‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 132 sur 145 · Mnllh · texte numérisé non relu

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MÉDITATIONS CHRÉTIENNES. AAS

animaux, rélouffera quelque jour après avoir sucé toute sa nourriture.

3. Je n'ai rien, mon fils, de meilleur à te dire sur ce que tu sou« haites de savoir que ce que j'ai dit en cent façons lorsque je conversais familièrement avec les hommes. Lis sans cesse l'Évangile avec le respect et l'attention qui est due à ma parole, bien convaincu que je connaissais parfaitement la maladie des hommes, et que je voulais sincèrement les guérir. Si tu crois que je suis la sagesse de Dieu même et que j'ai tant afmé les hommes que de répandre mon sang pour eux, tu ne douteras nullement qu'on ne court aucun risque à suivre exactement mes conseils. Mais je veux bien te rendre raison de mes instructions et te découvrir les principes dont lu peux tirer lumière pour reconnaître avec évidence la vérité des choses que tu crois déjà par la foi. Écoute-moi sérieusement.

4. De tous les conseils de mon Évangile, c«ux qui tendent princi* paiement à favoriser l'efficace de la grâce se réduisent en général à la privation et à la vigilance chrétienne. Il faut se priver autant qu'on le peut de tout ce qui peut partager la capacité de l'esprit et du cœur, C'est là le premier de mes conseils. Mais parce que quoi qu'on fasse on ne peut sortir du monde, quitter son propre corps, se délivrer de l'importunité de ses passions, de son imagination, de ses sens , en un mot se séparer de soi-même et de son amour-propre, il faut être dans une vigilance continuelle , et c'est là le second qui doit, au défaut du premier, favoriser l'efficace de la grâce. L'observation de ces conseils ne suppose ni n'exclut point le secours de la grâce; car il y a bien des choses qu'on peut faire par un mouvement d'amour-propre,'quoique sans mon secours on ne puisse ni observer exactement mes conseils, ni rien mériter pour réternité en les observant. Ainsi ces conseils regardent généralement tous les chrétiens , les pécheurs sans la grâce , aussi bien que les pécheurs et les justes secourus de la grâce : et si les uns et les autres étaient fidèles à les observer selon leurs forces présentes, ma grâce convertirait tôt ou lard les pécheurs, et les justes ne man» queraient jamais à persévérer jusqu'à la fin.

5. Tu comprendras clairement la nécessité de ces conseils si tu fais réflexion qu'à cause du péché d'Adam tous les hommes naissent avec la concupiscence, par une suite nécessaire des lois de l'union de l'âme et du corps*, lois d'ailleurs très-sagement établies; que la concupiscence ne consiste que dans la perte que l'homme a faite du pouvoir de suspendre les lois des communica-

1. Becherehe de ia Vtrilé, éclaircissement sur le péché originel.

àh% MÉOlTAliONS GHBÉTlBKNEf.

lions des mouvements en cerlaines occasions, ou d'empêcher que l'action des objets se communiquât jusqu'au ^iége de Tàme ou à la partie principale du cerveau , sur laquelle sont établies les lois de l'union de Tâme et du corps, lesquelles font un homme de ces deux substances opposées ; qu'ainsi tous les objets sensibles qui agissent sur le corps frappent l'âme et l'obligent d'avoir des pensées et des mouvements par rapport à eux , et que , laissant même dans le cerveau et dans les nerfs qui servent aux passions des traces de leur action, ils salissent l'imagination et corrompent le cœur, de sorte qu'il suffît d'en avoir joui un moment pour en demeurer esclave jusqu'à la mort.

