J'imagine ici qu'il n y ait que Dieu, moi, et une boule
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qu'en un autre ; mais on ne peut pas dire qu'une même boule ail deux fois plus de repos en un temps qu'en un aulre.
Il faut donc en Dieu une volonté posHive pour noettre une boole en mouvement, ou pour faire qu'une boule ait une telle Ibtce pour se mouvoir, et il suffit qu'il cesse de vouloir qu'elle soit mue afin (|u'elle ne remue plus, c'est-à-dire, afin qu'elle soit en repos. De même qu'afin que Dieu crée un monde, il ne suffit pas qu'il ces* de vouloir qu'il ne soit pas, mais H est nécessaire qu'il veuille positivement la manière dont il doit être. Mais pour l'anéantir il ne faut pas que Dieu veuille qu'il ne soit pas, parce que Dieu ne peut pas vouloir le néant par une volonté positive, il suffit seulement que Diou cesse de vouloir qu'il soit.
Je ne considère pas ici le mouvement et le repos selon leur être relatif ; car il est visible que des corps en repos ont des rapports aussi réels à ceux qui les environnent que ceux qui sont en mouvement Je conçois seulement que les corps qui soijit en mouvement ont une force mouvante, et que ceux qui sont en repos, n'ont point de force {>our leur repos; parce que, le rapport des corps mus à ceux qui les environnent changeant toujours, il faut une force continuelle pour produire ces changements continuels, car en eflfet ce sont ces changements qui font tout ce qui arrive de nouveau dans la nature. Mais il ne faut point de force pour ne rien faire. Lorsque le rapport d'un corps à ceux qui l'environnent est toujours le même, il ne se fait rien ; et la conservation de ce rapport, je veux dire l'action de la volonté de Dieu qui conserve ce rapport, n'est point différente de celle qui conserve le corps même.
S'il est vrai, comme je le conçois, que le repos ne soit que la privation du mouvement, le moindre mouvement, je veux dire celui du plus petit corps agité, renfermera plus de force et de puissance que le repos du plus grand corps. Ainsi le moindre effort ou le plus petit corps que l'on concevra agité dans le vide contre un corps très-grand et très-vaste*, sera capable de le mouvoir quelque peu, puisque ce grand corps étant en repos il n'aura au* cune puissance pour résister à celle de ce petit corps, qui viendra frapper contre lui. De sorte que la résistance que les parties des corps durs font pour empêcher leur séparation, vient nécessairement de quelque autre chose que de leur repos.
Mais il faut démontrer par des expériences sensibles ce que nous venons de prouver par des raisonnements abstraits, afin de voir si
1. Par un corps dans le vide j'entends un corps tellement séparé des antres tant (fars que liquides, qu'il n'y en ait aucun qui aide, ni qui empêche la communication des mouvements.
DE LA MÉTHODE* -r II' PARTIE. Ô91
DOS idéj^ ^'aeo&ivJ^oi a^ec les aetiiaiions que nous reG6%'oas ém objet» ; cdF il arrive «ouvoDtqua de teU rai^imoementg DOua trosw peat, ou pour le moÎDS qu'île m peuvent convaiiicre les autres, et ceux-là principalement qui sont préoccupés du c4>Dtraire. L*auto^ rUé d^ M, DesGdrtcs fait un si grand effort sur la raison de quelques personnes, 4|u'tl faut prouver en toutes manières que ce grand )u)0)me s'est trompé, afin de pouvoir les désabuser* Ce que je viens de dire entre bien dans Te^pnt de ceux qui ne l'ont point rempli de l'opinion contraire, et même je vois bien qu'ils trouve^ ront à redire que je m'arrête trop à prouver des choses qui leur paraissent incontestables. Mais les cartésiens méritent bien que l'on fasse efibrt pour las satisfaire. Les autres pourront passer ce qui sera capable de les ennuyer.
Voiiîi donc quelques expériences qui prouvent sensiblement que le repos n*a aucune puissance pour résister au mouvement, et qui par conséquent font connaître que la volonté de l'auteur de la nature, qui fait la puissance et la force que chaque corps a pour continuer dans l'état dans lequel il est, ne re^rde que le mouvement et non point le repos; puisque les corps n'ont aucune force par eux-mêmes.
L'expérience apprend que de fort grands vaisseaux, qui nagent dans l'eau, peuvent être agités par de très-petits corps qui viennent heurter contre eux. De là je prétends naalgrô toutes les dé^ l^ites de M. D^scartes et des cartésiens, que si ces grands corps étaient; dans le vide ils pourraient encore être agités avec plus de facilité. Car la raison pour laquelle il y a quelque légère difficulté à remuer un vaisseau dans l'eau, c'est que l'eau résiste à la force du mouvement que l'on loi imprime, ce qui n'arriverait pas dans le vide. Et ce qui fait manifestement voir que l'eau résiste- au mouvement qu'on imprime au vaisseau, c'est que le vaisseau cesse d'être agité quelque temps après qu'il a été mu ; car cela n'arriverait pas, si le vaisseau ne perdait son mouvement en le communiquant à l'eau, ou si l'eau lui cédait sans lui résister, ou enfin si elle lui donnait de son mouvement. Ainsi, puisqu'un vais-* seau agité dans l'eau cesse peu à peu de se mouvoir, c'est une marque indubitable que l'eau résiste à son mouvement au lieu de le faciliter comme le prétend M. Descartes ; et par conséquent il serait encore infiniment plus facile d'agiter un grand corps dans le vide que dans l'eau, puisqu'il n'y aurait point de résistance de la part des corps d'alentour, Il est donc évident que le repos n'a point de force pour résister au mouvement, et que le moindre mouvenïent contient plus de puissance et plus de force que le plus
byGoOgfe
grand repos; et qu'ainsi on ne doit point comparer la force du mouvement et du repos, par la proportion qui se trouve entre la grandeur des corps qui sont en mouvement et en repos, comme a fait M. Descartes.
