‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 114 sur 145 · HeltT · texte numérisé non relu

HeltT

sont ardents , elle est générale lorsque mon désir est général ; elle cesse et continue de tomber si je c»3sse ou si je continue de vouloir qu'elle tombe : car c'est par l'action de ma volonté que la grâce se répand sur les hommes, commes c*est par l'action de la tienne que se remuent toutes les parties de ton corps ' .

15. Mais, comme il est indifférent que ce soit Pierre ou Jean qui fasse un tel effet dans mon temple; lorsque j'agis en qualité d'architecte , et non de chef de l'Église , je ne forme point mes désirs sur tels et tels matériaux en particulier, mais sur l'idée que j'ai de certaines propriétés dont l'âme en général est capable , desquelles j'ai une connaissance parfaite. J'agis comme un architecte, qui, pour exécuter le dessein qu'il s'est formé, désire des colonnes d'une certaine pierre en général , et non point d'une telle masse en particulier. La pluie de la grâce se répandant sur les âmes qui sont semblables à l'idée qui me sert à régler mes désirs , les personnes dont la concupiscence est moins excitée , qui suivent mes conseils avec le plus d'exactitude , qui sont les plus fidèles à ma grâce , entrent plutôt dans mon édifice que les autres ; et ^lorsque j'ai ce que je souhaite, je forme de nouveaux désirs, je détermine ailleurs la pluie de la grâce pour exécuter de nouveaux desseins ; et j'agis ainsi sans cesse pour faire entrer dans l'Église le plus d'hommes que je puis , agissant néanmoins toujours avec ordre , et ne voulant pas rendre mon temple diffbrme à force de le faire grand et ample. Mais tu n'es pas en état de comprendre clairement pourquoi l'ordre que je suis dans mon action et la proportion que je veux mettre dans mon ouvrage , empêchent que je ne puisse sauver tous les hommes. Travaille seulement à ôter les empêchements à l'efficace de ma grâce, suis mes conseils, fuis les plaisirs, méprise les honneurs, veille, prie, vis dans la retraite, afin que ma grâce le trouve disposé de manière que tu entres dans mes desseins, et qu'un autre ne ravisse point la couronne et ta récompense *.

16. La seconde qualité , selon laquelle tu dois souvent me considérer, est celle de chef de l'Église ^. Tous les chrétiens sont les membres de mon corps; ils.sont formés de ma chair et de mes os*, comme Eve le fut d'Adam ; car la formation et le mariage des deux premiers hommes sont des figures vives et expresses de la formation de l'Église aussi bien qtiè de son mariage. En qualité de chef , j'artime l'Église , et je répands sans cesse dans tous ceux qui font partie de mon corps le mouvement et la vie ». Je veille pour leur conservation, je les protège , et je ne souffre jamais que ceux qui

1. Eph. 4, 15, 16. — 2. Apoc. 3, 11. — 3. Col. 2, 19, 1, 18: Epk. 1, 22. — 4. Ibiif., 5, 30, 31, 32. — 5. lùid., 4, 16. # x^ » .

MÉDITATIONS CHBÉTIENNES. SS1

me 9ont unis par la charité soient tentés au-defôus de leurs forces. Je permets seulement que la tentation les éprouve, afin qu'ils se fortifient par l'exercice; afin que, par les sacrifices qu'ils ofi^ent maintenant en l'honneur du vrai bien, ils acquièrent une couronne qui ne se flétrira jamais, et qu'ils méritent une gloire qui fera éternellement une partie de la beauté de mon ouvrage.

47. Il est vrai que les justes mômes demeurent quelquefois vaincus par les tentations qui les attaquent ; mais ils pouvaient vaincre. Ils devaient combattre pour obtenir la gloire du triomphe. Ce n'est point leur faiblesse , mais leur négligence ; ce n'est point mon infidélité , mais la leur qui les a perdus. Si je ne les ai pas animés au combat par une grâce extraordinaire de sentiment, c'est qu'ils devaient vaincre par la force de leur foi et de leur charité , afin que leur mérite fût plus grand et leur gloire plus éclatante.

48. Écoute ceci, mon fils. La gloire de sentiment diminue le mérite : elle donne sûrement la victoire lorsqu'elle est excessive; mais lorsque la victoire est une suite nécessaire de son efiicace, le vainqueur n'a rien mérité. La vertu doit être aimée par raison , et non par instinct. Dieu veut qu'on le serve par la foi , content de ses promesses , ferme sur sa parole , malgré les difficultés et les sécheresses. Le plaisir est la récompense du mérite ; il n'en est pas le principe. Lorsqu'on lui sacrifie tout . on n'égorge point de victime ; on ne suit que le mouvement naturel ; on ne recherche que son bonheur. La délectation prévenante est nécessaire pour faire naître la charité et pour la fortifier contre les efforts continuels de la concupiscence ; mais je n'en dois donner que le moins qu'il est possible ou que selon une certaine mesure qui ne nuise point au mérite et à la gloire que tel juste doit selon l'ordre acquérir dans tel combat. Ce juste est vaincu , mais c'est par sa faute. Je dispense mes grâces aux justes, du moins selon l'ordre de la justice, qui m'est clairement connu par l'union avec le Verbe; car je leur en donne souvent et en abondance , en conséquence des desseins que je forme et que j'exécute. Mais je ne dois pas régler mes dons sur leur négligence , quoique je sache actuellement par révélation , dès que je le souhaite, les déterminations futures de leurs volontés i.

49. Que celui qui est debout prenne donc garde à lui qu'il ne tombe. Je le soutiens, s'il est faible; mais qu'il se défie de ses propres forces. S'il s'endort, il sera surpris : qu'il veille. S'il com* bat sans moi, il sera vaincu ; qu'il m'appelle à son secours. Il peut et veiller et prier. Mais s'il néglige de le faire, jo me lasserai f* cultiver, comme un arbre infructueux qui ne ré[K)nd point i>

Page 1