Cor.ti, H
ft2A MÉDITATIOr<lS GHRÉTIE^iNES.
préjugés qui favorisent ses passions. Pense -donc que tu veux éclairer un aveugle, qui se plaît dans son aveuglement, qui dort fort en repos dans les ténèbres, et qui ne peut souffrir une lumière qui le trouble et qui Tinquiète cruellement.
44. Si tu reconnais qu'on soit en humeuv pour disputer, taistoi. Cela ne sert qu'à exciter les passions, et principalement l'orgueil, qui est la plus dangereuse. Chacun veut alors faire voir qq'il a de l'esprit, et s'attirer l'estime des autres, aux dépens de la vérité. Ceux qui haïssent la vérité parce qu'elle les blesse, sont souvent plus en état de la recevoir, que ceux qui parlent cavalièrement de toutes choses, parce que la vérité ne les touche point. Ceux qui sont insensibles sont ordinairement les plus malades.
42. Que si tu juges qu'on ait quelque amour pour la vérité, et qu'on désire de la connaître, voici la conduite que pour l'ordinaire tu dois tenir, interroge, mais en disciple , afin que l'amour propre rénouvelle et fortifie l'attention. Approuve ce qu'il y a de bon dan.s les réponses qu'on te rend , sans faire d'abord attention au reste. Découvre la vérité de manière qu'on s'imagine soi-même 'la découvrir, fais en sorte qu'avec toi tout le monde ait de l'esprit. Attribue aux autres des pensées solides, qu'ils n'expriment qu'à demi, et qu'ils n'ont peut-être pas. Afin que l'homme aime la vérité, il faut qu'elle lui appartienne , et qu'elle le touche ; il faut qu'il la regarde comme une production de son esprit.
43. Lorsque tu sens que la vérité est bien établie dans les esprits par la force de son évidence, et par tes surprises charitables, fais en sorte qu'elle aille jusqu'au cœur, qu'elle l'anime, qu'elle le purifie, qu'elle le règle par le secours de ma grâce, car sans elle tu ne peux rien. L'homme plante et arrose ; mais c'est moi qui donne l'accroissement. Excite donc d'abord en toi-même les mouvements que la vérité y doit faire naître , et expose ensuite tes sentiments sans te contraindre. Il faut que tu sois pénétré pour toucher les autres ; mais je ne manquerai pas de te secourir, et de te pénétrer de mon amour, si tu ne converses dans le monde que dans le deissein de l'édifier, et de travailler à mon ouvrage.
4i. Lorsque tu te trouves avec des personnes qui ont un fort grand amour pour la vérité, alors il ne faut plus tant prendre de mesures. Leur amour leur donnera de l'aitention, et l'attention fera naître en eux la lumière. Ne crains point de les nourrir d'une viande trop solide ; ils sauront bien la digérer. Expose-leur tes principes ; quelque abstraits qu'ils soient, ils y atteindront, ils les examineront, ils en jugeront. Si tu te trompes, ils t'éclaireront. On ne trompe pas facilement ceux qui ont beaucoup d'amour et de res-
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pect pour la vérité. Ils ne croient jamais les hommes à leur parole, ils ne se rendent qu'à la raison. Ils ne suivent, mon fils, que la lumière et l'évidence ; ils ne se soumettent qu'à l'autorité de la foi. C'est là leur règle, aussi bien qu'à toi. Ils ne s'arrêtent point aux manières ; ils n'ont point d'égards à leurs intérêts ; ils font taire leurs sens et leurs passions, et m'écoutent avec respect. Point d'entêtemenl, point de préjugés, rien chez eux qui sente la dispute et le parti. Communique-donc le plus que tu pourras avec ces personnes pour recevoir par leur moyen l'intelligence des vérités que tu crois déjà par la foi, et pour leur faire part des biens que je t'ai donnés. Ne sois point avare de mes libéralités ; fais-les servir à mes desseins, et je te comblerai de faveurs au delà de les espérances.
