Ch. 2 vi 3 de Pallio
2. Multos etiuni vidi postquum bene sestuasscnt ut eum îisseqnerentur, nilii! pra»ter sudoreiu et inancm unimi lati^ulioncniluc ratos, abcjasicctione discc5.^is><^'- Sic qui scotinub hubgri, vidcrique diguub qui hue cognomcutum haberct, voluu.
che avec la même assurance que s'il savait où il est et où il va. Pourvu qu'il fasse de grands pas, des pas figurés, et dans une juste cadence, il s'imagine qu'il avance beaucoup ; mais il ressemble à ceux qui dansent, qui finissent toujours où ils ont commencé.
Il faul bien distinguer la force et la beauté des paroles, de la force et de l'évidence des raisons. Il y a sans doute beaucoup de force et quelque beauté dans les paroles de Sénèque, mais il y a tres-peu de force et d'évidence dans ses raisons. II donne par la force de son imagination un certain tour à ses paroles, qui touche, qui agite et qui persuade par impression; mais il ne leur donne pas cette netteté et cette lumière pure qui éclaire et qui persuade par évidence. Il convainc parce qu'il énieut et parce qu'il plaît ; mais je ne crois pas qu'il lui arrive de persuader ceux qui le peuvent lire de sang-froid , qui prennent garde à la surprise , et qui ont coutume de ne se rendre qu'à la clarté et à l'évidence des raisons. En un mot, pourvu qu'il parle et qu'il parle bien, il se met peu en peine de ce qu'il dit, comme si on pouvait bien parler sans savoir ce qu'on dit; et ainsi il persuade sans que l'on sache souvent ni de quoi ni comment on est persuadé, comme si on devait jamais se laisser persuader de quelque chose sans la concevoir distinctement, et sans avoir examiné les preuves qui la démontrent.
Qu'y a-t-il de plus pompeux et de plus magnifique que l'idée qu'il nous donne de son sage , mais qu'y a-t-il au fond de plus vain et de plus imaginaire? Le portrait qu'il fait de Galon est trop beau pour être naturel : ce n'est que du fard et que du plâtre qui ne donne dans la vue que de ceux qui n'étudient et qui ne connaissent pas la nature. Caton était un homme sujet à la misère des hommes ; il n'était point invulnérable, c'est une idée; ceux qui le frappaient le blessaient. 11 n'avait ni la dureté du diamant, que le fer ne peut briser, ni la fermeté des rochers, que les flots ne peuvent ébranler, comme Sénèque le prétend. En un mot, il n'était point insensible; et le même Sénèque se trouve obligé d'en tomber d'accord, lorsque son imagination s'est un peu refroidie, et qu'il fait davantage de réflexion à ce qu'il dit.
Mais quoi donc, n'accordera-t-il pas que son sage peut devenir misérable, puisqu'il accorde qu'il n'est pas insensible à la douleur? Non, sans doute, la douleur ne touche pas son sage ; la crainte de la douleur ne l'inquiète pas : son sage est au-dessus de la fortune et de la malice des hommes ; ils ne sont pas capables de l'inquiéter.
adeo quod volnit à scmetipso impetravit, et cfficcre id qnod optabat valait, ut liquide jurare ausim neminem ad hoc tempus cxtitissc; qui possit jurare hune libcUum a capite ad calcem iisque totum a se non minus bene intcllcctum quam lectum. Salm. in epist. ded. Comm. in Terl,
in LIVRE DKLXIKMË.
11 n'y a point de murailles et de tours dans les plus fortes places (jue les béliers et les autres machines ne fassent trembler et ne renversent avec le temps, mais il n'y a point de machines assez puissantes pour ébranler l'esprit de son sage. Ne lui comparez pas les murs de Babylone, qu'Alexandre a forcés ; ni ceux de Carthage et deNumance, qu'un même bras a renversés; ni enfin le Capitole et la citadelle, qui gardent encore à présent des marques que les ennemis s'en sont rendus les maîtres. Les flèches que l'on tire contre le soleil ne montent pas jusqu'à lui. Les sacrilèges que l'on commet lorsque l'on renverse les temples et qu'on en brise les images ne nuisent pas à la divinité. Les dieux mômes peuvent être accablés sous les ruines de leurs temples, mais son sage n'en sera pas accablé: ou plutôt, s'il en est accablé, il n'est pas possible qu'il en soit blessé.
Mais ne croyez pas, dit Sénèque, que ce sage que je vous dépeins ne se trouve nulle part. Ce n'est pas une fiction pour élever sottement l'esprit de l'homme. Ce n'est pas une grande idée sans réalité et sans vérité; peut-être même que Gaton passe cette idée.