6. Si tu fais, dis-je, une sérieuse réflexion sur tout ceci, tu comprendras très-distmctement que le plus essentiel de mes conseils pour ôter les empêchements à l'efficace de ma grâce, c'est de fuir tout ce qui occupe l'esprit et qui partage le cœur ; car lorsque la grâce actuelle trouve la concupiscence actuellement excitée par la présence ou le souvenir de quelque faux bien, il est évident qu'elle n'a point tout l'effet qu'elle aurait si elle trouvait l'esprit libre et dégagé et la concupiscence endormie ou dans de moindres mouvements. Pour mettre une balance en équilibre, il faut mettre dans le bassin vide d'autant plus de poids qu'il y en a davantage dans le bassin opposé. De même, pour rendre à l'âme l'équilibre d'une liberté parfaite, il faut des grâces d'autant plus fortes et plus abondantes, que le cœur est plus appesanti vers la terre par le poids actuel d'une concupiscence excitée. Tel degré de grâce ou de sentiment prévenant qui serait capable de te convertir si ta concupiscence était assoupie, te sera entièrement inutile si elle te trouve dans le mouvement de quelque passion violente. De sorte qu'un regard, une parole ou un mouvement indiscret peut être la cause de ta damnation, à cause de la combinaison continuelle de l'ordre de la nature avec celui de la grâce.

7. Car ne t'imagine pas que je règle toujours le don de ma grâce sur les dispositions où sont les hommes; rien n'est plus injurieux ou à ma bonté ou à ma sagesse. J'ai mes règles; et, sans rien changer dans les lois de la nature , je saurai bien la réformer ou en tirer ce dont j'ai besoin pour Texécution de mes desseins. Je respecte la conduite de mon Père ; je ne veux pas sans raison troubler l'ordre et la simplicité de ses voies. Les lois de la nature ont très-souvent des suites fâcheuses à cause du péché qui a tout corrompu ; mais j'ai mieux aimé chercher tous les moyens possibles d'empêcher ces effets funestes que de renverser ces lois. Je suppose donc la nature corrompue et ces lois sagement étabUes, et je fuis tout servir à mes

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desseins ; car c'est pour réparer ia nature, sans en offenser les lois, que j'ai donné au monde de si grands exemples et tant d'instructions salutaires.

8. Juge donc par tout ceci de l'utilité de la retraite par laquelle on rompt tout d'un coup avec le monde. De combien de dangers se délivre-t-on l Combien coupe-t-on de liens par cette action sage et prudente! On respire^ mon fils, dans le monde un air empesté; tout y est contagieux , principalement pour ceux qui sont trop faciles et qui ont l'imagination vive et délicate. On y parle sans cesse des faux biens avec un air, un ton , des mouvements d'estime et d'ardeurqui ébranlent l'âme et qui répandent dans le cœur le poison qui la tue. Lorsqu'on ouvre les yeux,, on y voit l'éclat des richesses qui éblouit et le faste des grandeurs humaines qui abat et qui prosterne les imaginations les plus fortes. On y fait gloire de jouir des plaisirs, de faire grande chère, de passer ou perdre le temps, et d'aimer la vie. Le jeu, la chasse , la danse sont les plus innocents plaisirs; et l'on croit être sans crime lorsqu'on commet cette injustice effroyable de se donner tout à soi-même , quoiqu'on appartienne tout à Dieu et tout entier à moi-même : à Dieu qui crée, qui conserve, qui anime l'homme ; à moi qui l'ai acquis par mon sang.

9. Tu n'es pas, mon fils, dans le commerce du grand monde, et tu ne cours pas de si grands dangers que plusieurs autres. Le monde n'a pas pour loi de grands charmes , et tu n'en as guère pour lui ; car, comme tu n'as point ce malheureux caractère d'imagination qu'on appelle beauté , finesse , délicatesse d'esprit , le monde est assez mort et crucifié à ton égard, et tu ne vis guère pour le monde. Néanmoins, prends garde à toi, l'affaire est de conséquence. Juge^ par les principes que je t'ai exposés, s'il t'est aussi facile de te sauver dans l'état où tu te trouves que dans quelque lieu de retraite ; ne te trompe point volontairement : il s'agit de ton salut. Si la facilité est pareille , demeure comme tu es ; mais si elle est un peu moindre , compare le temps avec l'éternité, et découvre, si tu le peux, la juste estimation de la plue grande facilité qu'il y a de se sauver dans un état que dans l'autre. Ah ! mon fils , rien de fini ne se peut colnparer avec l'infini 1 Le plus petit degré de facilité de se sauver vaut mieux que tous les biens imaginables. Un joueur est un fou qui , dans une partie où il y va de cent mille écus , ne ménage pas tous ses avantages pour un intérêt de rien. Il ne faut point de vocation particulière pour quitter le monde. On connaît clairement par ia raison, on est assuré par la foi^ on est convaincu par l'expérience qu'à tous moments on y trouve des sujets de chute et

