Prhtripes de Dearnilen. art. r>5 de la seconde partie
byGopgle
DE LA MÉTHODE. — 11'- PARTiE. &87
je tâche ici de découvrir d'où vient que les partie* de ce» corps ont force pour demeurer en repos les unes auprès des autres, et qu'elles résistent à Teffort que l'on fait pour les remuer ou 1^ séparer.
Je pourrais * pourtant me répondre que chaque corps a véritablement de la force pour continuer de demeurer dans l'état où il est, et que cette force est égale pour le mouvement et pour le repos ; m^is que ce qui fait que les parties des corps durs demeurent en repos les unes auprès des autres, et qu'on a de la peine à !^ sé^ parer et à les agiter , c'est qu'on n'emploie pas assez de mouvement pour vaincre leur repos^. Cela est vraisemblable , mais je cherche la certitude, si elle se peut trouver, et non pas la seule vraisemblance. Et comment puis-je savoir avec certitude et avec évidence que chaque corps a cette force pour demeurer en l'état qu'il est, et que cette force est égale pour le mouvement et pour le repos, puisque la matièrç paraît au contraire indifférente au mouvement et au repos, et absolument sans aucune force? Venon» donc, comme a fait M, Descartes, à la volonté du Créateur, laquelle est peut-être la force que les corps semblent avoir dans euxmêmes. C'est la seconde chose que nous nvons dite auparavamt pouvoir conserver les parties de ce petit lien dont nous parlions , si fort attachées les unes aux autres.
Certainement il se peut faire que Dieu veuille que chaque corpà demeure dans l'état où il est, et que sa volonté soit la force qui en unit les parties les unes aux autres ; de môme que je sais d'ailteurs que c'est sa volonté qui est la force mouvante, laquelle met les corps, dans le mouvement. Car, puisque la matière ne se peut pas mouvoir par elle-même , il me semble que je dois juger que c'est un esprit, et même que c'est l'auteur de la nature qui la cou* servev et qui la met en mouvement, en la conservant successivement en plusieurs endroits par sa simple volonté , puisqu'un être infiniment puissant n'agit point avec des instruments) et que les effets suivent nécessairement de sa volonté.
Je reconnais donc qu'il se peut faire que Dieu veuille que chaque chose demeure en l'état où elle est 5, soit qu'elle soit en repos , ou qu'elle soit en mouvement; et que cette volonté soit la puissance naturelle qu'ont les corps pour demeurer dans Tétât où ils ont une fois été mis ^. Si cela est, il faudra, comme a f^itM. Descartes, me* surer cette puissance , conclure quels en doivent être les effets, et donner ainsi des règles de la force et de la contmiinication des
I, Desearte», art. 41 de la même pttxït, — 2. Art. 63. — 3. Art. 31. — <l. Art; 46 et ccivx q.Tii suivent.
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mouvements à la rencontre des différents corps, parla proportion de la grandeur qui se trouve entre ces corps; puisque nous n'avons point d'autre moyen d'entrer dans la connaissance de cette volonté générale et immuable de Dieu, qui fait la différente puissance que les corps ont pour agir et pour se résister les uns aux autres, que leur différente grandeur et leur différente vitesse.
Cependant je n'ai point de preuve certaine que Dieu veuille, par une volonté positive, que les corps demeurent en repos ; et il semble qu'il suffit que Dieu veuille qu'il y ait de la matière, afin que non-seulement elle existe, mais aussi afin qu'elle existe en repos.
Il n'en est pas de môme du mouvement, parce que l'idée d'une matière mue renferme certainement deux puissances ou efficaces, auxquelles elle a rapport, savoir, celle qui l'a créée et de plus celle qui l'a agitée. Mais l'idée d'une matière en repos ne renferme que l'idée de la puissance qui l'a créée, sans qu'il soit nécessaire (l'une autre puissance pour la mettre en repos; puisque si ou conçoit simplement de la matière sans songer à aucune puissance, on la concevra nécessairement en repos. C'est ainsi que je conçois les choses, j'en dois juger selon mes idées ; et, selon mes idées, le repos n'est que la privation du mouvement : je veux dire que la force prétendue qui fait le repos n'est que la privation de celle qui fait le mouvement ; car il suffit, ce me semble, que Dieu cesse de vouloir qu'un corps soit mu, afin qu'il cesse de l'être, et qu'il soit en repos.
