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ri30 LIVRE SIXIKME.
tout à fait ce qu'on demande. Secondement , les définitions qu'il donne des quatre premières qualités, la chaleur, la froideur, l'humidité et la sécheresse sont toutes fausses ou inutiles. Voici sa définition de la chaleur : La chaleur, cest ce qui assemble les choses de même nature.
Premièrement, on ne voit pas que cette définition explique parfaitement la nature de la chaleur, quand même il serait vrai que la chaleur assemblerait toujours les choses de même nature.
Secondement, il est faux que la chaleur assemble les choses de même nature. La chaleur n'assemble point les parties de l'eau ; elle les dissipe plutôt en vapeur. Elle n'assemble point les parties du vin, ni celles de toute autre liqueur ou corps fluide qu'il vous plaira, ni même celles du vif-argent; elle résout , au contraire, et elle sépare tous les corps solides et fluides de même et de différente nature; et, s'il y en a quelques-unes dont le feu ne puisse dissiper les parties , ce n'est point qu'elles soient de même nature , mais c'est qu'elles sont trop grosses et trop solides pour être enlevées par le mouvement des parties du feu.
En troisième lieu, la chaleur selon la vérité ne peut ni assembler ni dissiper les parties d'aucun corps de même ou de différente nature; car, pour assembler, pour séparer, pour dissiper les parties de quelque corps , il faut les remuer : or la chaleur ne peut rien remuer, ou du moins il n'est pas évident que la chaleur puisse remuer les corps; car, quoique l'on considère la chaleur avec toute l'attention possible, on ne peut découvrir qu'elle puisse communiquer au corps du mouvement qu'elle n'a point. On voit bien que le feu remue et sépare les parties des corps qui lui sont exposés, il est vrai, mais ce n'est peut-être point par sa chaleur, car il n'est pas même évident qu'il en ait. C'est plutôt par l'action de ses parties qui sont visiblement dans un mouvement continuel. Il est évident que les parties du feu venant à heurter contre quelque corps, lui doivent communiquer une partie de leur mouvement, soit qu'il. y ait de la chaleur dans le feu , soit qu'il n'y en ait point. Si les parties de ce corps sont peu solides, le feu les doit dissiper; .si elles sont fort solides et fort grossières, le feu ne peut que les remuer et les faire glisser les unes sur les autres ; enfin, si elles sont mêlées de subtiles et de grossières, le feu ne doit dissiper que celles qu'il peut pousser assez fort pour les séparer entièrement des autres. Ainsi le feu ne peut que séparer ; et s'il assemble , ce n'est que par accident. Mais Aristoto prétend tout le contraire. Séparer, dit-il, que quelques-uns attribuent au feu^ n'eM que rassembler t^^
choses qui sont de même genre, car ce n'est qiie par accident que le feu enlève les choses de diffèrent genre *.
Si Aristote avait d'abord distingué le sentiment de chaleur d*avec le mouvement des petites parties dont sont composés les corps qu*on appelle chauds , et qu'il eût ensuite dé6ni la chaleur prise pour le mouvement des' parties , en disant que la chaleur est ce qui agite et qui sépare les parties invisibles dont les corps visibles sont composés, il aurait donné une définition assez supportable de la chaleur. Néanmoins on ne serait pas encore tout à fait content, parce qu'elle ne ferait point connaître précisément la nature des mouvements des corps chauds.
Aristote définit la froideur, ce qui assemble les corps de même ou de différente nature. Cette. définition ne vaut encore rien, car il est faux que la froideur assemble les corps. Pour les assembler, il faut les remuer ; mais si l'on interroge sa raison , il est évident que le froid ne peut rien remuer. En effet, par la froideur, on entend, ou ce que Ton sent quand on a froid, ou ce qui cause le sentiment de froideur : or, il est clair que le sentiment de froideur ne peut rien remuer, puisqu'il ne peut rien pousser. Pour ce qui cause le sentiment, on ne peut douter, lorsqu'on examine les choses par la raison, que ce n'est que le repos ou la cessation du mouvement. Ainsi la froideur dans les corps n'étant que la cessation de cette sorte de mouvement qui accompagne la chaleur, il est évident que si la chaleur sépare, la froideur ne sépare pas. Ainsi la froideur n'assemble ni les choses de même ni de différente nature, car ce qui ne peut rien pousser ne peut rien assembler ; en un mot , comme elle ne fait rien, elle n'assemble rien.
Aristote jugeant des choses par les sens , s'imagine que la froideur est aussi positive que la chaleur, parce que les sentiments de chaleur et de froideur sont l'un et l'autre réels et positifs; et il pense aussi que ces deux qualités sont actives. En effet, si l'on suit les impressions des sens, on a raison de croire que le froid est «ne qualité fort active, puisque l'eau froide congèle, rassemble et durcit en un moment l'or et le plomb fondus , après qu'on les a versés d'un creuset sur quelque peu d'eau, quoique la chaleur de ces métaux soit encore assez grande pour séparer les parties des corps qu'ils touchent.
Il est évident par les choses que nous avons dites des erreurs des sens , dans le premier livre , que si l'on ne s'appuie que sur les sens pour juger des qualités des corps sensibles, il est impossible de découvrir quelque vérité certaine et incontestable qui