de scandale. La retraite est la vocation générale des chrétiens. Il suffit d*ètre raisonnable pour éviter les dangers ; mais , pour demeurer au milieu des périls , il faut une vocation particulière qui donne droit aux secours nécessaires pour s'en garantir ; autrement on affronte brutalement la mort , et enfin on la trouve ; et l'âme , pleine de rage et de désespoir, se repent éternellement de sa négligence.

4 0. Fuis donc le monde, évite avec soin tous les commerces dan* gereux, et ne t'y engage que par un désir pressant d'éclairer des aveugles et de contribuer à l'édifice de mon Église. Rien n'est digne de tes soins et de ton application que ton salut et celui des autres : fais-en ton unique affaire. Si tu cherches des établissements ou des appuis de ta fortune dans ce monde qui se renverse , tu cours risque de n'entrer jamais dans la cité sainte qui existera éternellement ; car les richesses et les grandeurs de ce monde sont des épines, qui te piqueront et t'inquiéteront de telle manière, que ton cœur, agité par mille mouvements divers, ne recevra peut-être jamais utilement la semence de la- parole.

41. Il ne suffit pas , mon fils , pour ôter tous les empêchements à l'efficace de la grâce , d'éviter les compagnies dangereuses : il, faudrait, si cela se pouvait, rompre tout le commerce que tu as avec le reste de la nature. Tout ce qui passe à ton esprit ou à ton cœur par tes sens, et que je n'ai point sanctifié , est capable de te corrompre. Jamais les sens ne parlent qu'à l'avantage du corps, et Dieu ne t'a donné un corps , aussi bien qu'à moi , que comme une victime que tu dois , aussi bien que moi , lui sacrifier pour mériter ta récompense. Les sens sont insolents et rebelles ; ils ne gardent nulle mesure ; ils n'ont nul égard ni aux circonstances des temps , ni à la sainteté des lieux , ni à la qualité des occupations où l'on est. Limagination et les passions sont de même humeur. Comme elles doivent aux sens leur naissance , elles entrent aveuglément dans leurs intérêts. L'imagination est une folle qui ne peut souffrir que l'attention soit sérieuse ; et les passions , des emportées qui ne veulent rien de sage , de modéré , de raisonnable. Tel degré de grâce ne peut opérer selon toute sa force si l'esprit n'est libre et le cœur vide et ouvert. Mais les sens appliquent fortement l'esprit aux objets qui les frappent ^ l'imagination le dissipe et le distrait à tous moments , les passions le troublent et le dérèglent en mille manières , le cœur se remplit ainsi de l'amour des objets sensibles et se ferme à toute autre chose. On ne peut donc ôter les empêchements à l'efficace de la grâce qu'on ne mortifie ses sens , qu'on ne règle son inrHigination , qu'on ne modère ses pas-

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»ions, ce qui ne ^e peut facilement exécuter^ que par la privation cies plaisirs.

