‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 123 sur 145 · JhOr.Wy'à · texte numérisé non relu

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faible, le cœur si bas et si corrompu, que le moindre éclat des beautés sensibles m'éblouit et m'agite ; et alors le souvenir de vos promesses et toutes les pensées solides que vous m'inspirez s'effacent entièrement de mon esprit.

40. C'est, mon fils, quieta charité est faible et languissante, et que tu ne prends pas assez de soins de la fortifier ; un homme qui manque de nourriture manque de vigueur et de générosité ; mais lorsqu'il a le cerveau plein d'esprits, et les veines de sang, il est prêt à former de généreux desseins. Le sacrement de mon corps et de mon sang est la nourriture de ton esprit. Tu manques de cœur, tu as encore de viles et de basses inclinations : viens à moi prendre de la générosité et de la force. Ce sacrement ne marque pas seulement que je suis ta raison, et que dans le ciel je serai ta vie, ta nourriture, ta félicité ; il soutient aussi le courage dans le chemin qui conduit aux vrais biens qu'il figure et qu'il promet. Si j'ai caché ma substance et mon esprit sous les apparences de la nourriture ordinaire, c'est pour te convaincre d'une manière sensible que mon sacrement est à ton âme ce que le pain et le vin sont à ton corps. Je suis en effet le véritable pain du ciel. Je suis le pain vivant et vivifiant dont celui qui s'en nourrira n'en désirera jamais d'autre ; il n'aura que du dégoût et de l'horreur pour les plaisirs dont les voluptueux se nourrissent. Celui qui mange ma ckair et f^oit mon sang demeure en moi et moi en lui. Et comme je vis pour mon Père, celui qui me mangera vivra pour moi. Mais en vérité, en vérité, je te dis que si tu ne manges ma chair et ne bois mon sang, tu n'auras point la vie en toi; tu mourras dans le désert comnw ceux qui ont mangé, la manne; tu n'entreras points dans la terre promise, tu ne vivras point éternellement *.

1 1 . Mais prends garde , mon fils , il faut de grandes préparations pour me recevoir utilement. Le pain et le vin ne rendent pas la vie aux morts, ils ne rendent pas même toujours la santé à ceux qui sont malades; mais ils fortifient extrêmement ceux qui sont faibles et pressés de la faim : il en est de même de mon corps et de mon sang. Ils fortifient extrêmement ceux qui ont une santé parfaite , et qui n'ont point d'autre maladie que leur faiblesse et leur langueur. Que ceux donc qui ont de la santé , je veux dire une bonne volonté, un cœur droit, faim et soif pour la justice, quoique faibles, fatigués, languissants, mangent très-souvent du pain et du vinquejeleur ai préparés. Ils se rétabliront bientôt et marcheront à grands pas dans le chemin qui conduit à l'immortalité. Que ceux qui sont allligés de quelque maladie et qui ne sentent point en eux-mêmes

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MÉDITATIONS CHRÉTIEMNES. 417

cette faim pressante et cette soif ardente pour la justice, aient soin de se purger de leur péché par le sacrement de pénitence, et de leurs mauvaises inclinations par des exercices de piété. Autrement le fréquent usage de mon sacrement les endurcira et les mettra en danger de mort. Le pain et le vin est souvent une pourriture trop solide pour des malades; et, s'ils en prennent trop , ils se mettent en danger de perdre la vie. Ceux qui ont des attachements permis sont peut-être eux-mêmes criminels devant Dieu , car personne ne peut savoir jusqu'où va l'amour qu'il a pour l'objet de sa passion. Il est permis d'aimer son père; mais le fils qui aime son père plus que moi n'est pas en état de me recevoir *. De sorte que ceux qui sentent encore en eux-mêmes des attachements considérables à la créature, doivent se préparer à la communion avec crainte. Ils doivent travailler à sortir de cet état, et ne pas s'approcher souvent et avec assurance des sacrés mystères, qui donnent la mort aux profanes et aux impurs. Mais pour ceux qui ont le cœur corrompu par un attachement criminel, qu'ils n'approchent jamais en cet état de la sainte table. Ma chair est un poison si présent à l'égard de ceux qui sont pleins d'une viande corrompue, qu'elle leur glace le sang et les rend entièrement insensibles. Lorsque ces hypocrites viennent, au jour de mes victoires , s'asseoir à ma table avec mes bienaimés disciples , ils semblent avoir encore quelque sentiment. L'horreur et le trouble les surprend et les inquiète ; mais ils se retirent froids , insensibles , endurcis , cherchant, comme Judas, à me livrer à leurs passions. 11 faut un miracle extraordinaire pour rendre à ces misérables le mouvement et la vie. Ainsi, mon fils, nourristoi souvent de ma substance; mais examine et purifie ton cœur auparavant; et afin que je ne te condamr>e pas, n'oublie pas de te juger et de te condamner toi-même *.

42. Si tu savais, mon fils, ce que j'opère par l'efficace de mon sacrement dans les âmes bien préparées, tu croirais ne devoir travailler qu'à me préparer ton cœur. Tu te regarderais comme cruel à toi-même, si tu passais un jour sans me recevoir; et tu serais sensiblement touché de l'aveuglement de ceux qui négligent de recevoir le bien que je veux leur faire. Pourrai-je être dans une àn^e sans y rien opérer, moi qui travaille sans cesse à leur sanctification? dans une âme qui s'abandonne à ma conduite et qui veut entrer dans mes desseins, moi qui, pressé d'amour pour les hommes, vas chercher les pécheurs jusque dans le lieu de leurs débauches ; qui, plein d'ardeur pour l'accomplissement de mon ouvrage, fais chercher des matériaux par toute la terre? Quel est l'architecte qui

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