Vuy, les l^chiifcisacmcHls
DES SENS. yj
on voit, par exemple, de la lumière , il est très-certain que l'on voit de la lumière ; quand on sent de la chaleur, on ne se trompe point de croire que l'on en sent, soit devant ou après le péché. Mais on se trompe quand on juge que la chaleur que l'on sent est hors de l'âme qui la sent, comme nous expliquerons dans la suite.
Les sens ne nous jetteraient donc point dans l'erreur si nous faisions bon usage de notre liberté, et si nous ne nous servions point de leur rapport pour juger des choses avec trop de précipitation. Mais parce qu'il est très-difficile de s'en empêcher, et que nous y sommes quasi contraints à cause de l'étroite union de notre âme avec notre corps, voici de quelle manière nous nous devons conduire dans leur usage pour ne point tomber dans Terreur.
III. Nous devons observer exactement cette règle de ne juger jamais par les sens de ce que les choses sont en elles-mêmes , mais seulement rfu rapport qu'elles ont avec notre corps, parce qu'en effet ils ne nous sont point donnés pour copnaitre la vérité des choses en elles-mêmes, mais seulement pour la conservation de notre corps.
Mais afin qu'on se délivre tout à fait de la facilité et de Tinclination que l'on a à suivre ses sens dans la recherche de la vé^ rite, on va faire dans les chapitres suivants une déduction des principales et des plus générales erreurs où ils nous jettent, et l'on reconnaîtra manifestement la vérité de ce que l'on vient d'avancer.