A58 TRAITÉ DE L'ÂMOCR DE DIEU
sentir, la perception que j'en aurai sera bien différente de celle que j'en aurais si je la regardais les yeux ouverts; et celle-ci différera de toutes celles que j'aurais, si je la mettais dans de Teau chaude, froide, dans le feu, et le reste. Ainsi la couleur, la chaleur, la froideur, le plaisir que Ton sent dans sa main, ne sont autre chose que des perceptions de différents genres, et dont il y a plusieurs espèces ; perceptions , dis-je , produites toutes par la même idée , de la main actuellement présente à Tâme et agissant en elle par son efficace; car toutes nos idées particulières ne sont que la substance de Dieu même en tant que relatives aux créatures, ainsi que j'ai expliqué ailleurs, et cette substance est efficace par elle-même. Il n'y a que la substance de Dieu , dit saint Augustin , qui puisse agir immédiatement dans les esprits, les éclairer, les animer, les rendre heureux et parfaits. Insinuavit nobis animam humanam et mentem rationalem non vegetari, non beatificari, non illuminari, nisi ab ipsa substantia Dei (Tract. 23, in Joan.].
Il me paraît donc 4" que l'amour du plaisir en général devient naturellement l'amour de tel bien, lorsque l'idée de tel bien produit dans l'âme la perception agréable par laquelle ce bien lui est rendu sensible ; et qu'alors, si l'âme consent , si elle se repose dans ce plaisir, ce qu'elle ne doit jamais faire lorsque ce plaisir ne représente point clairement la vraie cause qui le produit, elle se reposé dans ce bien dont elle a la perception. Elle aime ce bien non-seulement d'un amour naturel, mais encore d'un amour libre.
2" Que plus la perception est vive et agréable, plus aussi l'amour naturel est ardent; plus l'âme est remplie de l'objet qui lui plaft, plus elle s'occupe de lui , plus elle s'oublie elle-même lorsqu'elle suit toute l'impression que le plaisir fait en elle.
3° Que lorsque la perception agréable représente à l'âme la cause véritable qui la produit , ce qui n'arrtve jamais dans les plaisirs confus des sens qui se rapportant non à Dieu , qui en est la cause véritable, mais aux objets sensibles, l'âme doit aimer ce qui lui est présenté; car alors c'est le vrai bien. Or, l'amour est d'autant plus parfait qu'il est plus grand pour le vrai bien ; et l'on ne peut trop suivre les mouvements que produit en nous la délectation de la grâce, car cette délectation se rapporte naturellement au vrai bien.
4° Le souverain bien, le bien de l'esprit, en un mot le vrai bien, doit et veut être aimé non d'un amour d'instinct, semblable à celui dont on aime les corps, mais d'un amour éclairé. De sorte que l'âme ne doit pas aimer davantage ce dont elle a des perceptions plus vives et plus agréables ; souvent même elle ne doit nullement l'ai-