15. Tu te plais dans la retraite; le commerce du monde te fait horreur. Content des mes réponses et de mes faveurs, tu ne veux maintenant rien davantage. Tu fais bien ; mais tu peux mieux faire ; va, ne crains point d'exposer ton salut, en exposant la vérité. Tu la défendras sans blesser, ou du moins sans rompre la charité, pourvu que tu rentres souvent en toi-même, et que tu regardes ceux à qui tu parles, comme des personnes que je t'adresse, afin que tu travailles à leur sanctification , et qu'ils travaillent à la tienne. Contribue donc à leur salut, et tu assureras le tien, parce que tu m'obligeras de prendre un soin particulier de tout ce qui te regarde. Assurément, mon fils, assurément, si tu fais mes affaires, je n'oublierai pas les tiennes.
46. Non, Seigneur, vous n'oublierez pas mes affaires si je fais les vôtres. Car vous ne les avez pas oubliées dans le temps même que je ne faisais ni les miennes ni les vôtres; dans le temps même que je ruinais mes affaires, et que je retardais les vôtres. Combien de fois ai-je renversé ce que vous aviez édifié ! combien de fois aije corrompu ce que vous aviez sanctifié! combien de fois ai-je donné des sujets de scandale à vos chers enfants 1 0 Dieu ! n'ai -je point précipité dans les enfers plusieurs âmes, pour lesquelles vous avez répandu votre sang ; et qui, maintenant pleines de rage et de désespoir, vous blasphèment et me maudissent, au heu que sans moi elles vous béniraient éternellement ? Du moins est-il sûr que j'ai relardé l'accomplissement de votre ouvrage. Or le monde doit subsiiler jusqu'à ce que votre Église soit achevée ; je suis donc 'la cause de la damnation éternelle de lous les païens , les mahométans, les hérétiques qui naîtront, et qui périront dans le temps du retardement de votre ouvrage. Ah, Dieu ! que j'ai causé de maux, et des maux irréparables ! Comment m'avez-vous souffert jusqu'ici
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comment pourriez-vous me souffrir, si je n'étais pas dans le dessein de travailler à votre édifice de toutes les forces que vous me donnerez? Oui, mon Sauveur, architecte du temple vivant que Dieu habitera éternellement, et pour lequel il a fait toutes choses, me voici en votre présence, pénétré de douleur des maux que j'ai causés; je suis entre vos mains, comme un instrument prêt à suivre tous vos mouvements, faites-moi l'honneur de m'employer aux derniers offices de votre miaison. Autrement je m'enfuirai dans les déserts faire pénitence de mes désordres, et prier le maître de la vigne qu'il envoie des ouvriers plus forts et plus diligents que moi pour y travailler. 0 Jésus, qui brûlez du désir d'achever et de sanctifier votre Église, comment souffrez-vous ces libertins, qui rilinent ouvertement ce que vous édifiez, ces voluptueux qui corrompent la sainteté de votre temple, ces femmes itnmodestes qui, par leurs manières lascives et impudentes , précipitent dans les enfers des âmes que vous avez rachetées au prix de votre sang? Où est cfe zèle de la maison de Dieu qui vous animait autrefois contre des gens qui ne portaietit point assez d'honneur à un teitiple itiatériel qui tenait d'un Hérode sa plus grande magnificence i? On profane le temple du Saint-Esprit. On le renverse, on le désole, et vous né pa*raissez poiiit ; faUt-il que le démon fasse aussi son ouvrage, et que maintenant vous souffriez que ses ministres vous ravissent vos matériaux et vos enfaiits, pour les lui donner? Ministres de l'enfer, que pensez-vous faire? Vous outragez un agneau. Mdis qu'un jour la colère de cet agneau sera terrible ! Vous direz en ce grand jour : Montagnes^ rochers, tombez sur nous et nous cachez à là colète de l'agneau*. Le poids des rochers fet des montagnes vous paraîtra plus léger à porter que sa présence. Pensei-y sérieusement et cessez de combattre à vos dépéris sous les enseignes de satan, à la gloire de Iticifer et de ses anges. 0 Jésus, apprenez-moi à réparer les désordres que j'ai causés dans vot^e ouvragé, afin qu'ah jour de votre vengeance je soiâ à couvert de votre juste colère. Et fdites-moi èèrvir à l'édification des fidèles, afin rjiie j'assure mon sfllut pa^ les grâces particulières que vous donnez à ceux (Jiii travaillent SOliâ vous à l'exécution de vos desseins.