Il est vrai qu'il y a quelque raison de croire, qu'un vaisseau est agité dès qu'il est dans l'eau, à cause du changenwnt continuel qui arrive aux parties de l'eau qui l'enviroiment, quoiqu'il nous semble quil ne change point de place. Et c'est ce qui fait croire à M. Descartes et à quelques autres que ce n'est pas la force toute seule de celui qui le pousse , laquelle le fait avancer dans l'eau, mais qu'ayant déjà reçu beaucoup de mouvement des petites parties du corps liquide qui l'environnent et qui le poussent également de tous côtés, ce mouvement est seulement déterminé par un nouveau mouvement de celui qui le pousse, de sorte que ce qui agite un corps dans l'eau ne le pourrait par faire dans le vide. C'est ainsi que M. Descartes et ceux qui sont de son sentiment, défendent les règles du mouvement qu'il nous a données.
Supposons, par exemple, un morceau de bois de la grandeur d'un pied en carré dans un corps liquide, toutes les petites parties du corps liquide agissent et se remuent contre lui ; et parce qu'ils le poussent également de tous côtés, autant vers A que vers B, il ne peut avancer vers aucun côté. Que si je pousse donc un autre morceau de bois de demi-pied contre le premier du côté A, je vois qu'il avance. Et de là je conclus qu'on le pourrait remuer dans le vide avec moins de force que celle dont ce morceau de bois le pousse, pour les raisons que je viens de dire. Mais les personnes dont je parle le nient, et ils répondent que ce qui fait que le grand morceau de bois avance dès qu'il est poussé par le petit, c'est que le petit qui ne pourrait le remuer s'il était seul, étant joint avec les parties du corps liquide qui sont agitées, les détermine à le pousser et à lui communiquer une partie de leur mouvement. Mais il est visible que suivant cette réponse, le morceau de bois étant une fois agité ne devrait point diminuer son mouvement, et qu'il devrait au contraire l'augmenter sans cesse. Car selon cette réponse le morceau de bois est plus poussé par l'eau du côté A que du côté B , donc il doit toujours s'avancer. Et parce que cette impulsion est continuelle, son mouvement doit toujours croître. Mais, comme j'ai déjà dit, tant s'en faut que l'eau facilite son mouvement qu'elle lui résiste sans jcesse-et que sa résistance le diminuant toujours, le rend enfin tout à fait insensible.
Il faut prouver à présent que le morceau de bois qui est également poussé par les petites parties de l'eau qui l'environne, n'a
point du tout de mouvement ou de force qui soit capable de le mouvoir, quoiqu'il change continuellement de lieu immédiat, ou que la surface de l'eau qui l'environne ne soit jamais la même en différents temps. Car s'il est ainsi, qu'un corps également poussé de tous côtés comme c^ morceau de bois, n'ait point de mouvement, il sera indubitable que c'est seulement la force étrangère qui heurte contre lui qui lui en donne, puisque dans le temps que cette force étrangère le pousse, l'eau lui résiste et dissipe même peu à peu le mouvement qui lui est imprimé, car il cesse peu à peu de se mouvoir. Or cela parait évident, car un corps également poussé de tous côtés peut être comprimé; mais certainement iLne peut être transporté; puisque plus et moins une égale force est égal à zéro.
Ceux à qui je parle soutiennent qu'il n'y a jamais dans la nature plus de mouvement en un temps qu'en un autre, et que les corps en repos ne sont mus que par la rencontre de quelques corps agités qui leur communiquent de leur mouvement. De là je conclus qu'un corps que je suppose créé parfaitement en repos au milieu de l'eau, ne recevra jamais aucun degré de mouvement ni aucun degré de force pour se mouvoir, des petites parties de l'eau qui l'entourent et qui viennent continuellement heurter contre lui, pourvu qu'elles le poussent également de tous côtés, parce que toutes ces petites parties qui viennent heurter contre lui également de tous côtés, rejaillissant avec tout leur mouvement, elles ne lui en communiquent point; et par conséquent ce corps doit toujours être considéré comme en repos et sans aucune force mouvante, quoiqu'il change continuellement de surface.
Or, la preuve que j'ai que ces petites parties rejaillissent ainsi avec tout leur mouvement, c'est qu'outre qu'on ne peut pas concevoir la chose autrement , l'eau qui touche ce corps devrait se refroidir beaucoup ou même se glacer, et devenir à peu près aussi dure qu'est le bois en sa surface, puisque le mouvement des parties de l'eau devrait se répandre également dans les petites parties du corps qu'elles environnent.
Mais pour m' accommoder à ceux qui défendent le sentiment de M. Descartes, je veux bien accorder que l'on ne doit point considérer un bateau dans l'eau comme en repos. Je veux aussi que toutes les parties de l'eau qui l'environnent s'accordent toutes au mouvement nouveau que le batelier lui imprime, quoiqu'il ne soit que trop visible, par la diminution du mouvement du bateau , qu'elles hii résistent davantage du côté où il va que de celui d'où il a été poussé. Cela toutefois supposé, je dis que, de toutes les parties d'eau qui sont dans la rivière, il n'y a, selon M. Des(caHes, que
5«A LIVRE SIXIFMK.
collos qui touchent immôclialrmoiU le baloau du ('014^ d'où il a èié poussé , qui puissent aider à son mouvement. Car, selon es philosophe, reau étant fluide, toutes les parties dont elle est composés n agissent pas ensemble contre le corps que nous voulons mouvoir. Il n'y a que celles qui, en le touchant, s' appuient conjointement sur lui * . Or, celles qui appuient conjointement sur le bateau, et le batelier ensemble , sont cent fois })lus petits que tout le bateau. Il est donc visible, par l'explication que M. Descartes donne dans cet article sur la difficulté que nous avons de rompre un cloii entre nos mains, qu'un petit corps est capable d'en agiter un beaucoup plus grand que luiâ. Car enfin nos mains ne sont pas si fluides que de Teau; et lorsque nous voulons rompre un clou , il y a plus de parties jointes ensemble qui agissent conjointement dans nos mains que dans l'eau qui pousse un bateau.
