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MÉDITATIONS CURETlKNiKES. 375
causes occasionnelles que Dieu a élablies pour exécuter ses desseins ; car Tefficace de la volonté de Dieu , dans l'ordre de la nature et dans celui de la grâce , doit être déterminée par Faction de quelque cause occasionnelle , ainsi que je t'ai déjà dit et que je t'expliquerai plus au long.
8. Le premier moyen est absolument inutile aux pécheurs; car ils ne peuvent faire en sorte que l'ordre et la justice demandent que Dieu leur fasse grâce. Certainement on ne peut, par les forces du libre arbitre, faire la moindre action qui soit méritoire des vrais biens. Tous les pécheurs peuvent, à la vérité, mériter quelque récompense, parce qu'il n'y en a point, quelque corrompus qu'ils soient, qui n'aient quelque idée et même quelque amour pour l'ordre * ; mais ils ne peuvent rien mériter qui conduise à1a possession des vrais biens, parce que l'amour naturel qu'ils ont pour Tordre est trop faible pour vaincre l'amour-propre et le sacrifier à la vérité et à la justice. Ainsi , les pécheurs ne pouvant mériter la grâce, ils ne peuvent obliger Dieu, par l'amour invincible qu'il a pour l'ordre et pour la justice, à leur donner les secours dont ils ont besoin.
9. Mais comme les justes sont animés de la charité, ils sont en état de mériter. Ils peuvent, par la force invincible de la justice, et en conséquence des promesses que je leur ai faites, obliger Dieu à augmenter leur grâce ; ils le peuvent en faisant bon usage de celle qu'ils ont reçue. Néanmoins, si Dieu ne donnait aux justes précisément que ce qu'ils méritent par la nécessité de l'ordre ; bien loin de croître en charité, ils ne persévéreraient pas long-temps dans la justice : tant est grande la faiblesse que le péché leur a causée. Il est nécessaire, mon fils, que je prie sans cesse pour les élus, et que j'aie pour eux un soin particulier; car, quoique Dieu ne les abandonne jamais le premier, ils tombent souvent et périraient, sans des secours extraordinaires et en tout sens de pure grâce*. De. sorte qu'on peut dire que Dieu abandonne les justes, lorsqu'il ne leur donne précisément que les secours qui/ leur sont nécessaires pour vaincre leurs ennemis; parce que les hommes ne sont pas long-temps à me manquer de fidélité. Ainsi, le premier moyen n'est pas d'un fort grand usage à l'égard des hommes , dans l'état misérable oii ils sont réduits. Mais, pour le second moyen, qui consiste dans la cause occasionnelle que Dieu a établie pour déterminer l'efficace de ses lois ou de ses volontés générales, il est d'un