17. On assure, moti fils, son salut par toute sorte de bonnes œuvres'. Celui qui fait l'aumône rachète ses péchés; et je rangerai à ma droite avec mes bien-aimés celui qui m'aura nourri , habillé, visité, en la personne des pauvres *. Mais celui qui joint les aumônes spirituelles aux corporelles, celui (Jui nourrit, console,
1. Joan. 2, 17.— 2. Apoc. 6, 13. — 3. Dan. 4, 24; Lite. Il, 41. — 4. Matth, 26, 33. Jac. 5, 20.
soutient mes enfants dans le chemin dur et pénible de la verdi, m'applique bien davantage à ses besoins, que celui qui les soulage dans leur misère. La pauvreté de l'esprit est plus grande, du moins est-elle plus dangereuse , que celle du corps. L'indigence est un sujet de mérite et de sacrifice à celui qui la souffre en patience ; mais l'ignorance n'est jamais bonne à rien. Ainsi, mon fils, lâche de connaître les besoins spirituels de mes enfants. Et lorsque tu es en état de joindre l'aumône à l'instruction, fais en sorte par tes libéralités, qu'on reçoive tes instructions, et qu'on en profite*. Lorsque tu instruis ton prochain, sans peine de ta part, tu n'offres point de sacrifice, car tu retiens ce que tu donnes. Tu fais néanmoins à celui qui l'écoute le plus grand bien que Ihomme soit capable de faire. Lorsque lu donnes l'aumône, tu ne fais pas grand bien à celui qui \û reçoit ; cet argent que tu donnes le tentera peut-être et ne te tentera plus ; il diminuera le sujet de son mérite, néanmoins il augmentera le tien. Car naturellement tu regardes ce qui t'appartient comme une partie de ton être propre, ainsi tu fais quelque sacrifice en t'en dépouillant. Mais, si tu soutiens par tes charitables instructions la vertu de ceux dont tu soulages la misère, ta charité sera entière et parfaite. Tu auras entre autres mérites celui du sacrifice ; et comme par ton moyen mes membres recevront une solide nourriture, tu m'appUqueras à toi d'une manière particulière.
18. 11, y a, mon fils, bien du mérite à acquérir parmi les malades. Ils répandent , pour ainsi dire, le dégoût et l'horreur; ils communiquent souvent leurs maux; et, lorsqu'on surmonte sa répugnance et son appréhension, afin de les soulager, chagrins du bien qu'oh leur fait, ils vous disent des injures. Il n'y a que le devoir et la charité qui puissent porter à leur rendre service. Mais il y a souvent plus de mérite à acquérir et beaucoup plus de profit à faire parmi ceux qui ont le cœur corrompu et qui suivent aveuglément lès mouvements de leurs passions. Ces malades font horreur aux esprits bien faits; leur conversation a je ne sais quoi d'étrange et de rebutant, que mes enfants ont peine à supporter; leurs maladies sont contagieuses ; et , lorsqu'on s'expose pour les soulager, bizarres et capricieux, ils vous chassent de leur présence. Cependant, mon fils, ce sont ces malades que je suis venu guérir * ; leur salut, c'est mon ouvrage ; et j'aurai un soin particulier de ta santé si tu contribues à leur guérison. Voici donc ce que tu dois faire pour y travailler heureusement.
19. Il ne faut pas d'abord attaquer ouvertement leur passion dominante, quoiqu'elle soit le principe de la corruption de leUrcr