Mais voici une expérience plus sensible. Si l'on prend un ais bien uni , ou quelque autre plan extrêmement dur, que l'on y enfonce un clou à moitié , et que l'on donne à ce plan quelque peu d'mclination. Je dis que, si l'on met une barre de fer cent nulle fois plus grosse que ce clou, un pouce ou deux au-dessus de |iii, et qu'on la laisse glisser, ce clou ne se rompra point ^. Et il faut cependant remarquer que, selon M. Descartes, toutes les parties de la barre appuient et agissent conjointement sur ce clou, car cette barre est dure et solide». Si donc il n'y avait point d'autre ciment que le repos pour unir les parties qui composent le clou , la barrQ de fer étant cent mille fois plus grosse que le clou, devrait, selon la cinquième règle de M. Descartes et selon la raison, communiquer quelque peu de son mouvement à la partie du clou qu'elle choquerait, c'est-à-dire le rompre et passer outre, quand môme omette barre glisserait par un mouvement très-lent. Ainsi, il faut chercber une autre cause que le repos des parties pour rendre les corps durs ou capables de résister à l'effort que Ion fait, lorsqu'on les veut rompre, puisque le repos n'a point de force pour résister au mouvement, et je crois ([ue ces expériences suffisent pour fairt connaître que les preuves abstraites que nous avons apportées ne sont point fausses.
H faut donc examiner la troisième chose que nous avons dite auparavant pouvoir être la cause de l'union étroite qui se trouve entre les parties des corps durs ; savoir, une matière invisible qui les environne , laquelle étant extrêmement agitée , pousse avec beaucoup de violence les parties extérieures et intérieures de ces
1. Principps rfr Doncarles. socoiulo partie, art. 63. — 2. Art. 01. — 3. Art. fi.S.
— 4. Art. r>().
DE LA MÉTHODE. — U* PARTIE. - 5t5
Gorpft, et les comprime ajn«i de telle aorte, que pour les iéparer il faut avoir plus de force que n'en a cett« maiière invisible» laquelle e^t extrômewent agitée.
Il «omble que je puis conclure que l'union d^ parties, dont le» corps dur$ 9ont con)po$és, dépend de la matière iubtile qui les environne et qui les comprime , puisque les' deui^ autres choses que Ton peut penser être les causes de cette union , ne le sont vérita^ blemeni point comme nous venons de voir. Car, puisque je trouve de I9 résistance à rompre un morceau de fer, et que cette réù"stance ne vient point du fer ni de la volonté de Dieu, comme je crois ravoir prouvé, il faut nécessairement qu elle vienne de queU que matière invisible, qui ne peut être autre que celle qui l'envi-' ropne immédiatement et qui le comprime. Tes^plique et je prouve ce sentiment*.
Lorsqu'on prend une boule de quelque métal, creuse au de«n dans et coupée en deux hémisphères, que l'on joéat ces deux hémt-* sphères en collant une petite bandç de cire à l'endroit de leur union, et que l'on en tire l'air; l'expérience apprend que ees deux hémisphère^ ^ joignent l'une à l'autre de telle aorlo que plusieurs chevaux, que l'on y attelle par le moyen de quelques boude», lea uns d'un c6té les autres de l'autre, ne peuvent les séparer, suppléé que les hémisphères soient grandes à proportion du nombre des chevaux. Cependant, si l'on y leisse rentrer l'air, une seule per^ sonne les sépare sans aucune difficulté. II est facile de conclupe de cette espériencQ que ce qui unissait si fortement ces deux hémi"? sphères l'une avec l'autre , venait de ce qu'étant comprimées à leur surface extérieure et convexe par l'air qui les environnait, elles ne l'étaient point en même temps dans leur surface concave et intérieure. De sorte que l'action des chevaux qui tiraient les deuis hémisphères de deux côtés, ne pouvait pas vaincre l'effort d'une infinité de petites parties d'air qui leur résistaient en pressant ces deux hémisphères. Mais la moindre force est capable de les sépa-» rer, lorsque l'air étant rentré dans la sphère de cuivre, pousse les surfaces concaves et intérieures, autant que l'air de de^rs presse les surfaces extérieures et convexes.
Que si au contraire on prend une vessie de carpe et qu'on la mette dans un vase dont on tire l'air, cette vessie étant pleine d'air crève et se rompt, parce qu'alors il ny a point d'air au dehors de la vessie qui résiste à celui qui est dedans. C'est eacoro pour cela que deux plans de verre ou de marbre ayant été usés les uns sur les autres, se joignent, en sorte qu'on sent de la résistance
J, Voyez les Erpi^rimcn de Magdebmirî?, d'Otton. de nuerirke, liv, 3.
5§« LIVRE SÏXlî'ME.
il les a^parrr m nn^eiiR, j»arce i\\m ces deux parties dé marbre sont pressées et coniprîméos par Taîr de dehors qui les environne, et ne sont point si Tort poussées \mt le dedans. Je pourrais apporter une ûdinité d autres expériences [mur prouver que l'air grossier qui uppuie sur les corjis qu'il environne unit fortement leurs parties; mais ce que j"ai dit sujïil pour ej;pliquer nettement ma pensif sur la question présente,
le dis donc que ce qui fait fpie leâ parties des corps durs, ei de CCS petits liens dont jai parle au para vaut j sont si fart unies le unes avec les autres, c'est qu'il y a d autres petits corps au delio5 intiniment plus agités que Fuir grosaierque nous rCî^pirons, quile^ poussent et qui les compriment, et que ce qui fait que nous avons de la peine à les séparer n'est pas leur repos, mais l'agitation cte res pelils corps qui les environnent et qui îes compriûient. De fiorte que ce qui résiste au mouvement n'est pas le repos, qui n'en est que la privation et (jui n'a de soi aucune force , mais quelque mouvement contraire qu'il fant vaincre.