i%» L'homme veut invinciblement être heureux ; le plaisir actuel rend actuellement heureux. Il eât donc naturel que toutes le^ puis» aances de l'âme se réveillent et s'ébranlent, et que tout lee mette en mouvement dans le corps par la jouissance actuelle des plaisirs. L'homme est fait pour aimer, chercher et posséder le bien. Or, le plaisir actuel marque à l'âme confusément, mais vivement, que le yrai bien est présent ; car il n'y a que le vrai bien qui puisse véri-* tablement agir en elle , et l'âme ne sent jamais mieux qu'on agit ^tirellement en elle et qu'on la rend heureuse que par le plaisir. Il n'est donc pas possible, quelque philosophe qu'on soit, de con-> server la liberté de son esprit et l'occuper fortement à des objets qui ne le touchent point dans le temps qu'on jouit des plaisirs sen-' sibles ; plaisirs qui appliquent et l'âme et le corps aux objets qui les causent ou qui semblent les causer. Mais les biens qui se sont fait sentir à l'âme et qui s'en sont rendus les maîtres laissent encore dans le cerveau et dans certains nerfs des traces de leur action et des marques de leur victoire ; et ces traces, réveillant le souvenir des plaisirs possédés, sollicitent sans cesse l'âme, qui n'est jamais sans vouloir ôtce heureuse à la recherche de ces faux biens. Ainsi il est évident qu'on ne peut faire taire ses sens , son imagination et ses passions pour écouter ma parole et suivre les bons mouve-^ ments que j'inspire si l'on ne rompt absolument avec les plaisirs. Voici donc, mon fils, ce que tu dois faire.

43. Il faut que tu évites avec soin les plaisirs dont tu n'as jamais joui ; et cela t'est facile, car tu n'en es point esclave, puisque ton imagination n'en est point encore salie. Un ivrogne ne peut, sans des grâces extraordinaires , se délivrer de la servitude ou il s'est engagé. Mais un homme qui n'a jamais bu de vin, et dont Vïmai^ gination n'a point été corrompue par des discours contagieux sur les effets du vin , peut sans peine , et par des raisons d'amour-^ propre, s'empêcher d'en boire, si d'ailleurs la compagnie ou quelque respect humain ne l'y engage.

44. A l'égard des plaisirs dont tu as joui , et dont par conséquent tu es devenu esclave , comme tu ne peux t'en priver sans mon secours, il faut nécessairement que tu m'invoques comme ton sauveur, afin que je te délivre de leur servitude. Mais , pour te préparer à ma grâce , compare ces plaisirs avec ceux que la foi te promet et avec les maux éternels dont elle te menace ; considère que tu es pécheur et digne d'être puni , et que tu obliges Dieu à te rendre heureux en conséquence des lois qu'il a établies et qu'il suit con^

stamment. Pense quç tu es chrétien et que ton modèle n*est point un Adonis , mais un homme attaché en croix , pénétré de vives douleurs, et couvert de confusion et de honte 1 Réjouis-toi d'avoir, dans aes plaisirs dont il est en ton pouvoir de jouir, quelque chose» à offrir en sacrifice à Dieu en reconnaissance de ses bienfaits et pour mériter ta récompense. Cherche des motifs de rendre ridicule et impertinente la passion qui te domine, toi qui ne dois reconnaître que Dieu seul au-dessus de toi et capable de te rendre heureux , et prépare-toi par de. semblables réflexions à former et à exécuter, avec mon secours, des résolutions généreuses.

