Matth. 10,37.-2. Cor
418 MÉDITATIONS CHnÉTlENNES.
néglige les pierres les plus propres à son bâtiment? Quel est le sculpteur qui rejette une matière qui obéit sous le ciseau? Mais quel est l'homme qui refuserait de donner aux membres de son corps toute la perfection dont ils sont capables? Que l'homme, mon fils, oublie son corps, et l'époux son épouse; mais, pour moi, je suis trop constant, trop sage , trop bienfaisant, pour manquer de faire à une âme qui me reçoit, comme elle le doit, des libéralités conformes aux qualités que je porte.
13. L'eucharistie considérée comme sacrement opère de grandes grâces dans ceux qui la reçoivent ; mais ne t'imagine pas qu'elle soit sans efficace en ne la regardant que comme sacrifice. Sache au contraire, mon (ils, que le sacrifice de l'eucharistie est la source de toutes les grâces, et que Vbn communie à ce sacrifice en mille manières qui diffèrent toutes de la communion sacramentelle. Tous ceux qui assistent à la messe et qui, s'élevant en esprit dans le ciel, m'invoquent comme un pontife toujours vivant, pour intercéder pour eux , ne manquent point d'avoir part à ce sacrifice. Ils y communient sans doute, s'ils m'offrent à mon Père comme la victime qui efface les péchés du monde. Et comme ce sacrifice représente les diverses manières dont Je me suis offert à Dieu sur la terre, comme il représente encore le sacrifice que j'offre comme prêtre selon l'ordre de Melchisédech , el qu'il n'en est pas même différent, quanta la qualité de la victime, et à la personne qui sacrifie, il est certain qu'il est la cause de toutes les grâces qui sont données aux hommes. Il est certain que le sacrement même de mon corps et de mon sang n'opère la grâce que parce que c'est la communion à ce sacrifice. Il y aurait, mon fils, bien des choses ^à le dire pour l'expliquer en détail l'essence et les effets du sacrifice de la me.sse. Qu'il te suffise de savoir en général que c'est l'abrégé des mystères de la religion et de tout ce que j'ai fait pour le salut des hommes.
H. 0 mon Sauveur! quand je pense à vos mystères et que je. repasse dans mon esprit tout ce que vous avez fait pour mon salut, mon aveuglement, ma stupidité, mon ingratitude me troublent et m'inquiètent; j'ai horreur de rnoi-même; je ne puis me souffrir. Que je vous dise donc aujourd'hui ce que vous nous êtes, et que je ne l'oublie jamais, et que je vous confesse mes désordres et mon ingratitude, afin que vous n'y pensiez plus.
Vous êtes la raison de l'homme toujours prêt à lui répondre, lorsqu'il vous consulte par son attention. L'homme devient charnel ensuite du péché ; il ne peut plus rentrer en lui-même pour y contempler la vérité intelligible. Vous l'instruisez par la loi et les pro-
MÉDITATIONS CHUÈTIKKNES. ât9
phètes , et prenez vous-même une chair sensible pour lui parler par ses sens. L'homme naît pécheur. Il a encouru l'indignation do Dieu; il a mérité la mort. Vous payez pour lui ; vous faites sa paix à vos dépens; vous souffrez pour lui le plus cruebet le plus infâme des supplices; et par ce moyen vous le retirez de l'enfer et lui donnez même droit à votre héritage. Vous le purifiez par le baptême ; vous le fortifiez par la confirmation ; vous le relevez par la pénitence ; vous le nourrissez, vous le consacrez par l'eucharislie; vous l'éclairez de votre lumière; vous l'animez de votre esprit; votre grâce conduit tous ses pas et sanctifie toutes ses actions.
Vous êtes donc maintenant, o mon Jésus, ma sagesse, ma raison , ma lumière, ma rédemption, ma justification, ma sanctification, ma nourriture et ma vie, ma force et ma défense: mais vous serez encore dans l'autre vie ma perfection, ma félicité, ma récompense. Vous êtes et vous serez éternellement mon chef, mon roi , mon souverain prêtre ; et la sainte victime en qui mon être sera sacrifié à Dieu , consominé en Dieu et reçu de Dieu comme une victime de bonne odeur. C'est à cause de vous que Dieu habitera en nous comme dans son temple ; qu'il nous fera part de sa gloire comme à ses enfants; que nous serons de tous ses plaisirs comme ses bien-aimés et ses élus. Enfin c'est en vous et par vous que Dieu sera tout à tous; et que nous deviendrons comme des Dieux par la communication la plus parfaite de l'Être divin. Qui peut comprendre la grandeur de ces bienfaits? Qui peut donc comprendre la grandeur de mon ingratitude? Je n'ai pas fait pour vous, objet digne d'un amour infini, d'adorations continuelles, de reconnaissances éternelles , je n'ai pas fait pour vous ce que fait un avare pour de l'or, un ivrogne pour le vin , un ambitieux pour une sotte et vaine gloire. Ah! mon Sauveur! que je ne vous confesse point en détail mes ingratitudes ; je ne puis y penser sans horreur. Anathème à celui qui ne vous aime point. Mais, ô Jésus, pardonnez à ceux qui vous aiment présentement, pardonnez à ceux qui désirent, sincèrement de connaître vos qualités et de brûler d'amour pour vous. Quelque ingrats, stupides, insensibles, misérables qu'ils aient été jusqu'à présent, Sauveur des pécheurs, oubliez leurs désordres et sauvez-les.
420 MÉDITATIONS IHUÊTIRNNES.