Cette simple exposition de mon sentiment parait peut-être raisonnable; néanmoins je prévois bien que plusieurs personnes auront beaucoïït" de peine a y entrer* Les corps durs font une ai grande impression sur nos sens lorsqu'ils nous frappent, ou que nous faisons elïbrt pour les rompre, que nous sommes portés à croire que leurs parties sont unies bien plus étroitement qu'elle ne le sont vn elle t. Et au contraire les petits corps que j'ai diLs 1^ environner, auxqnek j'ai donné la force de pouvoir causer c€tle imion, ne faisant aucune impression sur nos sens, semblent être trop faibles pour produire un effet si sensible.
Mais, pour détruire ce préjugé qui n'est fondé que sur les impressions de nos sens, et sur la diflit ulté que m)us avons d'imaginer des corps pins petits et pkis ùgitéB que ceux que nous voyons lou^i les jours, îl faut run^idérer que la dureté des corps ne se doitpôfi mesurer par rnptïort à nos mains ou aux elTorts que nous somniffî capables de faire, qui sont différents en divers temps* Car enOn, «i la plus grande force des hommes n'était preî^que rien en comparaison de celle de la matière subtile, nous aurions grand tort dr croire que les diamants et les pierres les plus dures ne peuv^nl avoir pour cause de leur dmcté la compression des petits cofp^ trés-agités qui les environnent. Or, on reconnaîtra visiblement qw la force des hommes est Irvs-peu de tbose, si Ton considère qoe la puissance qu'ils ont de mouvoir leur corps en tant de manières, ne vient que d'une tres-pctite fermentation de îeur sang, laqudle r'i\ aiîiïe quelque peu le- p^^titrs [^nrlies el produil ainsi les esprit"
animaux. Car c*6st Tagitalion de ces esprits qui fait la force de notre corps, et qui nous donne le pouvoir de faire ces efforts que nous regardons sans raison comme quelque chose de fort grand et de fort puissant.
Mais il faut bien remarquer que cette fermentation de notre sang n'est qu'une fort petite communication du mouvement de cette matière subtile dont nous venons de parler; car toutes les fermen* talions des corps visibles ne sont que des communications du mou<vement des corps invisibles, puisque tout corps reçoit son agitation de quelque autre. Il ne faut donc pas s'étonner si notre force n'est pas si grande que celle de cette même matière subtile dont nous la recevons. Mais si notre sang se fermentait aussi fort dans notre cœur, que la poudre à canon se fermente et s'agite lorsqu'on y met le feu, c'est-à-dire, si notre sang recevait une communication du mouvement de la matière subtile aussi grande que celle que la poudre à canon reçoit, nous pourrions faire des choses extraordinaires avec assez de facilité, comme rompre du fer, renverser une maison, etc., pourvu que l'on suppose qu'il y eût une proportion convenable entre nos membres et du sang agité de cette sorte. Nous devons donc nous défaire de notre préjugé , et ne nous point imaginer selon l'impression de nos sens, que les parties des corps durs soient si fort unies les unes avec les autres, à cause que nous avons bien de la peine à les rompre.
Que, si nous considérons d'ailleurs les effets du feu dans les mines, dans la pesanteur des corps, et dans plusieurs autres effets de la nature, qui n'ont point d'autre cause que l'agitation de ces corps invisibles, comme M. Descartes l'a prouvé en plusieurs endroits, nous reconnaîtrons manifestement qu'il n'est point au-dessus de leur force d'unir et de comprimer ensemble les parties des corps durs aussi fortement qu'elles le font. Car enfin , je ne crains point de dire qu'un boulet de canon , dont le mouvement parait si extraordinaire, ne reçoit pas même la millième partie du mouvement de la matière subtile qui l'environne.
On ne doutera pas de ce que j'avance si l'on considère premièrement , que la poudre à canon ne s'enflamme pas toute , ni dans le même instant ; secondement , que quand elle prendrait feu toute et dans le même instant , elle nage fort peu de temps dans la matière subtile : or, les corps qui nagent très-peu de temps dans les autres n'en peuvent pas recevoir beaucoup de mouvement, comme on le peut voir dans les bateaux qu'on abandonne au cours de l'eau, lesquels ne reçoivent que peu à peu leur mouvement. En troisième lieu, et principalement, parce que chaque partie de la pou-
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(Iro no peut rercvoir que le mouvement auquel la malière subtile s'accorde; car l'eau ne communique au bateau que le mouvement direct qui est commun à toutes les parties, et ce mouvement là est d'ordinaire très-petit par rapport aux autres.
Je pourrais encore prouver la grandeur du mouvement de la matière subtile à ceux (jui reçoivent les principes de M. Descartes, par le mouvement de la terre et la pesanteur des corps , et je tirerais même de là des preuves assez certaines et assez exactes, mais cela n'est pas nécessaire à mon sujet. Il suffit, afin que, sans avoir vu les ouvrages de M. Descartes, on ait une preuve suffisante de l'a^iitation de la matière subtile, que je donne pour cause de la dureté des corps, il suffit, dis-je, de lire avec quelque application ce que j'en ai déjà dit.
fttant donc présentement délivrés des préjugés qui nous portaient à croire que nos efforts sont bien puissants, et que celui de la matière subtile qui environne les corps durs et qui les comprime eM fort faible, étant d'ailleurs persuadés de l'agitation violente de celte matière par les choses que j'ai dites de la poudre à canon; il ne sera pas difficile de voir qu'il est absolument nécessaire que cette matière , agissant inliniment plus sur la surface des corps durs qu'elle environne et qu'elle comprime , qu'au dedans des mêmes corps, elle doit être cause de leur dureté ou de cette résistance que nous sentons lorsque nous nous efforçons de les rompre.
