‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 107 sur 145 · Prov · texte numérisé non relu

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171 MÉDITATIONS GHRÉTIEMKES.

VOUS ètee toujours éclatant et lumineux ; vous êtes toujours prêt à dissiper les ténèbres de l'esprit; vous n*ètes point sujet au change'^ meut y ni à des révolutions qui produisent successivement et les jours et les nuits ^. Vous m'avez appris ces vérités et je me fais un . plaisir d'y penser souvent ^. Mais, hélas! que je suis aveugle, tout environné et tout pénétré que je suis de votre lumière, je me trouve souvent dans des ténèbres épaisses. Seigneur, faites que je voie , ouvrez-moi les yeux, apprenez«-moi à marcher sûrement dans la voie qui conduit à la vie. Je ne puis rien sans le secours de votre grâce, mais que dois-rje faire pour Tobtenir, comment puis-je la conserver, quel est Tusage que j'en dois faire, afin qu'elle opère en moi tout l'effet pour lequel vous me la donnez? Expliquez-moi , mon unique maître, mais dans le détail et d'une manière convaincante et sensible , les vérités par lesquelles je dois régler ma conduite, afin que j'entre dans le grand dessein que vous exécutez à la gloire de votre Père, et que je mérite d'avoir quelque part à l'héritage que vous préparez à vos élus.

2. Tu me donnes de la joie, mon cher fils, par la prière que tu me fais. Ceux qui m'invoquent me font honneur, et ceux qui m'invoquent dans le dessein d'honorer mon Père, et pour s'instruire de leurs devoirs , me touchent vivement et tous les esprits bienheureux*. Tout est en joie dans le ciel, lorsqu'un pécheur se convertit, parce que ceux qui aknent l'ordre se réjouissent, lorsqu'ils apprennent que les hommes tâchent de s'y conformer *, Ne te sens-tu pas tot-rinôme comme surpris de joie, lorsqu'on te raconte les actions héroïques des gens de bien? L'amour, quoique faible et imparfait que tu as pour Tordre, s'étend alors jusques à ces âmes généreuses, tu les aimes, tu les honores, tu voudrais môme leur donner des marques de ton estime et les secourir dans leurs misères. Juge donc par là, mon fils, de l'amour que j'ai pour toi, et si tu dois craindre que, de mon côté, je manque à te donner toutes les ia<mières que tu désires et qui te sont nécessaires.

3. Je veux néanmoins que tu saches que maintenant tu ne peux sans travail et sans peine , comprendre clairement les vérités que je vais t'expliquer. L'homme devenu pécheur est condamné à gagner sa vie à la sueur de son front '^. Ne Tentends pas, mon Bis, simplement de la vie du corps; ton corps n'est pas ton être propre. Les riches ne travaillent pas pour gagner cette misérable vie. Entends, de la vie et de la nourriture de l'âme , l'arrêt irrévocable que Dieu a prononcé contre le pécheur ; entends-le de la vérité qui

1. Jac. l, 17. — 2. Méd. I et //. - 3. Psal. 49, 15, 23. — 4. Luc. 15, 7, 10. — 5. Gen. 3, v. 19.

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est le pain dont Tesprit se nourrit et s'engraisse : car tu ne peux, sans le travail de la méditation, te nourrir des vérités qui doivent régler ta conduite et le préserver de la raort; tu ne peux les comprendre clairement sans une grande attention. Or, maintenant, toute attention qui a rapport aux vrais biens est pénible et désagréable^ parce que depuis le péché le corps appesantit l'esprit * . Il l'interrompt sans cesse pour l'appliquer aux objets qui flattent les sens et les passions ; il jette le trouble et la confusion dans toutes les idées de l'âme, et l'on ne peut sans une vigilance et une action continuelle discerner les vérités pures qui donnent à l'âme la force et la santé, de certaines vérités sensibles par lesquelles l'homme se conduit, pour se conserver une vie pleine de misères, et se faire quelque établissement dans le lieu de son exil.

