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SO0 MÉDITATIONS CnnÉTIEN^ES•
\m moyen8 avec leur fin. El commo Dieu n'abandonne pas le pre^ mier les justes, et qu'il leur donne la grâce afin qu'ils surmontent les tentations, ils n'en çeraient jamais vaincus. Car enfin Dieu ne pouvant pas ignorer l'usage qu'on fera de sa grâce , ou plutôt ne devant pas agir, comme s'il ne pénétrait pas les cœurs et ne pré-» voyait pas les déterminations futures des volontés, la chute du just^ retomberait %\ir lui en quelque manière. Car on aurait sujet de penser, ou que Dieu n'aurait pas une volonté sincère de sauver, je ne dis pas tous les hommes, je ne dis pas les pécheurs, je dis même les justes, ceux qui me sont unis par la charité; ou qu'il aurait manqué de sagesse, et de prévoyance de n'avoir pas proportionné les moyens à la fin qu'il s'est proposée, sa grâce ne donnant pas toujours auK justes mêmes la victoire contre les tentations.
24. Si Dieu répandait les pluies ordinaires dans le dessein de rendre les terres fécondes, et qu'il agii; par des volontés perticii<^ Hères « il etsl certain qu'elles ne tomberaimit pas sur les sabloûs et dans la mer. Elles ne tomberaient que sur les terres ensemencées ou capables de fécondité, et elles seraient bien mieux réglées qu'elles ue le sont. Or, il est certain que Dieu ne répand sa grâce s|ir les hommes, que pour leur faire porter des fruits dignes d'elle. El; cependant elle tombe souvent dans des cœurs endurcis. Elle est refusée à oeuK qui en feraient bon usage et donnée à d'autres qui la rejettent avec mépris. Elle n'est point proportionnée au besoin ac|.uel de ceux à qui elle est donnpe. Et tel qui reçoit sans fruit une grâce, à cause qu'il est devant l'objet de sa passion, aurait été converti, si cette même grâce lui avait été accordée un moment auparavant. Dieu m donne donc point sa grâce par des volontés particulières, sa sagesse l'en empêche. Car s'il était aussi digne d'une sagesse qui n'a point de bornes, d'agir par des voies compo^ sées, que d'agir par des voies simples, la conduite de Dieu serait une preuve démonstrative qu'il ne veut pas sauver tous les hommes.
25. Ainsi, mon fils, veille sans censé de peur que tu ne sois pas en état de recpvoir utilement la pluie ile la grâce , lorsqu'elle se répandra sur toi» Travaille à défricher les mauvaises herbes que la concupiscence fait croître dans la terre de ton cœur, et n'attends pas que je proportionne mes dons à ta faiblesse et à ta négligence. Sn un mot, agis comme si ton salut dépendait de tes soins et que ma grâce fût très-rare. Car si tu n'es pas disposé à me recevoir lorsque je viendrai te visiter, j'en trouverai d'autres en état de recevoir l'effet de ma bonne volonté; et je les ferai entrer dans l'édi* fiqe spirituel de l'Église pour jouir éternellement de la gloire que j'ai préparée à ceux qui sont vigilants.
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0 Jésus ! Mais c'est vous qui êtes la cause naturelle y occasionnelle ou distributive de la grâce. Que ne la proporlionnez-vous à nos besoins. Quoil ne savez«>vou8 pas toutes nos dispositions et nos faiblesses, et T usage que nous devons faire des grâces que vous nous donnez, et ne voulez-vous pas sauver tous ceux pour lesquels vous êtes mort? Pourquoi laissez*vous tant de nations marcher dans leurs voieS) et d'où vient que vous donnez aux just^ mêmes des grâces que vous savez devoir être inutiles à leur salut?
26. Qui t'a dit S mou fils, que moi en tant qu'homme, en qualité de cause occasioQDelle de la grâce , je doive savoir actuellement toutes les déterminations futures dos volontés , et agir selon cette jûonnaissance? Ce serait agir en Dieu, et non point en homme; il n'y A que Dieu qui, par sa nature, pénètre les cœurs et sache toujours le futur de quelque espèce qu'il soit, contingent ou nécessaire. Jo ne sais, à l'égard de ce qui doit arriver dans le monde, que ce qu'il plaît à mon Père de me révéler. Car quand la capacité de mon âme serait assez étendue pour voir actuellement tout ce que ren*^ ferme le Verbe auquel elle est unie, j'entends le Verbe précisément comme Verbe, le monde n'étant point une émanation nécessaire de la divinité, je ne saurais rien de ce qui se passe, si mon Père ne me découvrait ses volontés, dont les effets sont infinis. Mais dois^je toujours demander à mon Père qu'il me découvre, avant le temps, toutes les suites ou les effets de mes désira? L'ordre le demandel-il? Ne doifr-je pas régler la distribution de la grâce sur le besoin des justes? Qu'est-il nécessaire que je demande toujours à mon Père qu'il me découvre tout le bon ou le mauvais usage que les hommes feront de mes faveurs, avant que je les leur donne? Faut^il que je me règle sur leur négligence future, et que je m'y règle si indispensablement, que jamais la grâce ne soit utile au salut de ceux qui la reçoivent? Car je veux bien que tu saches que j'ai plus d'égard à la faiblesse des hommes que je ne devrais en rigueur, et que je règle en partie» par la connaissance du futur, la distribution de mes grâces.