Or, comme il y a toujours beaucoup de parties de cette matière invisible qui passe par les pores des corps durs, elles ne les rendent pas seulement durs comme nous venons d'expliquer, mais de plus elles sont causes qu'il y en a quelques-uns qui font ressort et se redressent, d'autres qui demeurent ployés, d'autres qui sont fluides et liquides; et enfin, elles sont cause non-seulement de la force que les parties des corps durs ont pour demeurer les unes auprès des autres, mais aussi de celle que les parties des corps fluides ont de s'en séparer, c'est-à-dire que c'est elle qui rend quelques corfis durs, et quelques autres fluides; durs, lorsque leurs parties se touchent immédiatement; fluides, lorsque leurs parties ne se touchent point. ■
Mais , parce qu'il est absolument nécessaire de savoir distinctement la physique de M. Descartes, la figure de ses éléments et des parties qui composent les corps particuliers , pour rendre raison d'où vient que de certains corps sont roides, et que quelques autres sont pliants, je ne m'arrêterai point à l'expliquer. Ceux qui ont lu les ouvrages de ce philosophe, imagineront assez facilement ce qui peut en être la cause , ce que je ne pourrais expliquer que
très-difficilement; et ceux qui ue savent pas le même auteur^ n'entendraient que confusément les raisons que je pourrais en »p-^ porter.
Je ne m*arrêterai point aussi à résoudre un très-grand nombre . de difficultés que je prévois pouvoir être faites contre ce que jô viens d'établir, parce que, si ceux qui les font n'ont point de coo^ naissance de la véritable physique, je ne ferais que les ennuyer et les fâcher au lieu de les satisfaire ; mais si ce sont des personnes éclairées, leurs* objections étant très-fortes, je ne pourrais y ré-^ pondre qu'avec un grand nombre de figures et de longs discours. De sorte que je crois devoir prier ceux qui trouveront quelque difficulté dans les choses que je viens de dire, de relire avec plus dé soin ce chapitr'e^^ar j'espère que s'ils le lisent et s'ils le méditent comme il faut , toutes leurs objections s'évanouiront ; mais enfin , s'ils trouvent que ma prière soit incommode, qu'ils se reposent, car il n'y a pas grand danger d'ignorer la cause de la dureté des corps.
Je ne parle point ici de la contigmté , car il est visible que les choses contiguës se touchent si peu, qu'il y a toujours beaucoup de matière subtile qui passe entre elles, et qui faisant eiort pour con* tinuer son mouvement en ligne droite les empêche de s'unir.
Pour l'union qui se trouve entre deux marbres qui ont été polia l'un sur l'autre, je l'ai expliquée; et il est facile de voir que, quoi- ({ue la matière subtile passe toujours entre ces deux parties si unies qu'elles soient, l'air n'y peut passer, et qu'ainsi c'est son poids qui comprime et qui pi^esse ces deux parties de marbre l'une sur l'autre , et qui fait qu'on a quelque peine à les désunir , si l'on ne les fait glisser de travers.
Il est visible de tout ceci que la continuité , la contiguïté et l'Union des deux marbres ne seraient que la même chose dans l0 vide , car nous n'en avons point aussi d'idées différentes , de sorte que c'est dire ce qu'on n'entend point que de les faire différer ab-» solumènt, et non par rapport aux corps qui les environnent.
Voici présentement quelques réflexions sur le sentiment de M. Descartes , et sur l'origine de son erreur. J'appelle son sentiment une erreur, parce que je ne trouve aucun moyen de défendre ce qu'il dit des règles du mouvement , et de la cause de la dureté des corps vers la fin de la seconde partie de ses Principes en plusieurs endroits, et qu'il me semble avoir assez prouvé la vérité d» sentiment qui lui est contraire.
Ce grand homme concevant très-distinctçment que la matière ne peut pas se mouvoir par elle-même , et (juc la force mouvante
600 t.lVRE sixn-ME.
niituivile (11^ Iciy^ k»?i corpi» h'cbI îititrL* chOî^c (]U0 la volonté gêuéralo de Itiuteur dt- la naUire , et qu'ainsi la connu a ni cation ries njouvemetiLs û^s ror[}s â leur rencontre maluelle ne peut venir que dv. eette mùme volonlt% il s"est laissé aller à cette pensée qu'on ne poavail donner les régies de la différente communication de^mouveinentïî que par la proportion qui se trouve entre les difTérentes grandeurs des corps qm se choqvfent, puisqu'il n'est pas possible de pénétrer les desaein^ et la volonté de Dieu : et parce .qu'il a jugé qae dia([iie cho&e avait de la force pour deiuenrer dan:^ Tétai ou elle était, suit qu'elle lut en uuuivenierd, ^oit qn'ellc fût en repos, a cause que FHeu , dont la volonté fait cette force , agit toujonrs d? la même manière , il si conclu que le retïos avait autant de force ipie le mouvement: aisisi, il a mesuré les eiïels Je la force du re* pDs par la ^^randeur du coi"p?v en rej)Os ^ coumie cens de la force du mouvHnent. ce qui lui a fnit donmH^ les règles de la communication du mouvenierit <[nï sont dans ses Pnmfpes^ et la cause delà dureté des corps que j ai taclio de réfuter.
Il est assez ditlk'ile de ne se point rendre a ropinion de M, De?cart*?:*, quand on Tenvi^age du même eélé que kii ; car, encore une foie, puisque la coimnanicalîon dêï? mouvements ne vient que de la volonté de rautear de la nature , el que nous voyons que touïi les corps demeurent dans l'état où ils ont été une foi§ mis, soit en nmuvement^ soit en repos, il semble que nous devions chercher les règles de la dînerentc comnmnicalion des inouvemeots a la rencontre des cor^ïs, non dyns la volonté de Dieu r|ui uous est inconnue , nhv.^ dans la proiiortion qui se trouve entre ieâ grande ur:s de ces cor[is.
Je ne m* étonne donc pas de ce que M. Tïescarles a eu celte pensée, mais je nVélonne seulement de ce qu'il ne Ta pas corngée, lui'squ'ayant poussé plus avaiit ses connaissances, Il a reconnu Texiîîtence et quelques effets de ia matière subtile qui environne les corps.
