheresse et Thumidité sont des qualités passives. Il définit la chaleur, ce qui assemble les choses de même genre ; la froideur, ce qui assemble toutes choses, soit de même, soit de di-' vers genres ; l'humide, ce qui ne se contient pas faeilement dans ses propres l>ornes, mais dans des bornes étrangères; et le sec, ce qui se cbntiejit facilement dans ses propre-i bornes ei ne s'accommode pas facilement aux bornes des corps qui V environnent.
Ainsi, selon Aristote, le feu est un élément chaud et sec; c'est donc un élément qui assemble les choses de même nature et qui se contient facilement dans ses propres bornes , et difficilement dans des bornes étrangères. L'air est un élément chaud et hunride; c'est donc un élément qui assemble les choses de même genre , et qui ne se contient pas facilement dans ses propres bornes , mais dans des bornes étrangères. L'eau est un élément froid et humide; c'est donc un élément qui rassemble les choses de même et de différente nature, et qui ne se contient pas facilement dans ses propres bornes, mais dans des bornes étrangères. Et enfin, la terre est froide et sèche; c'est donc un élément qui rassemble les choses de même et de différente nature, qui se coiitient facilement dans ses propres bornes , et qui ne s'accommode pas facilement à dfes bornes étrangères.
Voilà tes éléments expliqués selon le sentiment d'Aristote , ou selon les définitions qu'il a données de leurs quahtés principales ; et parce que, si nous l'en croyons, Iqs éléments sont les corps simples dont tous les autres sout composés, et leurs qualités des qualités simples dotit toutes les autres sont composées , la connaissance de ces éléments et de feurs qualités doit être très-claire et très -distincte, puisque toute la physique, c'est-à-dire la connalissaticë des corps sensibles qui en sont composés, en doit être déduite.
Voyons donc ce qui peut manquer à ces principes. Premièrement, Aristole n'attache j^oirit d'idée distincte au mot de quaUté : on ne sait si, par qualité, il entend un être réel distingué de la matière , ou seulement la modification de la matière; îl semble quelquefois qu'il l^entende en un sens , et quelquefois en un autre. Il est vrai que dans le huitième chapitre des catégories , il définit la qualité : de oui fait que les choses sont appelées telles ^ mais ce tl'est pas