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Le malade ne souffre jamais cette opération s'il ne souhaite ardemment sa guérison , et les malades dont je parle se plaisent dans leur maladie ; car les maux de Tesprit sont presque guéris lorsqu'ils déplaisent. Le malade regarde sa passion dominante comme sa vie , son bonheur, son être propre. On assassine un homme , on l'anéantit , on le réduit même dans un état pire que le néant, lorsqu'on retranche de lui tout ce qui fait son bonheur. Comment voudrais-tu donc qu'il t'écoutât avec plaisir, qu'il suivît les conseils , qu'il te laissât faire , ou plutôt qu'il se plongeât le poignard dans le sein pour te contenter? Pense donc, mon Bis, que tu as affaire à un malade qui suit sa propre lumière et ses propres mouvements, et que tu ne peux changer son cœur qu'en changeant la face qtie les choses ont prise dans son esprit , dans son imagination , dans ses sens , ce qui est infiniment plus difficile que tu ne penses.
20. Tu ne peux pas, mon fils , lui crever les yeux pour fermer l'entrée au poison qui le tue ; tu ne peux pas , pour guérir les blessures de son imagination, effacer les traces que l'objet de sa passion a gravées dans son cerveau ; tu ne peux enfin aller à son esprit et à son cœur que par des sens toujours fidèles à la passion qui le domine. Il faut donc que tu trompes ses gardes sans qu'ils s'en aperçoivent; que par eux tu réveilles les inclinations naturelles dont cette passion abuse ; que tu proposes à ses inclinations des biens solides et durables ; et , lorsque ces mêmes inclinations seront accompagnées de passions assez fortes et plus raisonnables , alors il faudra, par le secours de ces passions, attaquer, mais peu à peu, celle qui règne , et représenter sans cesse à l'esprit qu'elle tient en servitude, les maux éternels dans lesquels elle le précipitait et les biens solides dont elle le privait.
24 . Il ne faut jamais reprendre le pécheur dès qu'il a commis le péché. Il faut auparavant laisser refroidir sa passion allumée. Les remèdes sont dangereux lorsqu'on les donne dans l'accès ; ils augmentent presque toujours l'ardeur de la fièvre. Néanmoins, lorsqu'il y a du scandale et qu'on est en droit de reprendre , alors , plus pour l'utilité des autres que de celui qui est en faute , on doit le reprendre avec force et quelquefois avec dureté. Mais, après l'avoir repris de la sorte, il faut en particulier adoucir son cœur aigri. Il faut s'humilier jusqu'à lui demander pardon, comme si on avait manqué à la charité qu'on lui doit, et ne pas s'appliquer à justifier la conduite qu'on a tenue. Il vaut mieux qu'il croie qu'on ait manqué de charité pour un moment que de s'imaginer qu'on en manque encore, 23. Il y aurait, mon fils, bien des choses à dire sur ce sujet
MÉDITATIONS CUUÉTIEKNES. Û29
selon les diverses circonstances des temps, des lieux, des personnes ; mais cela irait trop loin. Tu devrais avoir étudié la science de rhomme. De toutes les sciences humaine^, c'est celle qui a de plus grands usages, et pour la matière dont je t'instruis, et pour plusieurs autres de conséquence. Mais , si tu es humble , patient , persévérant , plein de charité et de compassion pour ces misérables malades, tu obtiendras presque toujours leur guérison; ta charité , ta compassion te donnera de l'adresse et de la lumière ; ton humilité et ta patience te donneront entrée partout , et ta persévérance remportera la victoire ; car, lorsque tu parleras à l'oreille, je ne manquerai pas de parler au cœur. Mais souviens-toi toujours que tu traites des maladies contagieuses, et que Tair que tu respires est corrompu. Ce seul souvenir te servira de préservatif; il te donnera de la vigilance ; il 4,e portera à la prière et à la retraite ; tu demanderas du secours à celui pour qui tu travailles ; et , sans ce secours , le commerce du monde est infiniment plus dangereux que tu ne penses.