.le suis surpris decoquc^dansTarlicle I3i de la quatiicme partiCt il attribue la force qu'ont certains cor[)s |iOur 35e redresser ;> cette nnUiere subtile, et que dans les articles 55 et 13 de la deuxième ïtartie et ailleurs, il ne lui attribue p^s leur dureté, ou îa résistance qu'ils font lorsqu'on locbc de les ployer el de les rompre, mais ^eu* lement au refios de leurs parlics* It me paraît évident que la cause qui rcdre.i?^ et qui rend roidôs certains cor[is, est la même que celle <|ui leiu* lionne la force de résister lor^qu'oîi les vent ron»pre. car enfm la force iju on emploie pour rompre de Tacicr tie djIFérc qn"insen:<îblcment de celle par laquelle un le ploie.
Je ne veux point apporter ici beaucoup de raisons que l'on peut dire pour prouver ces choses , ni répondre à quelques difficultés qu*on pourrait former sur ce qu'il y a des corps durs qui ne font point sensiblement ressort, et que l'on a cependant quelque difficulté à ployer; car il suffit, pour faire évanouir ces difficultés, de considérer que la matière subtile ne peut pas facilement se faire des chemins nouveaux dans les corps qui se rompent lorsqu'on les ploie , comme dans le verre et dans l'acier trempé , et' qu'elle le peut plus facilement dans les corps qui sont composés de parties branchues et qui ne sont point cassants , comme dans l'or et dans le plomb, et qu'enfin il n'y a aucun corps dur qui ne fasse quelque peu de ressort.
11 est assez difficile de se persuader que M. Descartes ait cru positivement que la cause de la dureté fût différente de celle qui fait le ressort ; et ce qui paraît plus vraisemblable, c'est qu'il n'a pas fait assez de réflexion sur cette matière. Quand on a médité long-temps sur quelque sujet et que l'on s'est satisfait sur les choses que l'on voulait savoir, souvent on n'y pense plus. On croit que les pensées que l'on en a eues sont des vérités incontestables qu'il est inutile d'examiner davantage. Mais il y a dans l'homme tant de choses qui le dégoûtent de l'application , qui le portent à des consentements trop précipités et qui le rendent sujet à l'erreur, qu'encore que l'esprit demeure apparemment satisfait, il n'est pas toujours bien informé de la vérité. M. Descartes était homme comme nous; on ne vit jamais plus de solidité, plus de justesse, plus d'étendue et plus de pénétration d'esprit que celle qui paraît dans ses ouvrages; je Tavoue, mais il n'était pas infaillible. Ainsi, il y a apparence qu'il est demeuré si fort persuadé de son sentiment , qu'il n'a pas fait réflexion qu'il assurait quelque chose dans la suite de ses Principes qui y était contraire. Il l'avait appuyé sur des raisons très-spécieuses et très-vraisemblables ; mais telles cependant qu'il n'était point comme forcé par elles de s'y rendre. Il pouvait encore suspendre son jugement, et par conséquent il le devait. Il ne suffisait pas d'examiner dans un corps dur ce qui peut y être qui le rende tel, il devait aussi penser aux corps invisibles qui peuvent le rendre dur, comme il y a pensé à la fin de se&' Principes de philosophie, lorsqu'il leur attribue la cause du ressort; il devait faire une division exacte et qui comprît tout ce qui pouvait contribuer à la dureté des corps. Il ne suffisait pas encore d'en chercher la cause dans la volonté de Dieu; il fallait aussi penser à la matière subtile qui les environne. Car quoique l'existence de cette matière extrêmement agitée ne fût pas encore II. 51
602 IJVRE SIXIEME.
prouvée dans l'endroit de ses Principes j où il parle de la dureté; elle n'était pas aussi rejetée : il devait donc suspendre son jugement et se bien ressouvenir qiie ce qu'il écrivait de la cause de la. dureté des règles du mouvement, devait être revu tout de nouveau, ce que je crois qu'il n'a pas fait avec assez de soin. Ou bien il n'a iras assez considéré la véritable raison d'une chose qu'il est trèsfacile de reconnaître, et qui cependant est de la dernière conséquence dans la physique; je l'explique.
M. Descartes savait bien que pour soutenir son système de la vérité duquel il ne pouvait peut-être pas douter, ifétait absolument nécessaire que les grands corps communiquassent toujours de leur mouvement aux petits qu'ils rencontreraient et que les petits rejaillissent à la rencontre des plus grands, sans une perte pareille du leur. Car sans cela le premier élément n'aurait pas tout le mouvement qu'il est nécessaire qu'il ait par-dessus le secx)nd, ni le. second par-dessus le troisième; et tout son système serait absolument faux , comme le savent assez ceux qui l'ont un peu médité. Mais en supposant que le repos ait force pour résister au mouvement et qu'un grand corps en repos ne puisse être remué par on autre plus petit que lui , quoiqu'il le heurte avec une agitation filrieuse ; il est visible que les grands corps doivent avoir beaucoup moins de mouvement qu'un pareil volume de plus petits, puisqu'ils peuvent toujours, selon cette supposition, communiquer celui qu'ils ont, et qu'ils n'en peuvent pas toujours recevoir des plus petits. Ainsi, cette supposition n'étant point contraire à tout ce que M. Descartes avait dit dans ses principes depuis le commencement jusqu'à l'établissement de ses règles du mouvement, et s'accommodant fort bien avec la suite de ces mêmes principes, il croyait que les règles du mouvement qu'il pensait avoir démontrées dans leur cause étaient encore suffisamment confirmées par leurs effets.