45. Mais souviens-toi toujours que, pour vaincre ses passions, il faut fuir les objets qui les produisent. 11 est beaucoup plus en ton pouvoir d'éviter l'action de ces objets que de modérer les mouvements qu'ils excitent dans ton cœur. Le mouvement des pieds, des bras, des yeux est entièrement soumis à tes volontés; tu peux fuir, tu peux baisser la vue , tu peux éviter le coup que te porte l'objet ; mais lorsqu'un objet t'a blessé le cœur, il n'est plus en ton pouvoir de ne pas sentir ta blessure ; car le mouvement des nerfs qui ont rapport aux passions ne dépend point de tes volontés. Lorsque l'imagination est salie par les traces infâmes qu'une beauté sensible y a imprimées , il n'est point au pouvoir ide l'âme de la purifier ou d'effacer entièrement ces traces criminelles. Les esprits animaux y prennent leur cours à tous moments et empêchent que la plaie ne se referme. Il faut faire une grande et forte révulsion dans les esprits ; autrement la plaie se rouvre , et le mal s'aigrit de manière qu'on ne peut guérir sans miracle. Mais il n'est pas fort difficile de se préserver du mal et dô conserver la pureté de son imagination ; car il est au pouvoir de l'âme de boucher les avenues par lesquelles les objets ont commerce avec les sens ; il est au pouvoir de l'âme de fermer les yeux et de fuir lorsqu'elle appréhende d'être trop pressée. On change d'air lorsqu'on craint de gagner le mal contagieux ; pourquoi ne fuirait-on pas lorsqu'on se sent en danger de perdre Dieu et de. tomber dans les enfers?

46. Fuis donc, mon fils, les objets qui te frappent; non-seulement ceux qui te renversent, mais ceux qui t'ébranlent. Fuis jusque dans les déserts, si tu veux que je parle familièrement à ton cœur. Lorsque tes sens, ton imagination et tes passions seront dans un parfait silence , alors la semence de ma parole jettera immanquablement dans ton âme de profondes racines par le secours de ma grâce; et loin de ces objets funestes qui inquiètent l'esprit et partagent le cœur, tu porteras en patience des fruits dignes d'une âme qui a véritablement de la foi et de grandes espérances.

47. Mais, mon fils, si tu peux quitter le monde, tu ne peux pas te quitter toi-même. Tu portes avec toi un ennemi qui te fera jusqu'à la mort une cruelle guerre. Ton corps , ce corps de péché qui doit être détruit, ce corps que Dieu t'a donné comme à moi afin qu'en l'immolant tu te sacrifîes toi-même et que tu mérites ainsi légitimement ta récompense ; ce corps, dis-je, ne se laissera pas lier sur le bûcher comme une innocente victime. Au contraire , si tu ne veilles sans cesse sur les conspirations secrètes qu'il formera pour te surprendre, il ne manquera pas lui-môme de t'immoler au démon , et de te consumer dans l'ardeur de tes propres passions ; et la victime , qui doit être la matière de tes mérites et de tes triomphes , sera , si tu ne veilles sur toi-même , le sujet de ta honte et de ton supplice. Oui , mon Gis, tu es en épreuve dans ton corps, et cette épreuve est rude , mais c'est pour savoir si tu seras enfin trouvé digne d'entrer dans mon temple et de jouir de la félicité de Dieu même. Prépare-toi donc au combat. Ne t'imagine pas qu'il n'y ait plus rien à craindre à cause que tu ne vois plus guère d'ennemis au dehors. Veille toujours , mortifie tes passions , prépare tout pour le sacrifice. Tu seras tenté , mais tu n'as rien à craindre , pourvu que tu sois vigilant. Lorsqu'on est éloigné des objets qui excitent des passions violentes , les secours ordinaires de ma grâce suffisent pour remporter la victoire , pourvu qu'on ne se laisse point surprendre. Voici donc quelques motifs qui te doivent porter à une vigilance continuelle.

48. Pense souvent à la grandeur de tes espérances, et que de légers travaux augmenteront extraordinairement ta récompense. Crains aussi quelquefois les supplices éternels. Comme on est plus sensible aux maux qu'aux biens, cette réflexion est nécessaire pour réveiller l'esprit et le tenir en haleine. En un mot, pense à ce que tu deviendras un jour, et tu ne pécheras jamais.