il. Si tu prétends que je sais actuellement tous les mouvements libres des volontés, pour conclure de là, que je manque d'amour à l'égard des hommes, puisque ma grâce ne les sanctiBe pas tous, sache que tu me fais plus d'injure que si tu bornais indiscrètement mes connaissances ; car il est vrai en un sens qu'elles sont bornées, principalement à l'égard des vérités contingentes : mais
1. Yoy. le Traité de la Nature et de la Grâces deuxième di«cours, art. 17 et ce qui le suit, ou lu Réponse a.MX deuxième et troisième vers, des Réflexions Philotophifwea et Tkéohfgiqtue de M. Arnauld*
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ma charité est si grande^ qu'elle s'étend à tous les hommes; et que si l'ordre me le permettait, tous seraient sauvés.
28. Je sais toutes choses, mon fils, mais je ne pense pas actuellement à toutes choses. Cela est fort différent, ne le confonds pas. Tu sais que 2 fois 2 font i, quoique tu n'y penses pas toujours; tu ne serais pas fort content d'y penser sans cesse. Un esprit fmi serait nécessairement ignorant s'il pensait toujours aux mêmes choses. Cela n'a pas besoin de preuve. On sait une vérité , on la possède, lorsque par son travail ou autrement on a acquis droit sur elle, et qu'elle se présente à Tesprit dès qu'on le souhaite. Ainsi je n'ignore rien. Car il n'y a rien à quoi je veuille penser qui ne se découvre aussitôt à mon esprit sans travail et sans application de ma part. Je possède véritablement tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu. Mais occupé comme je suis à l'objet qui fait mon bonheur, objet infini ; moi qui suis fini, je ne dois pas toujours vouloir penser actuellement à des choses qui ne me sont pas nécessaires pour exécuter mes desseins. J'achèverai mon église quoique la maUce des chrétiens qui vivent présentement me résiste. Et, si je ne trouve plus de matériaux propres à mon édifice dans le pays que tu habites , j'enverrai des prédicateurs jusque dans l'autre monde, et là je ferai des miracles que je ne dois pas selon l'ordre faire dans des lieux où la vérité de mon Évangile est suffisamment démontrée. Ces miracles me fourniront plus de matériaux que je n'en ai besoin, et ma grâce y fructifiera bien davantage, que dans ton pays, où il te semble que tout le monde ait résolu de me cornbattre.
29. Mais, que je pense ou ne pense pas actuellement aux circonstances infinies de la combinaison de la nature et de la grâce, lesquelles peuvent rendre inutiles les secours que je donne aux justes, qu'en peut-on raisonnablement conclure contre ma charité pour les hommeë ? Ne leur ai-je pas donné, par tout ce que j'ai fait pour eux, des marques assez éclatantes de mon amour, et ne doivent-ils pas croire que j'ai des raisons que je dois préférer à leurs désirs? Ce n'est point, encore un coup, la connaissance de déterminations futures des volontés libres, qui doit régler l'action par laquelle je répands la grâce. Je dois régler mes désirs ou mon action sur l'ouvrage que je construis. Je les dois régler sur le besoin des justes, et non pas sur leur négligence. Ils se laissent vràincre : ce n'est pas ma faut«. Ils pouvaient combattre, ils eussent été victorieux. J'agis comme je dois agir en consultant le Verbe en tant que Verbe, en tant que raison, en tant que sagesse éternelle, consultait l'occire dont tu n'as qu'une connaissance fort imparfaite. Si
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je rép;lais méa dons uniquement sur la connaissance des événements libres, Tordre de la grâce ne serait plus digne de la sagesse infinie de Dieu. 11 n'est pas nécessaire que je te le prouve, et ton attention est déjà trop fatiguée. Ma conduite dans la construction de mon ouvrage doit porter le caractère d'une cause occasionnelle et. d'un esprit fmi, qui par le droit de sa nature ne pénètre point les cœurs , et ne pense point actuellement à tous les événements qui dépendent de causes libres, a6n que Dieu seul ait toute la gloire de mon ouvrage, et qu'on admire éternellement la sagesse infinie de. celui qui fiait toutes choses par les moyens les plus simples.
0 mon Sauveur! la sagesse de Dieu passe infiniment toutes nos vues. Malheur à ceux qui critiquent votre conduite;* je veux m'y soumettre sans l'examiner ; vous n'avez que trop fait pour les hommes, quoiqu'ils se plaignent souvent de vous^ ce sont des ingrats et des insolents , et je reconnais que j'ai fait un si mauvais usage de votre grâce, que quand vous me laisseriez sans secours, je n'aurais aucun sujet de me plaindre de votre conduite.