Je tombe d'accord avec M. Descartes du fond de la chose que les grands corps communiquent beaucoup plus facilement leur mouvement que les petits, et qu'ainsi son premier élément est plu5 agité que le second, et le second que le troisième. Mais la cause en est claire sans avoir égard à sa supposition. Les petits corps et les corps fluides, l'eau, l'air, etc., ne peuvent coUfimuniquer à de grantfe corps que leur mouvement uniforme et commuft à toutes leurs parties; l'eau d'une rivière ne peut communiquer à un bateau que te mouvement de la descente qui est commun à toutes les petites partie? dont l'eau est composée, et chacune de ces petites parties, outre ce mouvement commun, en a encore une infinité d'autres particuliers. Ainsi, il est visible par celte raison (pr uii bateatf, par exeirtj»te, ne
peut jamais avoir aatpiu (ïe niouvemfiiU qu'un égal volume d eau, puisque le bateau ne peut recevoir de Teau qqe le wouveroent difr rect et comniun k toutes les parties qui la composeat. Si vingt parties d'un porps fluide poussent quelque corps d'un côté, il y en a 9ut^nt qui le poussent de l'autre; il demeure donc immobile et tQut^s les petites parties du corp$ fluide d^m^ lequel il nage rejaillisspnt san§ rien perdre de leur mouvement, Ainsi, les corps grossiers et dont |e^ parties sont unie3 les unes avec les ^utrçs ne peuvent recevoir que le mouvement circulaire et uniforme du tourbillon de la matière subtile qui les environne.
Jl me semble que cette raisçn sujat pour fair^ (çpmprepdre que Ie§ corps grossier^ m sont ppint ^i agités qu(^ l^s petiu et qu'il n'ei^t point nécessaire pour expliquer ces çbose,^ d© supposer que le repos ait quelque force pour résister au mouvement. La C-ertitude des principes de la philosophie do M. Descartes ne peut donc servir de pr»uya pour défendre ses règles du mouvement; et il y a lieu de croire que si M, Descartes lui^méine avait examiné de nouveau ^es Principes san^ préoccupation et en pesant de» rai&ons semblables a pell^que j'^i dites, Il n'aurait pas cru que les effets de la nature eussent confirmé ses régies et ne serait pas tombé dans l^ contra^^ diction, en attribuant la dureté dos corps durs ^ulement au repos dp leurs parties, et leur ressort à TeflEort de la matière subtile.
POPJCLUSION PES TROIS D^BNlBaS I^IYR^S,
J'ai, ce mQ semble, aa»^ fait voir, dans le quatrième et cinr quième livre, que les inclinations naturelle» et l«ft passions dei hommes lea font souvent tomber Mm l'erreur, parce qu'allai ne les j^orteot pas tant à examinar les choses avec »oin, qu'à en juger avee précipitation.
Dans le quatrième livre, j'ai montré quo l'inclinaiion pour la bien «n général est cause de l'inquiétude de la volonté, que Tia-^ quiétude de la volonté met Tesprlt dans une agitation continuelle , et qu'un esprit incessamment agité est entièrement incapable de découvrir les vérités un peu cachées ; que Tamour des choses nou*^ velles et extraordinaires oous préoccupe souvent en letir faveur, et que tout ce qui portp le caractère de l'infini est capable d'é«f hlouir uotpe imaginatioD et de nous séduire. J'ai expliqué comment rincjiaatiûn que nous avons pour la grandeur, l'élévation etl'in^ dépendcjnce nous engage insensiblement dans la fausse érudition , ou dans l'étude de toutes oes scienoee vaines et inutiles qui flai-p
lent notre orgueil secret, parce qu'elles nous font admirer du commun des hommes. J'ai montré que l'inclination pour les plaisirs détourne sans cesse la vue de l'esprit de la contemplation des vérités abstraites, qui sont les plus simples et les plus fécondes, et qu'elle ne lui permet pas de considérer aucune chose avec assez d'attention et de désintéressement pour en bien juger; que les plaisirs étant des manières d'être de notre âme , ils partagent nécessairement la capacité de l'esprit, et qu'un esprit partagé ne peut pleinement comprendre ce qui a quelque étendue. Enfin j'ai fait voir que le rapport et l'union naturelle que nous avons avec tous ceux avec qui nous vivons est l'occasion de beaucoup d'erreurs dans lesquelles nous tombons, et que nous communiquons aux autres , comme les autres nous communiquent celles dans lesquelles ils sont tombés.
Dans le cinquième , en tâchant de donner quelque idée de nos passions, j'ai ce me semble assez fait voir qu'elles sont établies pour nous unir à toutes les choses sensibles , et pour nous faire prendre parmi elles la disposition que nous devons avoir pour-leur conservation et pour la nôtre ; que de même que nos sens nous unissent à notre corps et répandent pour ainsi dire notre âme dans toutes les parties qui le composent, ainsi nos émotions nous font comme sortir hors de nous-mêmes, pour nous répandre dans tout ce qui nous environne; qu'enfin elles nous représentent sans cesse les choses, non selon ce qu'elles sont en elles-mêmes pour former des jugements de vérité, mais selon le rapport qu'elles ont avec nous, pour former des jugements utiles à la conservation de notre être et de ceux avec lesquels nous sommes unis ou par la nature ou par notre volonté.
Après avoir essayé de découvrir les erreurs dans leurs causes, et de délivrer l'esprit des préjugés auxquels il est sujet, j'ai cru qu'enfin il était temps de le préparer à la recherche de la vérité. Ainsi j'ai expliqué dans le sixième livre les moyens qui me semblent les plus naturels pour augmenter l'attention et l'étendue de l'esprit, en montrant l'usage que l'on peut faire de ses sens, de ses passions et de son imagination , pour lui donner toute la force et toute la pénétration dont il est capable. Ensuite j'ai établi certaines régies qu'il faut nécessairement observer pour découvrir quelque vérité que ce soit; je lésai expliquées par plusieurs exemples pour les rendre plus sensibles, et j'ai choisi ceux qui m'ont paru les plus utiles ou qui renfermaient des vérités plus fécondes et plus générales, afin qu'on les lût avec plus d'application, et qu'on se les rendît plus sensibles ot pins famifières.