49. Joins à la pensée de l'éternité celle de la présence de Dieu. Ce sont les deux réflexions les plus propres que l'on puisse faire pour réveiller l'esprit de l'assoupissement où naturellement il se laisse aller. Pense donc que Dieu te voit faire, que c'est lui qui te donne l'être , le mouvement et la vie ; que c'est lui qui fait tout en toi , et dans ce qui t'environne. C'est lui qui t'éclaire , c'est lui qui t'anime , c'est lui qui te réjouit ou qui te blesse à l'occasion des objets. C'est lui qui remue ton bras et transporte ton corps selon tes désirs. Ayant actuellement ces pensées , pourrais-tu obliger Dieu à servir à l'iniquité, à remuer ton bras pour une action injuste ou même inclérento , à te faire jouir des plaisirs à l'occasion des corps dont il

te défend l'usage , ù l'éclairer Tesprit sur des sujets pour lesquels^ il ne t'a pas fait?

20. Rentre souvent en loi-même pour apprendre ce qui se passe chez toi. Tâche.de découvrir les souplesses de l'amour-propre, et quelle est ta passion dominante. Tu prendras plus facilement une résolution ferme et généreuse de la combattre lorsque tu verra» clairement le danger où elle t'expose. Souviens-toi que l'esprit est prompt, mais que la chair est infirme. Défie-toi de tes forces, veille et prie afin que tu ne tombes point dans la tentation. L'esprit humain est trop plein de lui-même ; il forme facilement de généreux desseins y mais le poids du corps l'appesantit et le rend impuissant au bien. Étudie l'homme , sa maladie , ses faiblesses , ses inclinations, les lois de l'union de l'âme et du corps, les sens, l'imagination , les passions. Cette étude t'est nécessaire* pour te con~ duire , et si tu fais bien réflexion sur ce qui se passe en toi , \m deviendras bientôt savant sur cette matière.

21 . N'oublie pas de penser à ce que j'ai fait pour toi ; ne vis pas dans l'ingratitude comme le commun des chrétiens* Je suis ton modèle aussi bien que ton Sauveur j si tu ne te formes sur le fils de l'homme humilié sur la terre, tu ne seras point réformé sur le fils du Dieu vivant environné de gloire et (Je majesté,

22. Fais-toi une loi inviolable d'employer certaines heures du jour à l'oraison , afin d'obtenir de moi lumi^e pour reconnaître tes ennemis et force pour les vaincre. Représente-toi souvent tes obligations, ce que tu dois à' Dieu comme à ton créateur, ce que tu me dois comme à ton maître, ce que tu doi^ aux autres hommes comme à mes membres et à mes serviteurs, Heureux si je te trouve faisant ton devoir; je te dis en vérité que je t'établirai sur tous mes biens. Mais veille sans cesse, le Fils de Thomme vient comme un voleur dans le temps qu'on n'y pense point. Ce n'est pas qu'il ait dessein de surprendre ; mais c'est qu'il ne change pas sans raison l'prdre de la nature, qui n'attend pas pour donner la mort qu'on se soit préparé à bien mourir. Il faut donc veiller sans cesse; maig ce que je te dis à toi, je le dis à tous, il faut veiller.

23. Q mon Sauveur, si la vigilance est nécessaire à ceui^ même qui vivent dans la retraite , quelle doit être l'inquiétude de ceux qui sont au milieu des villes et dans le commerce du grand n)onde ; de ce monde plein de faste et d'orgueil, qui ne cherche qu'à s'élever; de ce monde plongé dans la volupté, qui ne pense qu*à se réjouir ! Que ceqx qui ont l'imagination assez ferme pour n'être point ébranlés par l'agitation de ceux qui courent à la gloire , et le cœur

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assez pur pour n'être point corrompus par l'air et les manières contagieuses de ceux qui ne respirent que les plaisirs; que ceux-là vivent dans les palais enchantés où se distribuent les honneurs, ou dans ces maisons de plaisir où la volupté habite. Mais que ceux qui se laissent charmer par tous ces vains objets sachent que ce n'est qu'une décoration de théâtre, faite avec de la toile ou du carton ; ou plutôt de purs fahtômes qui ne souffrent point la lumière, et qui s'en vont en fumée dès qu'on s'approche d'eux pour les embrasser.

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