Méd. XII
S88 MÉDITATIONS CHBÊT1EKNE8.
justes espérances. Je veux absolument qu'on combatte sans cesse , qu'on renonce aux plaisirs, aux grandeurs, à soi-même , qu'on sacrifie, en un mot, sa passion dominante, quelle qu'elle puisse être, parce que je veux remplir incessamment de gloire et de sainteté le temple vivant de mon Église, ce qui ne doit et ne^ut s'exécuter que par des mérites légitimes.
20. Mon cher fils , tu es le temple du Dieu vivant * ; tu fais partie de ma substance^; je dois te sacrifier comme moi pour te sanctifier, pour te glorifier avec moi. Si je te fais part de ma croix ', c'est pour te donner part à ma gloire, c'est pour te faire entrer de l'Église militante dans l'Église triomphante, c'est afin que la substance spirituelle de ton être fasse un bel effet dans le temple vivant que je construis. Le zèle de la maison de Dieu me dévore ; je brûle d'ardeur pour la gloire de mon Père : je ne puis rien faire de trop grand, de trop saint, de trop superbe pour lui. Les tièdes, les lâches me désolent ; ils n'entrent point comme ils doivent dans mes desseins; ils ne travaillent point à leur bonheur et à la gloire de mon ouvrage. Je serai obligé de les vomir *, comme n'étant point propres à former mon corps. Que le juste se justifie encore , que le saint continue de se sanctifier : je veux achever bientôt mon Eglise et rendre à chacun selon ses œuvres ^.
21. La troisième qualité, celle qui maintenant a le plus de rapport aux hommes, et principalement aux pécheurs, c'est la qualité de médiateur ^, Personne ne vient à mon père que par moi ^. C'est en vain que les pécheurs se tournent vers le ciel ; la pluie de la grâce ne tombe point sur eux que je ne m'en mêle. Dieu n'écoute point les pécheurs ; autrement la religion serait fausse ^ ; je serais mort inutilement; et comme les justes tombent souvent, il faut aussi qu'ils m'aient pour leur avocat auprès du Père ^. lis peuvent, il est vrai , mériter sans cesse de nouvelles grâces par la force de leur foi et de leur charité ; mais si je les abandonnais aux secours ordinaires que Dieu leur donne en conséquence de l'état où ils sont, ils manqueraient souvent de fidélité et de persévérance. Il faut que je m'applique à eux , que je prévienne leur chute , que je compatisse à leur faiblesse ; car, quoique comblé de gloire , je ne suis pas un pontife insensible à leurs maux*»; j'entre dans leurs besoins, je souffre dans leurs persécutions , je sens leur misère autant que ma condition présente me le permet. Gomme souverain prêtre des vrais biens *V je suis toujours en présence de celui qui habite le
1. 2 Cor. 6, 16. — 2. Hebr. 3, 14. — 3. Rom. 8, 17, Col. 1, 2-1. — 4. Apoc. 3,16.
— 5. Ihid., 22, 11, 12. — 6. l Tim. 2, 5. —7. Joan. 14, 6. — 8. Galnl. 2, 21.
— 9. 1 Jf^nn 2, 1. — 10. Nfhr. 4, 15. — 11. Ihtff.,1, 25.
MÉDITATIONS GHRÊTIBNNRS. ttO
Saint des saints , et là j^ofTre Tencens de tes prières ; mais je les purifie , je les sanctifie par les miennes , je les rends dignes d't^tro exaucées , parce que je suis entré dans le ciel après avoir rompu le voile * et sacrifié la victime qui |H)uvait seule te donner libro accès auprès de mon père.
22. Considére-moi donc, mon cher fils, selon les trois qualités que je porte , d'architecte du temple vivant , de chef, d'où se répand dans l'Église l'esprit qui la vivifie « de médiateur entre Dieu et les hommes. Invoque-moi sans cesse selon ces trois qualités , et conduis-toi de manière que moi, comme sage architecte, je te fasse entrer dans mon édifice ; comme chef de l'Église , je te rende parfait , je te comble de gloire*; comme médiateur entre Dieu et les hommes , je t'obtienne le pardon de tes péchés et une grâce assex abondante pour te conduire sûrement à la possession des vrais biens. Il y a , mon fils, assez de temps que tu me réjouis par fat-* tention de ton esprit ; ouvre-moi maintenant un peu ton cœur.
23. Que je vous ouvre mon cœur, ô mon Jésus, hélas 1 il est tout plein de vos faveurs ; lorsque vous m'édairez l'esprit de votre lumière, vous me remplissez le cœur d'une sainte ardeur; je sens^ comme vos disciples, dans le chemin d'Émmaiis, qu'un feu secret me brûle lorsque vous me découvrez le sens de vos écritures, et que je considère vos bontés, vos grandeurs, vos qualités. Que toutes les nations^ adorent la sagesse du vrai Salomon^ et s'offrent en foule pour entrer dans l'édifice du temple étemel. Que tous les fidèles favorisent les grands desseins que vous avez sur eux comme chef de l'Église; et que par le sacrifice d'une mortification contU nuelle, ils méritent une gloire digne de vos saints. Que tous les hommes sachent enfin qu'ils ont en vous un sauveur, un médiateur, un avocat, un souverain prêtre selon l'ordre de Melobisédech, toujours vivant pour intercéder pour eux ; qu'ils se présentent de^ vant le trône de votre grâce avec un cœur plein de foi, pour obtenir le pardon de leurs péchés et les secours nécessaires dans leur» besoins. Ce sont là les désirs que vous formez en moi, donnez-moi qu'ils subsistent, qu'ils m'animent, qu'ils me fassent agir. Donnezmoi que je puisse les communiquer à ceux qui en suivraient avec joie les mouvements; ou du moins donnez-moi que ces désirs me purifient, me sacrifient, me sanctifient et m'unissent à vous par dei lien/; que rien ne puisse jamais rompre, ni le monde, ni l'enfer, ni même la mort.