D£ LA MÉTHODE. - II* PARTIE. 6f5
Peut-être qu'on reconnaîtra par cet essai de méthode la nécessité qu'il y a de ne raisonner que sur des idées claires et évidentes , et dont on est intérieurement convaincu que toutes les nations en conviennent , et de ne passer jamais aux choses composées avant que d'avoir suffisamment examiné les simples dont elles dépendent.
Que si l'on considère qu'Aristote et ses sectateurs n'ont point observé les règles que j'ai expliquées, comme l'on en doit être convaincu , tant par les preuves que j'en ai apportées que par la connaissance des opinions des plus zélés défenseurs de ce philosophe , peut-être qu'on méprisera sa doctrine , malgré toutes les impressions avantageuses que nous en donnent ceux qui se laissent étourdir par des mots qu'ils n'entendent point.
Mais si l'on prend garde à la manière de philosopher de M. Descartes^ on ne pourra douter de sa solidité; car j'ai suffisamment montré qu'il ne raisonne que sur des idées claires et évidentes , et qu'il commence par les choses les plus simples avant que de passer aux plus composées qui en dépendent. Ceux qui Uront les ouvrages de ce savant homme se convaincront pleinement de ce que je dis de lui , pourvu qu'ils les lisent avec toute l'application nécessaire pour les comprendre , et ils sentiront une secrète joie d'être nés dans un siècle et dans un pays assez heureux pour nous délivrer de la peine d'aller chercher dans les siècles passés parmi les païens, et dans les extrémités de la terre parmi les barbares ou les étrangers, un docteur pour nous instruire de la vérité, ou plutôt un moniteur assez fidèle pour nous disposer à en être instiniits.
Néanmoins , comme on ne doit pa$ se mettre fort en peine de savoir les opinions des hommes , quand même on serait convaincu d'ailleurs qu'ils auraient découvert la vérité, je serais bien fâché que l'estime que je parais avoir ici pour M. Descartes préoccupât personne en sa faveur, et que l'on- se contentât de lire et de retenir ses opinicms, sans se soucier d'être éclairé de la lumière de la vérité. Ce serait alors préférer l'homme à Dieu^ le consulter à la place de Dieu , et se contenter des réponses obscures d'un philosophe qui ne nous éclaire point, pour éviter la peine qu'il y a d'interroger par la méditation celui qui nous répond et qui nous éclaire tout ensemble.
C'est une chose indigne que de se rendre partisan de quelque seda que ce soit, et que d'en regarder les auteurs comme s'ils étaient infaillibles. Aussi M. Descartes, voulant plutôt rendre les hommes disciples de la vérité que sectateurs entêtés de ses sen-
timenls, avoriit expressément : Q^'on îi ajoute point du lOMl/efà ce qu'il a éerii , et qu'on nen reçoim quê ce que la force et l'évite de la rmson pourra oontimndre d'en croire K II ne veut pasi, Cdmm quelques philosophes, qu'on le croie sur sa parole; il se aouvieRl toujours qu'il est homme, et que ne répandant la lumière que par réflexion , il doit tourner les esprits de ceux qui veulent être édairés comme lui vers la raison souveraine , qui seule peut les r«9(|re plus parfaits par le don de l'intelligence.
La principale utilité que l'on pçut tirer de rapplication à l'étude est de se rendre l'esprit plus juste , plu^ éclairé , plus pénétrant et plus propre à découvrir toutes les vérités que l'on souhaite de savoir. Mais ceux qui lisent les philosophes pour en reteoip le3 opinions et pour les débiter aux autres, ne s'approchent point de Celui qui est la vie et la nourriture de l'âme ; leur esprit s'affaiblit et s'aveugle par le commerce qu'ils ont avec ceux qui ne peuvent ni les éclairer ni les fortifier ; ils se remplissent d'une fausse éru^; dition dont le poids les accable et dont l'éclat les éblouit; çt i'im^ ginant devenir fort savants lorsqu'ils se remplissent la tète des opinions des anciens philosophes, ils ne font pas réûe^^ioa qu'ils se pendent disciples de ceux que saint Paul dit ôtre devenu» /ous en s' attribuant la nom de sages : Digentes se esse sapientes^ stulH faoti sunt.
La méthode que j'ai donnée peut, cerne semble, beaucoup «ervir à ceux qui veulent faire usage de leur raison, ou recevoir dt Pi^ les réponses qu'il donne à tous ceux qui savent bien rintar^oger i car je crois avoir dit les principale* choses qui peuvent fortifier el conduire l'attention de l'esprit, laquelle est la prière naturelle que Ton fait au véritable maître de tous les homme» pour eo pewvoir quelque instruction.
Mais comme cette voie naturelle de pechercher Isi vérité est fert pénible, et qu'elle n'est ordiniiirement utili que pour résoudre dei questions de peu d'usage, et dont la (xmn^isiance sert plus sou^ vent à flatter notre orgueil qu'à perfectionner notrç esprit, jecroi»i pour finir utilement cet ouvrage, devoir diro que la méthode l9 plus courte et la plus assurée pour découvrir la vérité, et pour s'unir à Dieu de la manière la plus pure et li plu» parfaite qui se puisse, c'est de vivre ^n véritable chrétien; o'esl de suivre exac* tement les préceptes de la vérité éternelle, qui no s'o^ unii avec nous que pour nous réunir avec elle; c'est d'éoonlor plutôt notre foi que notre raison , et tendre à Dieu , nofi tant par nul forces naturelles, qui depuis le péché sont toutes ldnguifi»antei, oj»
l, A la fin de ses Prinn'pfls,
HE LA MÉTHODE. — II- t»ARTIK. 607
par le secours de la foi , par laquelle seule Dieu veut nous conduire dans cette lumière immense de la vérité qui dissipera toutes nos ténèbres; car enfin il vaut beaucoup mieux, comme les gens de bien, passer quelques années dans Tiguorance de certaines choses et se trouver en un moment éclairés pour toujours , que d'acquérir par les voies naturelles avec beaucoup d'application et de peine une science fort imparfaite, et qui nous laisse dans les ténèbres pendant toute l'éternité.