23. ïl y a, mon fils, encore bien des manières de travailler à mon ouvrage , à l'édification de mon Église. Il ne faut pas seulement guérir ceux qui se portent mal > il faut aussi conserver la santé de ceux qui se portent bien. Il faut même augmenter leurs forces et les soutenir contre les tentations par ton exemple, par tes discours, par tes prières ferventes et continuelles. Il faut que tu t'appliques à leur ôter les sujets de chute et de scandale. Ils ne voient point à leurs pieds ; on doit ranger les pierres qui se trouvent dans le chemin des aveugles. II faut donc que tu veilles pour eux lorsqu'ils dorment, que tu pleures pour eux lorsqu'ils se réjouissent, que tu combattes pour eux lorsqu'ils se laissent surprendre' a leurs ennemis; mais il faut encore que tu combattes avec ceux qui combattent, que tji pleures avec ceux qui pleurent , et que tu sois de toutes les bonnes œuvres que font mes enfants; toujours appliqué à augmenter l'étendue de mon temple par la conversion des pécheurs et à l'embellir par la sanctification des justes ; toujours brûlant de zèle pour la gloire de la maison de Dieu , de cette maison spirituelle dont je suis le fondement inébranlable, méprisant tout, négligeant tout ce qui doit périr et travaillant pour l'éternité. Quelle consolation ne dois-tu point avoir ! ton ouvrage subsistera éternellement. Une âme te doit son bonheur éternel ; sans toi ma grâce lui était inutile ; elle serait dai^ lés enfers. Quel amour, quelle liaison , quelle reconnaissance de sa part 1 Penses-tu pouvoir périr l'ayant sauvée ? Penses-tu qu'elle te puisse oublier ou que moi je le puisse, qui tiens de ton travail une partie de mon héritage , un memh^
ÛJÎ MéOlTATlONS CHaÉTIENNtS.
slancc du Verbe élernel, et de boire éternellement d'un torrent de voluptés et de délices «? 0 Jésus, que je ne sois pas frustré de mes espérances. Augmentiez encore ma confiance et .ma joie, en continuant de m'instruire de ce que je dois faire pour assurer mon saiut.
2. Ne néglige pas, mon cher fils, de contribuer à l'édification de l'Église comme je viens de te dire : mais si lu te trouves hors d'état de le pouvoir faire, prends du moins une résolution ferme et constante de vivre dans l'humilité et dans la pénitence et de ne scandaliser jamais personne ; et je te promets que j'aurai de toi un soin particulier. Ne t'imagine pas que je me conduise par caprice , que je choisisse sans raison, et que je m'applique à toi d'une manière particulière, si tu vis comme le commun des hommes. J'ai mes rè* gles pour exécuter mes desseins et je les observe inviolablement. Tu n'es pas en état de les comprendre toutes. Mais voici quelques raisons pour lesquelles j'aurai soin de toi , si tu fais ce que je viens de t'ordonner. Ecoute-moi.
3. Ce qui fait la beauté des temples matériels c'est entre autres choses la délicatesse du travail de chaque partie qui les compose. Maiâ afin qu'un marbre informe devienne l'ornement d'un édifice , il faut qu'il souffre long-temps le marteau et qu'il obéisse au ciseau de celui qui le travaille et qui le iinit. On perd son temps et sa peine lorsqu'on veut mettre en œuvre un itiarbre cassant et fier; et il en coûte beaucoup lorsqu'il est trop dur. Ainsi les ouvriers n'entreprennent point de beaux ouvrages , ou rejettent avec chagrin les matériaux qui ont de la fiert-é; et ils rie veulent pas toujours employer le temps et la peine qui est nécessaire pour travailler ceux qui sont trop durs.
4. Ce qui fait la beauté spirituelle du temple de l'Église , c'est entre autres choses la diversité des mérites des saints et de la gloire qui les environne. Mais afin qu'une âme informe et corrompue devienne assez sainte et assez pure pour faire un bel efTet dans mon ouvrage , il faut qu'elle soufi're la persécution que lui fait le monde, la chair et le diable. C'est là le marteau dont je me sers pour la rendre un jour toute belle et tout éclatante. Il faut qu'elle obéisse humblement sous le ciseau , et qu'elle pense toujours qu'on la travaille, qu'on la finit, qu'on la purifie, qu'on lui donne du luxe et de l'éclat, afin qu'elle plaise aux yeux de celui pour qui elle est faite. Il fau( qu'elle se glorifie, comme mon apôtre, dans ses infirmités et dans ses afflictions; sachant bien que la vertu se perfectionne dans la fai^ bhsse, et que c'est alors que je fais paraître ma puissance * ; sachant