Mais il me semble, continue-t-il , que je vois que votre esprit s agite et s'échautfe. Vous voulez dire peut-être que c'est se rendre méprisable que de promettre des choses qu'on ne peut ni croire ni espérer , et que les stoïciens ne font que changer le nom des choses afin de dire les mêmes vérités d'une manière plus grande et plus magnifitjue. Mais vous vous trompez ; je ne prétends pas élever le sage y)ar ces paroles magnifiques et spécieuses , je prétends seulement qu'il est dans un lieu inaccessible et» dans lequel on ne peut le blesser.
Voilà jusqu'où l'imagination vigoureuse de Sénèque emporte sa faible raison. Mais se peut-il faire que des liommes qui sentent continuellement leurs misères et leurs faiblesses puissent tomber dans des sentiments si fiers et si vains? Un homme raisonnable peut-il jamais se persuader que sa douleur ne le touche et ne le blesse pas? et Caton, tout sage et tout fort qu'il était, pouvail-il souffrir sans quelque inquiétude ou au moins sans quelque distraction, je ne dis pas les injures atroces d'un peuple enragé qui le traîne, qui le dépouille et qui le maltraite de coups, mais les piqûres d'une simple mouche? Qu'y a-t-il de plus faible contre des preuves aussi fortes et aussi convaincantes que sont celles de notre propre expérience, que cette belle raison de Sénèque, laquelle est cependant une de ses principales preuves?
Celui (jui blesse, dit-il, doit être plus fort que celui (jui est bles-^o. Le Nice n'est pas plus fort que la \erlu, donc le sage ne |)cut
être blessé ; car il n'y a qu'à répondre, ou que tous les hommes sont pécheurs, et par conséquent dignes de la misère qu'ils souffrent, ce que la religion nous apprend, ou que, si le vice n'est pas plus fort que la vertu , les vicieux peuvent avoir quelquefois plus de force que les gens de bien , comme l'expérience nous le fait connaître.
Épicure avait raison de dire que « les offenses étaient supportables à un homme sage. » Mais Sénèque a tort de dire qpe « les sages ne peuvent pas même être offensés*. » La vertu des stoïques ne pouvait pas les rendre invulnérables, puisque la véritable vertu n'empêche pas qu'on ne soit misérable et digne de compassion dans le temps qu'on souffre quelque mal. Saint Paul et les premiers chrétiens avaient plus de vertu que Galon et les stoïciens. Ils avouaient néanmoins qu'ils étaient misérables par les peines qu'ils enduraient, quoiqu'ils fussent heureux dans l'espérance d'une récompense éternelle. Si tantum in hac vita speranies sumus, mise^ rabiliores 9umus amnibus hominibus, dit saint Paul.
Comme il n'y a que Dieu qui nous puisse donner par sa grâce une véritable et solide vertu, il n'y a aussi que lui qui nous puisse faire jouir d'un bonheur solide et véritable ; mais il ne le promet et ne le donne pas en cette vie. C'est dans Tautre qu*il faut l'espérer de sa justice, comme la récompense des misères qu'on a souffertes pour l'amour de lui. Nous ne sommes pas à présent dans la possession de cette paix et de ce repos que rien ne peut troubler. La grâce même de Jésus-Christ ne nous donne pas une force invincible ; elle nous laisse d'ordinaire sentir notre propre faiblesse , pour nous faire connaître qu'il n'y a rien au monde qui ne nous puisse blesser, et pour nous faire souffrir avec une patience humble et modeste toutes les injures que nous recevons, et non pas avec une patience fière et orgueilleuse, semblable à ta constance du superbe Caton.
Lorsqu'on frappa Caton* au visage, il ne se fâcha point, il ne se vengea point, il ne pardonna point aussi ; mais il nia fièrement qu'on lui eut fait quelque injure. H voulait qu'on le crût infiniment au-dessus deceuxquil'avaientfrappé.Sa patience n'étaitqu'orgueiletquefierlé. £lle était choquante et injurieuse pour ceux qui l'avaient maltraité ; et Caton marquait, par cette patience de stoïque, qu'il regardait ses ennemis comme des bêtes contre lesquelles il est honteux de se mettre en colère. C'est ce mépris de ses ennemis et cette grande estime de soi-même que Séoèque appelle grandeur de courage.
1, Epicunui ait injurias tolerabilcs esse sapienti; no», injunas non eiwe, C. là,