En effet, la raison et mille et mille expériences m'apprennent que si de deux corps égaux en masse, l'un se meut avec un degré de vitesse et l'autre avec un demi-degré, la force du premier sera double de la force du second. Si la vitesse du second n'est que le quart, la centième , la millionième de celle du premier ; le second n'aura que le quart, la centième, la millionième partie de la force du premier. D'où il est aisé de conclure que si la vitesse du second est infiniment petite, ou enlin nulle, comme dans le repos, la force du second sera infiniment petite, ou enfin nulle, s'il est en repos. Ainsi, il me paraît évident que le repos n'a nulle force pour résister à celle du mouvement.
Mais je me souviens d'avoir ouï dire à plusieurs personnes trèséclairées, qu'il leur paraissait que le mouvement était aussi bien la privation du repos , que le repos la privation du mouvement. Quelqu'un même assura, par des raisons que je ne pus comprendre, qu'il était plus probable que le mouvement fût une privation que le repos. Je ne me souviens pas distinctement des raisons qu'ils apportaient, mais cela me doit faire craindre que mes idécï- ne
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soient fausses. Car encore que la plupart des hommes disent tout ce qui leur plait , sur des matières qui paraissent peu importantes, néanmoins j'ai sujet de croire que les personnes dont je parle prenaient plaisir à dire ce qu'ils concevaient. Il faut donc que j'examine encore mes idées avec soin.
Cest une chose qui me parait indubitable, et ces messieurs dont je parle en tombaient d accord, savoir que c'est la volonté de Dieu qui meut les corps. La force donc qu'a cette boule que je vois rouler , c'est la volonté de Dieu qui la fait rouler ; que faut-il présentement que Dieu fasse pour l'arrêter ? faut-il qu'il veuille par une volonté positive qu'elle soit en repos , ou bien s'il suffit qu'il cesse de vouloir qu'elle soit agitée^ ? Il est évident que si Dieu cesse seulement de vouloir que cette boule soit agitée , la cessation de cette volonté de Dieu fera la cessation du mouvement de la boule, et par conséquent le repos. Car la volonté de Dieu, qui était la force qui remuait la boule, n'étant plus, cette force ne sera plus, la boule nejsera donc plus mue. Ainsi la cessation de la force du mouvement fait le repos. Le repos n'a donc point de force qui le cause. Ce n'est donc qu'une pure privation qui ne suppose point en Dieu de volonté positive. Ainsi ce serait admettre en Dieu une volonté positive sans raison et sans nécessité , que de donner aux corps quelque force pour demeurer dans le repos.
Mais renversons s'il- est possible cet argument. Supposons présentement une boule en repos, au lieu que nous la supposions en mouvement ; que faut-il que Dieu fasse pour l'agiter? Suffit-il qu'il cesse de vouloir qu'elle soit en repos? Si cela est je n'ai encore rien avancé ; car le mouvement sera aussitôt la privation du repos, que le repos la privation du mouvement. Je suppose donc que Dieu cesse de vouloir qu'elle soit en repos. Mais, cela supposé, je ne vois pas que la boule se remue; et, s'il y en a qui conçoivent qu'elle se remue, je les prie qu'ils me disent de quel côté, et selon quel degré de mouvement elle est mue. Certainement, il est impossible qu'elle soit mue et qu'elle n'ait point quelque détermination et quelque degré de mouvement; et de cela seul qu'on conçoit que Dieu cesse do vouloir qu'elle soit en repos , il est impossible de concevoir qu'elle aille avec quelque degré de mouvement, parce qu'il n'en est pas de même du mouvement comme du repos. Les mouvements sont d'une infinité de façons, ils sont capables du plus et du moins ; mais le repos n'étant rien, ils ne peuvent différer les uns des autres. Une même boule, qui va deux fois plus vite en un temps qu'en un autre , a deux fois plus de force ou de mouvement en un temps