‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 133 sur 145 · L'AMOUR DE DIEU · texte numérisé non relu

L'AMOUR DE DIEU

fiN QUEL SENS IL DOIT ÊTAE DÉSINTÉRESSÉ.

Dieu se connaît parfaitement, ses attributs, ses perfections, toute sa substance, non-seulement selon ce qu'elle est en elle-même, ou prise absolument; mais aussi selon ce qu'elle est, prise relativement à toutes les créatures possibles , c'est-à-dire en tant qu'elle est leur idée ou leur modèle éternel.

Dieu aime sa substance invinciblement parce qu'il se complaît en lui-même. C'est uniquement dans cet amour que consiste sa volonté. Ce n'est point une impression qui lui vienne d'ailleurs, ni qui le porte ailleurs. Il ne peut rien aimer que par la complaisance qu'il prend en lui-même, rien que par rapport à lui; parce qu'il ne trouve qu'en lui-même la cause pour ainsi dire de sa perfection et de son bonheur.

Comme les créatures participent inégalement à son être, imitent inégalement ses perfections, ont plus ou moins de rapport à lui, il est évident qu'il les aime inégalement, puisqu'il n'aime rien que par l'amour qu'il se porte à lui-même, que selon l'ordre immuable des perfections auxquelles ses créatures participent.

Cet ordre immuable est certainement la règle inviolable des volontés divines^. Cest la loi éternelle^ mais c'est aussi la loi naturelle et nécessaire de toutes les intelligences. Car il est évident que Dieu ne peut pas donner à ses créatures une volonté pour tendre où la sienne ne tend pas, pour ne pas aimer les choses à proportion qu'elles sont aimables, «ou que selon le rapport qu'elles ont à sa substance qu'il aime invinciblement. Rien n'est donc juste, raisonnable, agréable à Dieu, que ce qui est conforme à l'ordre immuable de ses perfections.

Saint Augustin ne distingue point ordinairement la charité ou l'amour de Dieu de l'amour de la justice ou de l'amour de l'ordre ; parce que l'idée de Dieu comme souveraine justice est plus propre

l. Voy. les Méd. Chrél., méd. IV ; Traité de Mor., ch. 1.

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