4. Tu me demandes, mon Bis, que je t'explique en détail les moyens par lesquels les hommes peuvent obtenir le secours de la grâce. Cette demande est bien générale. Avant que d'y répondre clairement et sans équivoque , il faut que j'attache aux termes qui l'expriment des idées particulières. Le mot de grâce signifie plu-^ sieurs choses différentes ; mais , quand il n'y ei^ aurait que d'une espèce : comme parmi les hommes il se trouve des justes et des pécheurs, on peut dire qu'il y a et en même temps qu'il n'y a pas de moyens d'obtenir la grâce ; car les justes peuvent ce que ne peuvent pas les pécheurs. La grâce n'est pas donnée selon les mérites"; elle doit prévenir nos volontés. Les pécheurs ne peuvent donc point la mériter ou s'en rendre dignes ; ils ne peuvent par eux-mêmes l'obtenir. Mais la prière continuelle du juste peut beaucoup ' ; car ceux qui demeurent unis avec moi par la charité obtiendront ce qu'ils demandent*. Ainsi, tu vois déjà en partie la nécessité qu'il y a de définir les termes et de résoudre par parties ta question indéterminée, afit^qoe mes réponses ne te donaent poiiit quelque occasion de tomber dans l'erreur.

5. La principale grâce, celle qui rend juste et agréable à Dieu, c'est la charité ou l'amour de l'ordre, amour qui doit régner dans le cœur et auquel on doit sacrifier tous les autl'es amours ; car Dieu ne regarde pas comme justes tous ceux qui ont quelque amour de l'ordre, puisqu'il n'y a point d'homme qui soit privé de cet amour. Personne n'est juste devant Dieu ^, si l'amour qu'il a pour l'ordre ne règne absolument et ne souffre point d'égal; et personne n'est parfaitement juste tant que l'amour qu'il a pour l'ordre n'est pas uniquement le principe de tous les mouvements de son cœur, ce

1. Sap. 9, 16. — 2, Rom. 9, — 3. Jac. 5, 16. — 4. Joan. IS, 7. — 5. Mo 10, 3T.

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qui ne se trouve que dans l'autre vie. Or, l'amour de Tordre, la charité ardente et dominante <, ne se peut acquérir par les forces du libre arbitre ; c'est une grâce que l'homme ne peut obtenir que par le secours de la grâce. C'est une grâce habituelle, qui ne se peut obtenir que par le secours de la grâce actuelle , ou par le baptême, à l'égard des enfants, qui certainement n'ont nul pouvoir de se le procurer. Et tu souhaites de savoir quels sont les moyens par lesquels on peut obtenir les secours nécessaires pour acquérir cette grâce excellente, qui nous rend agréables aux yeux de Dieu.

6. Afin que tu te satisfasses pleinement sur ce que tu souhaites de connaître , au lieu de me consulter, tourne-toi vers toi-même, et consulte le sentiment intérieur que tu as de ce qui se passe en toi. Quand tu commences à aimer quelque objet, que sens-tu en toi qui donne la naissance à ce nouveau mouvement d'amour? N'est-ce pas ou que tu découvres, par une vue claire de l'esprit, ou que tu juges, par le sentiment confus de quelque plaisir, que cet objet est un bien à ton égard? Si tu aimes les vrais biens, les biens de l'esprit, n'est-ce pas que tu reconnais clairement qu'ils sont aimables? Si tu aimes les corps, n'est-ce pas à cause que, dans leur approche, tu te sens touché de quelque plaisir ? Consulte ta mémoire pour y découvrir le principe de toutes les inclinations qui te dominent ou qui t'ont dominé, et tu reconnaîtras qu'elles doivent foutes leur naissance ou à la lumière ou au sentiment, ou à l'un et à l'autre de ces principes de toutes les déterminations des volontés. Ainsi, les deux grâces actuelles, qui servent à produire dans le cœur de l'homme la grâce habituelle ou la charité dominante, se réduisent, en général, ou à des grâces de lumière, ou à des grâces de sentiment, ou plutôt à des grâces de lumière et de sentiment jointes ensemble. Il est maintenant question de t'expliquer quels sont les moyens par lesquels tu peux obtenir ces sortes de grâces.

7. Tu sais bien , mon fils, qu'il n'y a que Dieu qui agisse immédiatement dans les esprits 3; que c'est lui seul qui les éclaire par la lumière qu'il répand en eux, et qui les anime et les agite par les divers sentiments dont il mo^difie leur substance. Il est donc nécessaire, pour obtenir le secours de la grâce, de savoir quels sont les moyens par lesquels on fait en sorte que Dieu agisse dans les esprits. Or, il n'y a, en général, que deux de ces moyens. Le premier, c'est la nécessité de l'ordre*; car Dieu ne manque jamais à exécuter ce que Tordre demande. Le second moyen , ce sont les

1. Si non ex Dco cliaritas sed ex homiuibus, vicerunt Pclagiani: si aiitcm ex Dco, vicimus Pelagianos. Aug., De ^nU. clUùero arb., c. Ib.

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